‹ L'art dans la maison (grammaire de l'ameublement)Chapitre 47 sur 155 · Voir L'cArt à travers les mœurs, page i · texte numérisé non relu

Voir L'cArt à travers les mœurs, page i

2. Voir les Comptes 'Royaux; les Comptes des ducs de 'Bourgogne, l'Entrée et couronnement du Roy de U^aples; voir encore IcGlossaire, de Dclaborcle, el Darcel, Musée du Louvre.

souverains faire fondre leur argenterie, afin de se procurer les ressources nécessaires. Guillaume le Taciturne, pour pouvoir continuer la guerre contre l'Espagne, vendit au poids la vaisselle de sa maison. Louis XIV fit pis encore. En 1689, quand la fortune commença à faire expier à la France le faste insolent de son roi et son insupportable orgueil, non seulement il envoya à la monnaie les chefs-d'œuvre de Ballin, de Cousinet,de Loir, de Débonnaire, deViocourt, de Merlin, de Villers. de Gravet' qui ornaient ses palais de Marly et de Versailles, mais encore il excita sa cour à suivre son déplorable exemple 2.

Faible expédient, et désastre irréparable, par lequel plus de dix millions de travaux admirables disparurent dans le creuset du fondeur, sans laisser la moindre trace ; et cependant vingt ans s'étaient écoulés à peine, que le maréchal de Boufflers et le duc de Grammont, voulant faire leur cour au vieux roi, lui offraient de nouveau leur vaisselle d'or et d'argent, pour parer à l'affreux déficit du trésor. En vain, Pontchartrain et Desmarets s'opposèrent à cet acte de vandalisme, rappelant combien pareille mesure avait peu produit quelques années plus tôt. Malgré cela, l'avis du roi prévalut, et l'on dut, une fois de plus, déplorer « la perte et le dommage inestimables de toutes ces admirables moulures, gravures, ciselures, de ces reliefs et de tant d'ornements achevés, dont le luxe avait chargé la vaisselle de tous les gens riches et de tous ceux du bel air »3.

Ces refontes successives, opérées par son bisaïeul, avaient tellement appauvri sa vaisselle royale, qu'en mai 1753, Louis XV

1. Voir Comptes des bâtiments du roi sous le règne de Louis XIV, publiés par J. Guilïrcy. Paris, 1 88 1 .

2. L'exemple du grand roi était un ordre trop pressant pour n'être pas suivi. « La belle duchesse de Lude, écrit M""1 de Sévigné, a fait mettre tous ses beaux meubles d'argent en pièces et en morceaux chez elle; mais comme les morceaux en sont bons, elle en a touché vingt-sept mille écus, et s'est remeublée de toutes sortes de meubles de bois, de miroirs, de glaces... » (Lettres de Madame de Sévigné, tome VIII, page 145 ). Mmc de Chaulnes envoya à la monnaie sa table et ses guéridons, Mmc de Lavardin ses beaux meubles (Ibid., tome VIII, page 128.), M. de Lavardin les « chenets, plaques, chandeliers, tables et guéridons d'argent » qu'à son mariage, il avait reçus de sa mère (Ibid., tome V, page 398.), et les autres à l'avenant.

« Que dites-vous, écrit encore à ce sujet Mme de Sévigné, de tous ces beaux meubles de la duchesse de Lude et de tant d'autres qui vont, après ceux de Sa Majesté, à l'hôtel des monnaies } » (Lettres, tome VIII, page 134.)

Page 1