CH. G.0UT£W1LLE
Fig. 14a. Cheminée en griotte de Flandre (style Louis XV), exécutée par M. Parfonry.
Le sarancolin, jadis appelé marbre d'Antin, formé de coulées jaunes, rouges, grises et violacées (considéré comme le plus décoratif).
Le jaune fleuri, jaune bouton d'or, coupé de stries et de petites veines rouges.
La brocatelle violette, d'un rouge vineux, jaspé d'une multitude de petites taches jaunes, gris jaunâtre et blanc cristallin.
La brèche d'alep, formée par un amas de fragments gris, bruns., noirâtres, mais où le jaune domine.
La brèche violette, où les fragments gris, blancs et rouges
sombres, sont reliés par une pâte violacée, tirant légèrement sur la lie de vin.
Et enfin le marbre onyx.
Tous ces marbres, quelles que soient leur provenance et leur valeur, sont livrés au fabricant à l'état brut, c'est-à-dire en blocs, pesant de mille à six mille kilogs, et dans la forme qu'ils affectent au sortir de la carrière. On débite ces masses énormes à la scie, soit en bloquins d'une épaisseur plus ou moins considérable, soit en tranches plus ou moins minces. Les outils, à
Taide desquels s'opèrent ces divisions, sont mis en action par la vapeur, et l'on peut voir, dans les grandes marbreries, des châssis armés parfois de quarante, de cinquante et soixante scies, s'attaquer à un bloc de marbre, de i mètre à im,3o de côté, et le diviser en quarante, cinquante ou soixante tranches, de deux centimètres d'épaisseur chacune.
Une fois que le marbre est débité, il passe entre les mains des marbriers ou praticiens, qui le dégrossissent, le découpent, le taillent et exécutent les parties architecturales. Le sculpteur, s'il y a lieu, s'en empare ensuite, et achève de lui donner son ornementation définitive. Après quoi le marbre est poli à la meule ou à l'aide de poudres diverses, telles que le grès, le rabatdoux, la pierre ponce, Témeri, la potée de plomb, etc., et livré au commerce ou aux particuliers.
C'est dans ce que la statuaire comporte de plus beau, de plus noble, de plus relevé, que le marbre trouve son expression -la plus haute; sa note la plus modeste est fournie par les pavements. Généralement, les pavements de marbre sont à deux couleurs, blanc et noir, alternant par surfaces égales ou inégales. M. Charles Blanc, dans sa Grammaire des arts décoratifs, pose
Fig. 143.
Pavement en marbre, à surfaces égales et à couleurs alternées.
en axiome qu'une des deux couleurs doit prédominer sur l'autre, et que l'inégalité réelle ou apparente des matériaux employés est une condition essentielle de beauté. Selon nous c'est une grosse erreur.
L'égalité des surfaces exprime certaines idées d'ordre, de méthode, de régularité, qui conviennent à certains cas. Prenons une vaste pièce, une salle à manger, un salon d'été par exemple, eh bien, par son caractère méthodique, sévère, apprêté, un pavement à dalles de mêmes dimensions communiquera à cette
Fig. 144. Fig. 145.
Pavemenis en marbre, à couleurs alternées ei surfaces inégales.
pièce un air de cérémonie, que ne comporterait pas un pavement à surfaces inégales, lequel, quoiqu'on en ait, sent toujours la fantaisie et, par conséquent, le négligé.
On fera donc bien de choisir de préférence, pour une salle à manger d'été, pour une salle de réception, pour un lieu vaste et bien décoré, un pavement fait de losanges de même taille alternant de couleurs, et de réserver, pour les couloirs, pour les antichambres et les vestibules de peu d'étendue, les pavements formés de petits losanges intercalés entre des dalles octogones, ou combinés de tout autre façon.
Plus encore que dans le pavement, le marbre est à sa place marquée dans la construction de la cheminée. Ses contours nets, ses profils précis encadrent parfaitement le foyer, en lui assi-
gnant une limite exacte. Son aspect brillant s'harmonise avec la flamme, qui scintille dans l'âtre, et son incombustibilité notoire éloigne toute idée de conflagration et, par conséquent, de danger.
On ne peut guère se dispenser de remarquer que, dans la plupart des salons, les cheminées sont faites de marbre blanc. Cette préférence, toutefois, résulte beaucoup moins des qualités plastiques présentées par ce genre de marbres, que de la nécessité où se trouvent la plupart des constructeurs de choisir, pour les maisons de rapport, une nuance banale, sans caractère accentué, s'harmonisant avec toutes les tentures, et incapable de produire aucune discordance avec le mobilier inconnu, qui, plus tard, occupera la pièce. C'est cette même raison, qui fait choisir de préférence des teintes neutres, grises ou noires, pour la plupart des cheminées de chambres ou de cabinets.
Pour nous, qui n'avons pas de ces préoccupations, rien ne nous empêche de chercher, au contraire, dans un marbre de couleur, une note riche et brillante, capable de mettre en valeur notre mobilier. Une belle cheminée en marbre sarancolin, campan, ou en griotte, est, en effet, tout aussi bien à sa place dans un salon ou dans une chambre à coucher, qu'une cheminée de marbre blanc.
Toutefois, il faut remarquer que plus le marbre employé comporte de couleurs, et montre de veines, de marbrures, de jaspures, et plus le travail dont il est susceptible doit être simplifié. Toutes les sculptures fines, les fleurs, les guirlandes, les frises délicates, les menus cartouches, etc., disparaissent, en effet, et se perdent, au milieu de ses combinaisons, de ses entrelacements de tons souvent très tranchés. De même qu'il ne nous viendrait pas à l'idée de sculpter une mosaïque, de même pour les marbres de couleur, on doit réduire le travail du marbrier aux simples profils nécessités par la forme générale de l'ouvrage.
On fera donc bien de se borner, pour la plupart des marbres colorés, à de riches et puissantes moulures accompagnant l'architecture de la cheminée. Un lambrequin très simple, sculpté sur chaque pied-droit, un cartouche, une coquille, un motif au
Vase en marbre (exécuté par M. Parfonry)
centre de la traverse, pour former un repos, tels sont les ornements permis. Si l'ornementation de la pièce exige une décoration plus riche, plus abondante, plus fouillée, on pourra avoir recours au bronze doré, qui s'harmonise admirablement avec les marbres colorés, surtout avec le bleu turquin, la griotte d'Italie, et la brèche violette.
Le marbre et le bronze, — nous l'avons déjà dit, du reste,
Fig. 1.46. Vase en marbre, décoré de bronze ciselé et doré (Mobilier national).
en parlant des métaux, — sont deux matières qui sympathisent admirablement dans le mobilier. Rien n'est plus magnifique qu'un beau vase de marbre richement veiné, largement assis sur un pied de bronze doré, et serti dans une monture élégante et finement ciselée.
Outre les emplois que nous venons d'énumérer, le marbre a sa place marquée, dans notre logis, sur un certain nombre de meubles, tels que tables, consoles, guéridons, commodes, etc. Dans ces nouvelles applications, il ne faut jamais oublier la recommandation que nous avons déjà faite, à savoir, que les parties les plus résistantes doivent supporter les parties les plus
légères. Comme, le plus souvent, c'est en bois que sont faits les pieds des tables, consoles, etc., c'est-à-dire les masses portantes, il convient que la tablette de marbre soit visiblement mince pour ne pas alourdir, outre mesure, le meuble qu'elle surmonte, ou, ce qui serait pis encore, pour ne pas paraître l'écraser.
Il arrive parfois que, pour les dessus de table, consoles ou guéridons, au lieu d'employer du marbre, en plaque ou en tablette, on l'emploie en Mosaïque. C'est là un usage, auquel on fera bien de ne sacrifier qu'avec une modération extrême. La mosaïque, en effet, ne supporte pas la médiocrité; et il est rare, à moins d'atteindre à des prix relativement très élevés, qu'elle soit d'une correction parfaite. Généralement, ses colorations, n'étant pas ménagées avec une précaution suffisante, paraissent sèches, dures, et comme elles n'ont aucune chance de s'assoupir avec le temps, leur « heureux » possesseur se trouve condamné à un supplice perpétuel.
Enfin, il est, dans notre habitation modèle, deux pièces où le marbre peut être employé par grandes surfaces, c'est le cabinet de toilette et la salle de bain. Les ablutions et leurs conséquences, c'est-à-dire l'eau vivement projetée et abondamment répandue, nécessitent, pour ces deux pièces, un pavement d'un ordre spécial, et de- grandes dalles de marbre blanc, recouvertes de peaux et de fourrures, forment le sol le mieux compris, et le mieux approprié aux exigences de nos ablutions. Dans la salle de bain, le marbre peut encore habiller la muraille et fournir le meuble principal, c'est-à-dire la baignoire; de même dans le cabinet de toilette, c'est à lui qu'on demande le plus ordinairement la partie supérieure de la table de toilette. Rien de plus convenable, à tous égards, pour placer sa cuvette, qu'une tablette de marbre blanc. Rien de plus somptueux, en outre, qu'une baignoire en onyx. Toutefois, le marbre étant toujours très long à s'échauffer, on fera bien de doubler l'intérieur de cette baignoire d'une garniture en métal.
Le marbre, dernière adaptation, est parfois employé comme marches d'escalier, mais c'est là une application rare et coûteuse. Certes, c'est une chose magnifique qu'un bel escalier en
marbre précieux, mais, il s'en faut de beaucoup que la pratique en soit aussi agréable. Généralement, à cause de son poli glissant, le marbre doit être rejeté d'une destination qui le rend dangereux.
Il arrive encore que, dans les escaliers, on emploie le marbre aux revêtements de muraille. Mais le plus souvent on a recours à des procédés, qui simulent, plus ou moins heureusement, le marbre, tels que la peinture, usitée dans les maisons ordinaires, et le stuc, plus spécialement réservé pour les habitations d'un ordre relevé.
Le stuc se fabrique, à Paris', soit en mélangeant du plâtre bien cuit, tamisé bien fin, avec de la poudre de marbre et de la colle forte; soit en mélangeant du plâtre, également de belle qualité avec de l'alun, cette dernière substance entrant dans le mélange pour 2°/0 environ. Quand on veut imiter les marbres de décoration, brèches, granits, porphyres, etc., on emploie des couleurs minérales, qui, mélangées habilement à la pâte, produisent la teinte et l'aspect qu'on désire obtenir. Suivant la variété de stuc qu'on emploie,
l'application Se fait à la brOSSe OU en ra- Candélabre en marbre blanc
valement. Quand les applications sont ter- ( m^LT national ). minées et parfaitement sèches , on polit
le stuc avec du grès pilé; puis, quand il se produit des petits trous ou de menues cavités, on les bouche; après quoi, on procède à un nouveau polissage, et finalement on lustre la surlace, comme du reste celle du marbre, avec des chiffons de laine graissés d'encaustique.
Fig. 147.
1. A l'étranger, où le plâtre manque, on emploie de la chaux. En Italie, les beaux stucs sont faits avec du marbre brûlé et réduit en poudre.
Le stuc, quand il est savamment traité, imite le marbre à s'y méprendre. Toutefois, on agira sagement en n'en usant qu'avec précaution, et seulement pour les lieux de passage. Employés par trop grande quantité, le marbre et ses imitations produisent, en effet, une impression glaciale, que justifie, du reste, leur toucher. Ce n'est pas sans raison qu'on dit, en manière de proverbe, « dur et froid comme le marbre ».
En outre, dans les revêtements de muraille, on fera bien d'avoir égard, comme dans le mobilier, à la résistance et à la pesanteur spécifique de ces lourdes matières. Il arrive trop souvent, notamment dans la peinture des escaliers, qu'on représente une énorme paroi de marbre, suspendue au-dessus d'un lambris d'appui en délicate marqueterie de bois ; c'est là un contre-sens ridicule, car la raison indique qu'on doit toujours observer une progression logique, dans la disposition des matériaux employés.
Fig. 148. Sculpteur achevant un vase de marbre.