Dictionnaire d'architecture, tome Vlll, page
La beauté de la serrure résulte toujours de ses proportions et des ornements qui la décorent. Gomme décoration, la serrure doit se conformer au style et au caractère de la porte. Parfois il arrive que la porte étant peinte, on peint également la serrure; c'est une faute. Il est préférable, en effet, que le métal demeure apparent pour attester la solidité de la fermeture. La taille de la serrure se proportionne naturellement aux dimensions de la porte, mais le rapport de sa largeur à sa hauteur doit être aussi
exactement que possible de trois à deux, c'est-à-dire que si la hauteur de la palastre est de om, 10, sa largeur doit être de om, 1 5 ; par contre, les proportions de la gâche peuvent être de deux à un et disposées en sens inverse.
La serrure n'occupe qu'un côté de la porte. De l'autre côté se trouve, pour l'entrée de la clef et pour la pose du bouton, une contreplaque ou écusson généralement assez simple. A l'époque de la Renaissance, ces écussons étaient le plus souvent fort ouvragés. Un riche écusson en fer est un bel ornement pour une porte tant soit peu sévère. On fera d'autant mieux de revenir à ces lointaines traditions que l'habitude des contre-plaques
Fig- 79-
Contreplaque dessinée par MinJousse.
Fig. 8o.
Contreplaque dessinée par Berain.
d'un travail précieux s'est continuée pour les meubles, dont les serrures sont toujours intérieures.
Si la palastre est la partie ornée de la serrure, sa partie importante est le pêne. Ce nom est donné, on le sait, à une sorte de languette de fer qui , poussée par un ressort ou mue par l'évolution de la clef, va s'engager dans la gâche, s'y arrête et tient ainsi la porte fermée.
Le pêne peut revêtir plusieurs formes. On en fait de ronds, pour les targettes et les verroux,
de méplats ou carrés pour les serrures de meubles et pour ce que, dans les serrures d'appartement, on nomme le second tour, enfin à mentonnet ou à quart de rond, pour les serrures dont le pêne, toujours sorti, rentre dans la gâche à la moindre pression imprimée à la porte.
La partie de la clef, chargée de mettre le pêne en mouvement, se nomme le panneton '. Le panneton trouve sa beauté dans ses proportions, qui se règlent sur celles de la clef, et dans les découpures
plus ou moins compliquées qui correspondent aux secrets de la serrure.
Le panneton peut être droit ou à museau, c'est-à-dire orné de nervures, il peut être découpé en chiffres et tourmenté.
Si le panneton est le membre le plus important de la clef, puisqu'il met en mouvement les organes de la serrure, par suite de sa subordination à la complication plus ou moins grande de cette dernière, et par la condition qui lui incombe d'être le plus souvent caché à tous les yeux, il arrive que c'est sur d'autres parties de la clef que se concentre ordinairement l'ingéniosité des décorateurs et l'habileté des artistes. Toute clef, en effet, se
i. Les savants ont cru découvrir l'origine du mot pêne dans le latin pessulus, tiré lui-même du «ata-iraXos grec, qui signifient l'un et l'autre barre ou verrou. Il semble, comme conséquence, que la partie de ia clef, qui met le pêne en mouvement, devrait s'appeler pènelon ; mais c'est le mot panneton, dont la formation n'est pas connue, qui a prévalu.
divise en quatre parties distinctes (voir fig. 81) : l'anneau, la boucle, la tige ou canon et le panneton. Les proportions qui règlent ordinairement les rapports de ces différents membres sont de un cinquième de la longueur totale, pour la hauteur du panneton ; de deux cinquièmes, pour la tige, depuis l'extrémité du panneton jusqu'à la base de la boucle ; et de deux cinquièmes, pour la boucle et l'anneau. Mais ces dimensions relatives sont forcément sujettes à modifications. Elles varient suivant
l'époque, le style, la matière employée. Il est clair, en outre, que les diverses applications, auxquelles la clef est sujette, entraînent à des dérogations sans nombre, et que les proportions ne sauraient être les mêmes pour les portes dune maison, d'une chambre, d'un buffet ou pour celles d'un coffret microscopique.
On distingue, quant à la tige, deux sortes de clefs : les clefs à canon creux ou forées et les clefs à tiges pleines ou bénardes. C'est la forme de la broche sur laquelle ils s'adaptent, qui règle la forme intérieure des canons forés. Lorsque la broche est unie, l'intérieur du canon est naturellement rond et lisse ; mais dans les clefs de prix, la broche est parfois cannelée, façonnée en triangle, en trèfle, en cœur, en pique, et la tige doit reproduire exactement ces mêmes figures.
Fig. 82. Fig. 83.
Anneaux de clefs dessinés par Mathurin Jousse.
L'anneau et la boucle, constituant les deux membres de la clef qui demeurent toujours visibles, peuvent être dune grande richesse ; on les fabrique parfois en bronze, en argent et même en or. Le chevalier Temple rapporte, dans ses Mémoires, que la mère du stathouder Guillaume III poussait le luxe jusqu'à vouloir que toutes les clefs de son appartement fussent en or, et à se refuser de toucher une clef qui n'eut pas été de ce précieux métal. Toutefois, à notre avis, les plus belles clefs sont encore
Fig. 84. Fig. 85.
Anneaux de clefs dessinés par Lafosse.
celles en fer sculpté dans la masse, repris au burin et finement ciselé.
Nous dirons peu de chose des verroux, qui, avec la serrure, concourent à la fermeture de la porte, mais qui, depuis l'invention des serrures à secret, tendent à disparaître. On sait qu'ils se composent d'une langue de métal fixée, sur une plaque ou platine, par deux picolets qui limitent son parcours. Ces petits appareils peuvent être très ornés. A l'époque de la Renaissance on en confectionna d'exquis, auxquels on donnait la forme de menus cartouches. D'autres étaient décorés de chiffres et d'initiales ou d'armoiries, d'où le nom de targette1 qui, de nos jours, sert encore à désigner les petits verrous. Tout le monde
1. Le mot targette est un diminutif de targe, qui signifie bouclier, écu. On sait que les chevaliers portaient dans les tournois leurs armes et leurs devises peintes sur leurs boucliers.
connaît les délicieuses targettes aux armes de Henri II et de Diane de Poitiers, qui servaient, au château d'Anet, à clore les portes de la favorite. Celles du château d'Ecouen, aux armes du connétable de Montmorency, ne sont guère moins célèbres.
Le verrou doit toujours être situé légèrement au-dessus du milieu de la porte. La serrure, par contre, a sa place marquée à hauteur de la main, c'est-à-dire entre un mètre et un mètre trente à partir du sol. C'est sur la hauteur du bouton de la porte, que se règle celle des boutons chargés de mettre en mouvement les crémones, et de gouverner ainsi la fermeture des fenêtres. Comme grosseur, comme forme et comme style, ces derniers doivent, en outre, se rapprocher, autant que possible, du modèle fourni par la serrure, de façon à créer entre les uns et les autres une sorte de concordance régulière et d'unité.
Fig. 86. Anneau de clef par Min Jousse.
Fig. 87. La mise en œuvre du bronze.