Tableau de Paris, tome XI, page
2. Supplément à l'zArt du serrurier, traduit du Hollandais de Jos Botterinan, par A.-A.-J. Feutry (Paris 1789, in-folio, avec figure), cet ouvrage a été attribué à Louis XVI.
3. Les serruriers parisiens, qui connaissaient le faible du monarque pour leurs occupations, se crurent maintes fois autorisés à le traiter en confrère, et lui servirent, à différentes reprises, des plats de leur métier. Pour lui faire une surprise à l'occasion de la naissance de son fils aîné, le 29 octobre 1781, ils présentèrent au roi une serrure à secret, agencée de telle sorte que lorsqu'on voulait l'ouvrir, on en faisait sortir un petit dauphin. Bien mieux, ils ne se bornèrent point à cet ingénieux présent. Courtisans jusqu'au bout, ils conduisirent adroitement la sagacité royale vers le point délicat où se trouvait dissimulé le ressort; et le roi fut si charmé d'avoir découvert lui-même ce précieux secret, qu'il ajouta trente louis de sa poche au cadeau qu'il avait déjà fait aux serruriers ses confrères. Voir Bachaumont, Mémoires secrets, tome XVIII, pages 103 et 138.
4. Ce mépris est d'autant plus inexplicable que jusqu'à la fin du xvme siècle la serrurerie excita dans le public un intérêt extrême. En faut-il un exemple ? a Les curieux, dit Bachaumont, à la date du 8 novembre 1767, vont en foule admirer une nouvelle grille posée au chœur de Saint-Germain-l'Auxerrois, paroisse du roi. . .. C'est un ouvrage merveilleux. Mais
avantage le fer délicatement forgé 1 ? Chercher à approfondir cette douloureuse erreur ne rentre pas dans le cadre de nos rapides études. Bornons nous à constater que depuis trente ans, nos architectes et nos serruriers sont revenus à des errements meilleurs. La serrurerie d'art a repris son ancien lustre, elle a récupéré l'estime dont on l'entourait jadis, et l'habileté des serruriers de nos jours ne le cède en rien à celle de leurs glorieux ancêtres.
Aussi bien que les plus fameux artisans du siècle dernier, nos ouvriers savent, aujourd'hui, manier le fer à chaud et à froid. C'est merveille que de les voir, non plus chercher à escamoter la difficulté en brasant une soudure, c'est-à-dire en liant les parties divisées du fer à l'aide d'un autre métal plus fusible, tel que le cuivre ou l'étain, mais souder, par le rapprochement, des pièces chauffées à blanc, et martelées sur une
r Fig. Oij. Roses en fer forgé, exécutées dans
enclume avec une force suffi- ralelier dc Mi Favier-
santé pour mélanger les molécules du métal, et construire ainsi, à grands coups de mar-
cc qu'il a de plus remarquable, c'est la délibération du chapitre qui ayant fait marché avec l'artiste au prix de 38,000 livres, y a joint dans son enthousiasme et par acclamation une gratification dc 12,000 livres » [Mémoires secrets, tome III, page 295). En 1 772, ce goût était encore tel, qu'un simple serrurier, du nom dc Gérard, consacrait dix ans de sa vie à forger et ù ciseler un dais à baldaquin en fer, dont il demandait 50,000 livres {lbid., tome VI, pages 89 et 105).
1. Voir notamment le livre intitulé Modèles de serrurerie choisis parmi ce que Paris ojjre de plus remarquable, etc. (Paris, Bance ainé, 1826) et les Rapports du Jury international (1868). « L'emploi presque exclusif de la fonte de fer, pour grilles, rampes d'escalier, etc., de 1825 à 18.15, avait fait abandonner par les serruriers les ouvrages de forge dans les grandes villes ; on ne trouvait plus de forgerons que parmi les maréchaux ferrants ».
teau, des ouvrages d'une exquise délicatesse et d'une finesse excessive. Songez, en effet, qu'une mignonne fleur, composée de vingt ou trente pétales, exige autant de soudures que de feuilles, et comprenez quelle difficulté c'est, que de rapprocher vingt fois du feu un travail si délicat, de le porter vingt fois, trente fois au rouge blanc1 sans le brûler, ce qui perdrait tout l'ouvrage.
Ajoutez encore qu'une soudure, pour être bien faite, demande des préparations nombreuses et des précautions infinies. La chaleur intense à laquelle le métal est soumis, ainsi que le mar-
Fig. 70. La recingle.
telage qui resserre les molécules, diminuent toujours quelque peu l'épaisseur de la tige. Il faut donc réserver, au point de soudure, un léger talon, pour qu'une fois la soudure faite, la pièce conserve, dans toute sa longueur, une épaisseur égale ; or, tout ce travail doit être conçu, décidé et exécuté en quelques instants, avant que la pièce échauffée ne se refroidisse.
Quand du travail de forge, proprement dit, le serrurier passe au travail à froid, l'habileté et le coup d'ceil qu'il lui faut montrer, ne sont pas moindres. Il arrive, en effet, à tirer d'une feuille de tôle, toutes les surfaces planes ou ondulées qui lui sont nécessaires. Sans autre outil que son marteau, il modèle cette lame unie au point de la transformer en feuillages, en fleurs,
i. M. Landrin, dans son Manuel du serrurier, estime la température du rouge-blanc entre 1 200 et 1400 degrés.
en vases, en bouteilles. Non seulement il la creuse en forme de coupe, l'arrondit en forme de bassin, mais par cette opération qu'on nomme la retreinte conduisant le métal à l'aide de son marteau, il resserre les bords de son récipient, en rapproche les lèvres extérieures, et arrive à construire ainsi un goulot assez étroit pour fermer la bouteille, — et cela simplement par l'intelligence de son travail, par la direction et la force imprimées à chacun de ses coups de marteau, sans approcher une seule fois la pièce du feu, sans autres ressources que son habileté et son expérience.
Bien mieux, une fois sa bouteille formée, à l'aide d'un outil fort simple, nommé recingle1, il va couvrir la panse de son vase d'arabesques, qui, reprises extérieurement au ciselet et au burin, se changeront en des guirlandes de fleurs et de fruits ou en d'exquis bas-reliefs.
Pour les pièces moins compliquées, le travail , lui aussi moins compliqué et moins difficile, n'est cependant pas moins intéressant.
Toutes ces belles feuilles, que vous voyez se contourner et s'arrondir le ,.
* Fig. 71. Serrurier repoussant un vase
long de Ces grilles superbes, SOnt mO- à l'aide de la recingle.
delées au marteau. La lame de tôle
découpée est présentée sur un traçoir serré dans un étau, et, à l'aide d'un simple martelage, l'ouvrier relève les côtes de la feuille, puis remplaçant son traçoir, par d'autres outils nommés boules, demi-boules, bouterolles, clavoirs, etc., le releveur, c'est le nom que porte cet artiste, arrive à lui imprimer sa forme et son mouvement.
1. On donne le nom de rccingle à un appareil de forme spéciale. (Voir tig. 70.) Pour s'en servir, on frappe à grands coups sur le manche de cet outil, et la secousse produit, par le contre-coup, une saillie sur le point où la pièce à travailler est en contact avec lui.
Enfin, une dernière manière de traiter le fer, et ce n'est pas la moins artistique, consiste à prendre le métal dans sa masse et à le sculpter à l'aide du burin. Pour cette dernière opération, qui ne peut concerner que de petites pièces, on commence par dégrossir le morceau de fer à l'aide du tour ; puis on abat les parties inutiles et finalement on incise, on découpe et on creuse, jusqu'à ce qu'on soit arrivé à donner à l'objet sa forme définitive et son fini complet. C'est ainsi qu'ont été fabriquées toutes ces clefs merveilleuses, qui sont aujourd'hui l'ornement des collections et des musées.
Forgées, repoussées ou prises dans la masse, toutes les
Fig. 72. Feuillage en fer relevé au marteau.
pièces de serrurerie d'art sont finies à l'aide de rifloirs, de limes, plus ou moins douces, de burins, et le poli est donné à l'émeri. Quant aux moulures, elles sont faites soit à chaud, à l'aide d'étampes, c'est-à-dire de moules creux dont on force, à grands coups de marteau, la barre de fer à épouser la forme, soit, quand elles sont particulièrement compliquées, à froid et à l'aide de raboteuses mises en mouvement par la vapeur.
Lorsque les divers morceaux, qui doivent former une grande pièce, ont été individuellement fabriqués, achevés, amenés à leur perfection, on les livre au monteur, qui a pour mission de les ajuster et de les réunir. Quelques-uns de ces morceaux peuvent parfois être soudés. La plupart, au contraire, doivent être réunis à froid, à l'aide de rivets ou de vis. Les monteurs maladroits abusent de ces deux moyens, et laissant les rivets et les vis apparaître, permettent à l'œil de compter les points d'attache
et de deviner le nombre des morceaux. Les monteurs adroits, au contraire, dissimulent leurs rivets en les soudant sous le fragment qu'ils veulent appliquer, et complètent leur monture à l'aide de tenons, qui leur permettent d'enlever la pièce ainsi jointe, sans détériorer l'ensemble.
Mais quelle que soit l'habileté du monteur, encore faut-il, pour que l'œuvre achevée par lui ait un réel mérite, que le dessin général en ait été conçu avec goût, et par un artiste spécial
Fig. 7.3.. Fig. 74, Fig. 75.
Opérations par lesquelles passe la confection d'une clef « prise dans la masse ». La masse ébauchée. La clef tournée et découpée. La clef achevée.
connaissant à fond le travail du fer. Dans les chandeliers, lanternes, cadres, consoles, etc., par exemple, et, du reste, dans tous les objets mobiliers produits par la forge, la forme n'est vraiment satisfaisante, que si les armatures, tout en rassurant l'œil par leur solidité apparente, sont assez sveltes cependant, pour que les feuillages, qui forment leur ornement principal, puissent sembler un support suffisant.
Malheureusement il arrive trop rarement que les dessins des pièces de serrurerie soient demandés à des serruriers. Il en résulte que, dans un grand nombre de ces œuvres, on sent trop que l'artiste s'est préoccupé, dans sa conception, de modèles
fabriqués avec un matériel différent, et Ton ne retrouve point dans ces objets la légèreté, l'audace, la souplesse, qui justifient Temploi du fer et qui légitiment la préférence qu'on lui accorde1.
C'est surtout dans les rampes d'escalier et les grilles de balcon, que le serrurier habile trouve moyen de déployer ce qu'au siècle dernier on aurait appelé son génie.
Les grilles de balcon sont composées de châssis assemblés à leurs extrémités, à tenons et mortaises ; ces châssis forment un cadre dont, la partie supérieure est garnie d'une plate-bande quaderonnée. L'intérieur du cadre est rempli par des barreaux plus ou moins espacés, et formant soit des arcades, soit des balustres, soit des entrelas2.
Les rampes d'escalier sont conçues d'après le même système, toutefois épousant la forme du limon, elles sont obligées d'être le plus souvent en pente inclinée3. Les bâtis des rampes, qui viennent se buter en bas contre ce qu'on appelle un arrêt, et se terminent par un panneau ou une console, sont garnis, au cours de leurs évolutions, d'entrelas formés de tiges ou barreaux de fer, droits ou recourbés, se jointant les uns aux autres, et auxquels on donne le nom générique de « contours », et sont décorés d'ornements en tôle relevée, soudés à chaud ou appliqués, comme nous l'avons dit plus haut, à l'aide de vis et de rivets.
Les principaux « contours » employés dans la confection des rampes portent le nom d'anses de panier, consoles, enroulements, palmettes, queues de poireau, etc. Ces différents « contours » peuvent se composer entre eux à l'infini, et former les dessins les plus variés et les plus divers.
Les principaux ornements sont les rinceaux, fleurons, culots,
1. Cette défectuosité avait été constatée en 1867 par le rapporteur de l'Exposition universelle (Matériel des travaux du génie civil, serrurerie décorative). « Pour obtenir de la serrurerie de forge dans des conditions convenables, il est nécessaire que l'artiste qui compose le dessin connaisse les procédés de fabrication. .. Il faut accuser, non les serruriers, mais les artistes qui, tout entiers à leurs conceptions, négligent de s'enquérir des moyens propres à les exécuter ». Rapports du Jury international, 1868.
2. On donne ce dernier nom à des compartiments formant des petits panneaux ovales, carrés, ou en losanges entrelacés.
3. L'importance accordée, dans ces sortes d'ouvrages, à la main courante, donne, à l'ensemble du travail, l'apparence d'un bâti supportant ce qu'en architecture on appelle un rampant ; d'où son nom de rampe.