XIV. La ligne brisée, exprimant le mouvement et la vie
NE SAURAIT CONVENIR A UNE DÉCORATION FIXE, PARCE QUE, CELLE- CI, PAR SA NATURE MÊME, EXPRIME DES IDÉES DE DURÉE. Il EN EST TOUT AUTREMENT POUR LA DÉCORATION MOBILE. Il CSt bien évident, en effet, qu'une boiserie, une corniche, un lambris, une cheminée, qui sont plaqués à demeure contre notre muraille,
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doivent avoir une apparence de solidité, de résistance, de durée, que ne saurait leur communiquer l'emploi des lignes brisées, lesquelles, par les angles qu'elles produisent, et par la multiplicité des surfaces qu'elles développent, éloignent toute idée de durée et de solidité. Les meubles eux-mêmes participent, dans une très large mesure, à cette préoccupation. Ceux qui sont à poste fixe surtout, réclament, dans leur structure, l'emploi exclusif des lignes droites ou courbes.
Pour la décoration mobile, c'est le contraire qui se produit.
Autant il serait ridicule de briser, à l'aide de bossages plus ou moins élégants, la tablette supérieure d'une cheminée; * autant il serait maladroit d'établir un niveau exact, régulier, entre les sommets des différents objets qui décorent cette tablette, de façon à ce que ces sommets décrivent une courbe régulière (voir fig. 154), ou présentent une ligne droite parallèle à leur ligne de base (voir fig. 1 55). Une pareille régularité, non seulement contrarierait les regards, mais blesserait la raison.
De même, lorsque vous accrochez une suite de tableaux à la muraille, gardez-vous de les assortir de même taille, ou, si le hasard les présente ainsi, de faire régner leurs bases à une même hauteur, de façon à ce que les cadres forment deux lignes droites, parallèles, se raccordant aux grands traits horizontaux de la décoration. Il suffit qu'un tableau soit posé sur la muraille et ne fasse pas corps avec elle, pour que son caractère de mobilité doive être accentué. Toutefois, si vos tableaux sont disposés de telle façon qu'il s'en trouve seulement un sur chaque panneau, ce tableau, isolé, pourra se raccorder avec un pendant, également isolé sur un autre panneau, parce qu'alors la
Fig- '55-
ligne décorative se trouve rompue, et que ces deux tableaux séparés, forment une équivalence symétrique et non plus un ensemble.
XV. La ligne brisée, étant, dans la plastique et la décoration, l'image fidèle du mouvement et de la vie, exprime, suivant les dispositions qu'elle affecte, des idées gaies ou tristes. — Humbert de Superville, dans un ouvrage très recherché, très curieux, mais rare et peu connu', démontre, à l'aide des trois figures ci-dessous, qu'il suffit d'un léger déplacement des lignes fondamentales du visage humain, pour
exprimer très clairement des sentiments fort divers, et même radicalement contradictoires.
Lorsque les traits, formant la bouche et les yeux, restent parallèles à la ligne du nez, la figure (voir 1 56) respire le calme le plus complet, lorsque ces mêmes traits prolongés forment un angle dont la pointe est dirigée vers le sol, la physionomie (voir 157) exprime la gaîté, lorsque l'angle dresse son sommet en l'air, la figure (voir 1 58) prend, au contraire, un air de désolation fort remarquable. La constatation faite par Humbert de Superville, est donc excessivement ingénieuse, est-elle bien neuve? — Assurément non.
En choisissant le peuplier comme « arbre de la liberté » et le saule pleureur, ainsi que le sapin, comme arbres spécialement funèbres, nos ancêtres n'ont fait que mettre en pratique, et