‹ L'art dans la maison (grammaire de l'ameublement)Chapitre 49 sur 155 · LE MÉTAL. SES ADAPTATIONS AU MOBILIER · texte numérisé non relu

LE MÉTAL. SES ADAPTATIONS AU MOBILIER

Malgré la variété de ses aspects et la complexité de ses applications, malgré les multiples services qu'il est appelé à nous rendre, le métal, sous ses formes les plus diverses, fer, cuivre, bronze, or, argent, étain, ne remplit et ne doit remplir, dans notre habitation modèle, qu'un rôle modéré, limité, restreint.

En premier lieu, il ne peut guère figurer dans les décorations d'ensemble à l'état massif. Nous avons bien l'idée de lambris dorés, mais non pas de lambris d'or. Le bronze lui-même., quoique moins précieux, est encore trop coûteux pour être employé à revêtir les plafonds ou à daller les salles. Quant aux murailles de fer, il faut en laisser la spécialité aux navires blindés, et aux caisses trop souvent violentées de certaines compagnies financières.

Meubles. — Dans la confection des meubles, le métal est mieux à sa place, mais à condition encore de n'y figurer qu'à titre accessoire. Par sa dureté, par sa cohésion, par la rigueur de ses profils et l'acuité de ses angles, il est d'un commerce âpre et peu facile, et sa constante familiarité est d'autant moins agréable, que sa conductibilité étant relativement considérable, son contact glacé produit généralement au toucher un effet pénible.

A ces causes d'exclusion, il convient encore d'ajouter sa pesanteur, qui rend peu maniables les meubles confectionnés en fer et en bronze massifs, ou qui force à recourir à une telle ténuité de formes, à une telle maigreur de contours, que notre œil désorienté en est réduit à regretter un pareil abus de profils aussi minces.

Le mobilier en fer ou en cuivre a cependant trouvé d'ardents défenseurs. A l'appui de leur thèse, ses partisans ont invoqué l'exemple de l'Antiquité. L'objection est, au fond, plus spécieuse que concluante. Si les meubles antiques en métal, parvenus jus-

qu'à nous, sont plus nombreux que les meubles en bois, c'est que ces derniers ont disparu, dévorés par mille causes qui respectent le métal. Mais que Ton compare le nombre des sièges et des lits en bronze, découverts à Pompeï, à celui des lampes, des candélabres, etc., dont l'usage a dû rester proportionnel, et Ton reconnaîtra qu'alors, comme de nos jours, ce genre de meubles était

Fig. 109. Torchère applique en argent massif, d'après Berain.

une exception. — Et cependant leur présence, sous le ciel brûlant du golfe de Naples, semble plus naturelle que sous nos climats brumeux, dont l'humidité constante n'est rien moins que favorable à la conservation des métaux.

Dans les temps modernes, on ne compte guère que le règne de Louis XIV, où les meubles de ce genre aient été à la mode. Mais il faut considérer cette particularité plutôt comme un débordement de somptuosité, que comme une marque de goût. Cette fois, en effet, ce n'est plus le bronze qu'on met en œuvre, mais l'argent. Les chefs-d'œuvre de Rallin « homme unique en son

genre » comme l'appelle Voltaire, les merveilles exécutées à grands frais sur les dessins de Lebrun, éprouvèrent, nous l'avons vu plus haut, le triste sort réservé, en tous temps, aux métaux précieux. Lorsque la bise politique commença à souffler sur cet épanouissement d'orgueil, le roi tout le premier dut donner l'exemple. « Il se priva, nous dit l'historien du siècle de Louis XIV ', de toutes ces tables d'argent, de ces candélabres, de ces canapés d'argent massif, de tous ces meubles qui étaient des chefs-d'œuvre... Ils avaient coûté dix millions, on en tira

par leur illustre origine, pour nous entraîner dans une fausse voie. — Et en effet, très admissible encore, sous forme de jardinière, de petite table., de guéridon, etc., le métal ne l'est plus que difficilement sous forme de sièges, et son aspect luisant, son grain serré jurent toujours avec la trame un peu lâche de l'étoffe qui l'avoisine. Ajoutons, que même à l'état de table et de guéridon, malgré la délicatesse naturelle de ses masses portantes et la solidité de ses appuis, le meuble de métal reste soumis aux mêmes lois d'équilibre et de statique que les ouvrages de bois, et l'œil conserve, quant à l'écartement des

trois. Les meubles d'argent orfévré des particuliers produisirent trois autres millions. La ressource était faible ».

Fig. 110. Petit guéridon en métal, exécuté par Oppenord.

Ce grand massacre est-il beaucoup à regretter? — Nous avons déjà dit combien les regrets, auxquels on pourrait s'abandonner aujourd'hui, seraient superflus. En outre, si l'on peut déplorer « la perte inestimable de ces admirables façons, plus chères que la matière »2 encore serait-il imprudent de vouloir trouver, dans ce mobilier exceptionnel une série de modèles dispendieux, assez autorisés

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