Voltaire (Ed. de Genève, 1769), tome XII, page
2. Saint-Simon. Mémoires complets et authentiques, tome VIT, page 210.
pieds, et à la largeur de l'assiette, les mêmes exigences; de là, tout un monde de difficultés spéciales , que seuls les artistes d'un mérite supérieur arrivent à éluder (voir fig. no).
Ne pouvant être qu'exceptionnellement choisi, comme matériel principal, dans la fabrication des meubles, le métal peut, par contre, y figurer avantageusement à l'état d'accessoire, mais, même dans ce cas, il ne doit être employé qu'avec de grandes précautions, beaucoup de mesure et beaucoup de retenue.
Fig. i i i (.Module condamnable}. Console en acajou, portée par des sphinx en bronze ^stylc Empire). — Mobilier national.
Le bon sens exige,' en effet, qu'il ne se mêle au bois que pour en augmenter l'éclat ou la solidité, et seulement dans la juste mesure où il concourt à l'un de ces deux services. Dans les meubles à panneaux, il a sa place réservée dans la ferrure des portes, il peut se développer sous forme de pentures ouvragées au milieu des battants. Les poignées des tiroirs, les contreplaques des serrures, les entrées de clefs lui sont toujours réservées. Il peut, en outre, sur toutes sortes de meubles, s'étendre en une ornementation brillante et tenir, sous forme de pièces rappor-
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tées ou d'incrustations, une place considérable. Baguettes, frises, cartouches, guirlandes, rentrent dans le rôle qui lui est dévolu; mais il ne doit jamais perdre son caractère ornemental, c'est-àdire dépendant, et il ne faut permettre, en aucun cas, qu'il se substitue à l'architecture du meuble.
Alors même que ses reluisances semblent épouser admirablement les tons chauds de l'acajou, font chanter le bois de rose, ou réveillent les sombres tonalités de l'ébène, il ne doit jamais renoncer à son rôle de parure. Donner à un meuble de bois des pieds de fer, ou le renforcer de colonnes de bronze, c'est commettre un contre-sens fâcheux, c'est faire paraître le principal fragile, en accordant trop de solidité à ce qui n'est que l'accessoire (voir fig. m). Le métal donc, à moins que sa présence ne soit commandée par une nécessité bien établie, ne doit figurer dans l'ornementation du meuble, que comme un bijou dans notre toilette. Comme tel, il lui faut conserver un aspect léger, brillant, gracieux, accompagner les lignes principales, agrémenter les formes, mais répudier toute prétention de les dominer ou de se confondre avec elles.
La somptuosité d'un roi, qui prenait le soleil pour emblème, le génie infatigable d'un Boule, le goût inventif d'un Crescent, la prodigieuse habileté d'artistes aussi éminents que Riesener et Caffleri, ont pu porter l'emploi des métaux dans l'ameublement à un point voisin de la prodigalité. Toutefois , ces hommes exceptionnels n'ont réussi, dans leur audacieuse tentative, que parce qu'ils respectaient la logique et la forme. Bien que dans leurs admirables ouvrages, le métal tienne une place débordante, et représente le plus souvent, comme travail, et comme matière, une valeur très supérieure à celle du bois, encore demeure-t-il toujours subordonné à celui-ci. Et c'est seulement vers la fin du règne de Louis XVI, lorsque le bronze commença à jouer un rôle prépondérant, que le mobilier perdit à la fois avec son équilibre et sa raison, son élégance, sa grâce et son charme.
Il ne faut pas craindre de le répéter, en effet, c'est une erreur capitale, que de mêler au bois le métal par grandes masses, et d'employer, comme fit le premier Empire, des sphinx de