‹ L'art dans la maison (grammaire de l'ameublement)Chapitre 9 sur 155 · Anecdotes des beaux-arts, tome I, page · texte numérisé non relu

Anecdotes des beaux-arts, tome I, page

4. Voir Histoire de la peinture hollandaise, Paris, 1882, page 260. Anne d'Autriche, pendant sa régence, se rendait souvent au palais Mazarin (aujourd'hui la Bibliothèque nationale), pour voir travailler Romanelli au plafond de la grande galerie, et neuf des dames qui l'accompagnaient, sollicitèrent de poser pour les Muses qui ornent ce plafond (cAnecdotes, tome I, page 457).

5. Ce Nicolas Robert est assurément l'un des plus admirables peintres de fleurs qu'on ait jamais connus. Ce fut lui qui exécuta, pour la belle et précieuse Julie Lucine d'Angennes, cette fameuse Guirlande de Julie, que M. de Montausier offrit à celle qui devait un jour devenir sa femme (voir Tallemant à l'article Montausier). L'ouvrage que Robert commença pour Gaston d'Orléans, continué après sa mort par Joubert, M"° Basseporte, Van Spaendonck, Redouté, etc., comprend aujourd'hui 98 volumes in-folio. Il est déposé à la Bibliothèque du Muséum du Jardin des Plantes.

considérable de son temps, et cette collection, on le sait, devint, par la suite, la pierre angulaire de notre Cabinet national.

Ce goût des médailles, Louis XIV l'eut aussi au plus haut point. Il passait une grande partie de ses après-dînées à voir et à étudier celles que lui avait léguées son oncle. Cette passion, inoffensive en apparence, devint même, s'il faut en croire l'abbé de Choisy nuisible à l'État. Le père La Chaise, cet insinuant

Fig. 7. Un cabincl d'amateur au xvii<> siècle, d'après un dessin conservé au Louvre.

jesuite, en profita pour s'introduire plus avant dans la confiance du roi et préparer, avec l'avènement de Mme de Maintenon, la Révocation de l'Édit de Nantes. Remarquons, en passant, que le goût du roi pour l'architecture fut peut-être encore plus funeste à la France. Non seulement il concourut, dans une large part, à épuiser les finances du pays, mais encore, au dire de Saint-

1. a Le roy s'amusoit les après-dinées à voir ses médailles, et ce fut ce qui augmenta beaucoup le grand crédit du Père La Chaise, son confesseur. Ce père aimoit fort les médailles et prétendoit s'y connaître. Il prit ce prétexte pour être presque toujours seul avec le roy ». {Mémoires de l'abbé île Choisy, dans l'édition de Michaud, tome XXX, page 599-)

Simon ', il nous valut la guerre désastreuse de 1688, qui commença le déclin de ce long et brillant règne. Louvois pour s'être, à Trianon, follement entêté à propos des proportions que devaient avoir certaines fenêtres, rudoyé par le roi, croyant son influence menacée, voyant déjà son crédit compromis, n'hésita pas, affirme Saint-Simon, à embarquer la France dans une guerre inutile, pour se rendre indispensable à son souverain, et reconquérir ainsi une confiance qu'avait fort ébranlée une simple question d'architecture.

C'était, du reste, l'habitude de Louis XIV de revoir avec soin, de discuter les plans de tous les bâtiments qu'il faisait édifier, d'y ajouter souvent, de retrancher parfois, et même à l'occasion de les remanier de fond en comble2. On sait comment à la mort de Louvois, ce grand roi modifia brusquement l'ordonnance de la place Vendôme. Les transformations que, par ses ordres, Mansart fit subir au palais de Versailles, ne furent pas moins radicales. A la mort de ce dernier, « il se déclara lui-même le surintendant et l'ordonnateur de ses bâtiments » 3. Sa surveillance, d'ailleurs, ne s'étendait pas uniquement à ses édifices personnels. «Jeudi i5 juillet 1688, écrit Dangeau, le roi alla à Saint-Cloud et donna plusieurs avis à Monsieur pour embellir sa maison, et lui alloua 5o,ooo écus pour faire exécuter une partie des avis qu'il lui avait donnés » +. Peut-être fera-t-on observer que toutes ces constructions n'ont point énormément gagné à cette intervention toute puissante. On ne niera pas cependant, qu'à cause de cela même, elles portent davantage l'empreinte du grand roi. C'est ainsi que se forment les styles.

Rien ne prouve mieux, au surplus, la place énorme que l'art tenait dans la vie de cet orgueilleux potentat, que la familiarité relative avec laquelle il traitait les artistes. Pour eux seuls, il se départait de cette morgue terrible qui tenait à une distance

1. Voir le Journal dît marquis de cDangeau publié en entier pour la première fois. Paris, Didot, tome II, page 76, note de Saint-Simon.

2. Dangeau, tome I, page 148. De son côté, l'auteur des Anecdotes ajoute : « Louis XIV, s'il faut en croire certains auteurs, a tracé lui-même l'idée de plusieurs édifices » (^Anecdotes, tome 1, page 32).

3. Saint-Simon, Mémoires complets et authentiques. Paris, Sautelet, 1829, t. VI, p. 181.

Page 1