‹ L'art dans la maison (grammaire de l'ameublement)Chapitre 51 sur 155 · IÔ · texte numérisé non relu

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bronze pour soutenir une console légère en racine d'orme, ou des cariatides de même matière pour supporter une table fragile en acajou plaqué. Il y a disproportion flagrante entre la robustesse des matériaux employés à la base, et la légèreté spécifique du couronnement. Le bronze, à l'état de support, commande le marbre, et réciproquement, c'est une erreur de placer une statue de bronze sur un socle de bois. Le socle en bois n'est permis que pour les vases, dont le caractère d'objets creux est bien accentué et la légèreté visible.

Des montures. — Si les convenances et la logique nous ont fait n'accorder au métal qu'une place accessoire dans la construction générale des meubles, il nous faut reconnaître, toutefois, qu'indépendamment des emplois spéciaux, qui leur sont exclusivement réservés, il reste encore au fer, au bronze, à l'argent un rôle considérable à jouer dans l'économie générale du mobilier.

Tout d'abord c'est à eux qu'on demande presque toutes les montures. Le grain serré du métal, ses lignes fermes, ses contours précis, son ornementation nerveuse s'allient admirablement avec la céramique. Ils encadrent à ravir les laques dont les surfaces lisses, brillantes, ont une analogie saisissante avec l'éclat et le poli dont le bronze et l'argent sont susceptibles. Le métal, en outre, marie agréablement ses reflets à ceux des miroirs. Nous avons dit qu'il était le compagnon obligé du marbre. Enfin c'est à lui qu'on demande le plus ordinairement la parure des tables de salle à manger, des étagères et consoles qui décorent le salon, et, presque toujours, la garniture des cheminées de ces diverses pièces.

Certes, ce sont là des emplois aussi nombreux que variés, et on peut dire que, grâce à eux, le métal concourt dans une très large mesure à la décoration de nos intérieurs. Depuis le vestibule, où il étincelle sous le feu des bougies et des globes, jusqu'au salon, où s'arrondissant, pour former la panse rebondie d'un vase, il enserre les plantes tropicales et les feuillages bizarrement découpés; depuis l'escalier, dont il fournit la rampe, jusqu'à la

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Chenet Louis XVI, en bronze doré (Mobilier national).

chambre à coucher, où il s'étale sous l'apparence d'intimes et charmants souvenirs, il n'est guère de pièce, de réduit, de recoin où il ne se manifeste. Ajoutons, enfin, que grâce à lui, les plus purs chefs-d'œuvre de l'art, les plus puissantes conceptions de la statuaire, peuvent, sous forme de réductions délicates, trouver place dans notre logis.

Peut-être y aurait-il beaucoup à dire sur cette dernière adaptation. Les œuvres d'art pur doivent assurément tenir, dans notre maison, une place d'honneur et, cependant c'est de ces œuvres précieuses que nous parlerons le moins ; d'abord, parce que l'étude de leurs sereines beautés pourrait nous entraîner hors du cadre modeste que nous nous sommes tracé ;

en second lieu, parce que c'est particulièrement à juger et à comprendre ces œuvres supérieures, que le public, auquel ces lignes sont destinées, est surtout compétent.

Garnitures de foyer.

— Pour les autres emplois, d'une nature plus terre à terre, et qui obéissent à de moins hautes

Fig. Chenet Louis XVI, en bronze doré

(Mobilier national). inspirations, nos conseils

seront mieux à leur place.

D'autant, qu'il nous sera peut-être permis de dégager des

conyenances qui sont à observer dans ce cas, quelques règles d'une application générale.

Chenets, grilles, garnitures de foyer, qui exigent une absolue incombustibilité, doivent être, nous l'avons dit, exclusivement en métal, il en est de même pour les chandeliers, pour les lustres et les girandoles.

Pendules. — De même encore, mais pour d'autres raisons, la pendule réclame extérieurement la présence du métal. Ne serait-ce que pour rappeler le rôle prépondérant, que le fer, le cuivre, l'acier, le laiton, jouent dans la constitution de son mécanisme interne ; et alors même que l'enveloppe est en marbre, en bois, en ivoire, en biscuit, le métal fait encore bien autour de son cadran. Il est bon, en effet, que cette inexorable surface, où se comptent les heures à mesure qu'elles s'écoulent, soit sertie dans une matière énergique et robuste, qui défie l'action du temps.

Or, ce cadran, il ne faut pas l'oublier, est extérieurement la pièce importante de la pendule. C'est lui que les yeux cherchent d'abord, et qu'ils doivent tout de suite rencontrer. Bien mieux, son importance n'est point simplement matérielle. Elle doit encore être morale ; c'est-à-dire que le cadran doit dominer le sujet, le commander, le subalterniser, de façon à ce que ce dernier paraisse concourir surtout à le mettre en évidence. Rien n'est plus ridicule ni plus illogique, en effet, que ces pendules baroques, où le cadran se déguise, et force celui qui veut voir l'heure, à un travail de recherche et d'exploration. Rien de plus grotesque , en outre, que ces sujets prétentieux, qui semblent vouloir transformer le principal en accessoire, et nous laissent à peine voir les aiguilles, accomplissant leur course obscure sur la roue d'un char agrémenté de douze chiffres, ou s'escrimant, presqu'invisibles, sur le bouclier, qu'un romain préoccupé a préalablement accroché aux branches d'un vieux chêne.

Logiquement composée, ou sottement établie, dessinée avec goût, ou présentant un sujet niaisement combiné , la pendule , toutefois, jusqu'à ces années dernières, a tenu la place d'hon-

neur dans la garniture de cheminée. Elle apparaissait à cette place d'honneur, inévitablement flanquée de deux candélabres plus ou moins robustes et, comme points intermédiaires, de deux coupes, de deux brûle-parfums, de deux groupes en porcelaine ou en biscuit, et, quand l'étendue de la tablette le permettait, précédée d'un baguier ou d'une soucoupe en vieux chine, en vieux saxe, ou en vieux sèvres.

Aujourd'hui , on commence à renoncer à cette ordonnance , considérée pendant trop longtemps, comme classique, et l'on remplace , parfois avec avantage, la pendule par une œuvre d'art. Reconnaissons que cette œuvre d'art, quand elle est soigneusement choisie, est mieux à sa place au centre de la cheminée , car les pendules, étant généralement bâties en façade, ont tout à redouter d'une

, »^ . Fier. lis- Pendule Louis XVI, en marbre

glace indiscrète, révélant et b>ronze doré (MobiUer nationaI).

les imperfections forcées

de parties qui n'ont point été construites pour braver les regards. Ajouterons-nous encore que cette ordonnance, que nous étions amenés, à l'instant, à qualifier de classique, bien loin de pouvoir se prévaloir de cette consécration spéciale, que le temps apporte toujours avec lui, est d'une institution relativement récente. Consultez la série des cheminées dessinées par Berain. Le plus grand nombre, non seulement n'est pas construit en vue de porter des pendules, ou d'autres garnitures, mais la forme même du chambranle, les ondulations du manteau éloignent toute idée de ce genre ; et dans les rares

projets de cette époque, où la pendule apparaît sur ce chambranle, elle est directement liée à son architecture et fait corps avec lui.

C'est seulement à la fin du siècle dernier, que l'usage de placer les pendules sur les cheminées se généralisa, et l'on s'en plaignit

tout d'abord. « On met des pendules sur toutes les cheminées, écrit Mercier qui fut témoin de cette innovation1; c'est une mode lugubre. Il n'y a rien de si triste à contempler qu'une pendule.

Vous voyez votre vie s'écouler, pour ainsi dire, et le balancier vous avertit de tous les moments qui vous sont comptés et qui ne reviendront plus » .

Avant ce temps, la pendule, enfermée dans une longue gaine, était logée au centre d'un trumeau, ou suspendue sur son socle au milieu d'un

Fig. 116. Diagramme du candélabre. panneau, OU CllCOre pla-

cée sur quelque meuble.

Parfois même elle manquait, et il était en France, bon nombre de pays où ses services étaient radicalement ignorés2.

Un autre argument qu'on peut encore faire valoir, pour substi-

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