Tallemant, tome IV, page
Si une table pareille nous séduit peu, il faut bien avouer que le lit n'est pas pour nous offrir une compensation bien grande. Jusqu'au commencement de ce siècle, on ne connut que la paillasse, pour tout sommier. Au xve siècle, « coucher sur la paille était un grand luxe » '. Les lits d'alors, comme du reste tous les meubles de ce temps, étaient faits, cela se voit assez, pour d'autres corps que les nôtres. Leurs angles aigus, leurs dures surfaces ne peuvent satisfaire que des gens pétris d'une pâte plus robuste. Ils sont bons pour le repos, non pour la mollesse. Ils conviennent à des muscles rompus aux fatigues physiques, et non pas à des formes délicates amollies par l'oisiveté.
Dans quelques instants, quand nous nous occuperons de l'éclairage et du chauffage, nous verrons à quels autres supplices étaient soumis nos malheureux ancêtres. Pauvres gens,
C'étoient là de plaisans Héros, Qui n'avoient, pas même en décembre, De vitres pour clore leur chambre, Ni de chemises sur leur dos2.
Non seulement pendant le Moyen Age et la Renaissance, ils gelèrent dans les salles immenses des grands châteaux, mais encore les veillées en hiver leur étaient en quelque sorte interdites. En ces temps primitifs, la chandelle (il n'est pas encore question de la bougie) constituait un luxe princier. Dans beaucoup d'habitations, on se servait de torches de bois sec enduites de résine. Ainsi donc point de lampes 3, point de lustres, de candélabres, de chandeliers. Point de pendules non plus, ni d'horloges, quant aux glaces, — charmantes lectrices, retenez bien ceci — absence complète. Il faudra attendre que Henri II appelle à Saint-Germain le vénitien Teseo Mutio, ou que, sous Charles IX, Fabiano Salviati transporte en France sa précieuse