‹ L'art dans la maison (grammaire de l'ameublement)Chapitre 96 sur 155 · Perrault, Parallèle des anciens et des modernes · texte numérisé non relu

Perrault, Parallèle des anciens et des modernes

3. Au commencement de ce siècle, on avait encore les yeux si mal habitues à un éclairage un peu vif, que M»° de Genlis attribue aux ravages produits par les lampes du trop fameux Quinquet, la myopie de ses jeunes contemporains : 0 Depuis que les lampes sont à la mode, écrit cette dame, ce sont les jeunes gens qui portent des lunettes, et l'on ne trouve plus de bons yeux que parmi les vieillards, qui ont conservé l'habitude de lire et d'écrire avec une bougie voilée par un garde-vue ». {Etiquettes de la Cour, tome I, page 310.)

industrie, pour qu'elles cessent d'être un ornement quasi-royal. De petits miroirs grands comme la main, en métal, et munis d'un volet de peur que l'air à la longue n'oxyde la plaque polie, voilà tout ce qu'on avait alors. Et c'est au milieu d'un mobilier pareil qu'il nous faudrait vivre, nous, gens du xixe siècle! La chose semble bien invraisemblable.

Avec le xvne siècle, il est vrai, la société française commence à revêtir son caractère vraiment moderne. La vie, telle que nous la comprenons, avec ses salons, ses théâtres, ses conversations, ses promenades, prend naissance autour de l'hôtel de Rambouillet. Mais est-ce à dire que nous puissions copier encore minutieusement les aménagements de cette époque ? — En aucune façon \ Il s'en faut de beaucoup, en effet, que les diverses pièces, qui nous paraissent aujourd'hui fondamentales, qui sont à nos yeux constitutives en quelque sorte d'une habitation normale, aient régulièrement existé à ce moment. Il y a deux siècles « les personnes les plus riches, et les plus distinguées, par leur rang et par leur naissance vivoient en famille ; de façon que le maître, la maîtresse, les enfants et les domestiques se trouvoient réunis dans une même chambre, qui servoit à la fois de cabinet d'étude, de chambre à recevoir, de chambre à coucher, de salle à manger et même de cuisine»2. Allez donc avec nos goûts, nos mœurs, nos usages, tabler sur un amalgame pareil.

Même dans les palais royaux, une confusion singulière se produisait. En 1755, le duc de Luynes, mal édifié sur le nom des diverses pièces dont se composait l'appartement du roi, et sur leur destination respective, questionna M. de Gesvres, qui était fort au courant du service de la cour. « Après le lever du Roi, lui répondit ce haut personnage, les huissiers de la chambre

1. Un seul détail de mœurs nous montrera à quels obstacles nous ne manquerions pas de nous heurter. « A Versailles, écrit Viollet-le-Duc, les seigneurs de la cour de Louis XIV se trouvaient dans la nécessité de se mettre à leur aise dans les corridors, faute de cabinets... Un jour, que nous visitions, étant très jeune, le palais de Saint-CIoud avec une respectable dame qui avait connu la cour de Louis XV, passant près d'un couloir empesté, elle ne put retenir cette exclamation de regret o cette odeur me rappelle un bien beau temps! ». (Dictionnaire d'architecture, tome VI, page 163.)

2. Mémoires dans lequel on cherche à déterminer, quelle influence les mceurs des Français ont sur leur santé, par M. Maret, Amiens, 1762, page 106.

du Roi vont garder la salle du trône, qui devient chambre du Roi, et l'huissier du cabinet s'empare de la porte de cette pièce où le Roi couche, et alors cette pièce devient cabinet du Conseil, où les personnes qui ont les entrées du Conseil entrent. Quand le Roi sort de son arrière cabinet, alors tout le monde sort de cette pièce, qui devient cabinet des Perruques. Quand le Roi est poudré et accommodé, il entre dans L'intérieur; alors

Fig. 172. Petit miroir métallique ù volet, du xvie siècle.

cela redevient cabinet du Conseil, et ceux qui ont attendu dans la pièce des Chiens, restent dans cette pièce, où le Roi couche, laquelle change atout moment de dénomination » '. Le duc de Luynes voulut bien se déclarer satisfait de cette explication, je souhaite qu'elle vous satisfasse pareillement.

En tout cas, elle doit nous prouver combien il serait imprudent de prétendre restituer intégralement un appartement dans un style défini; car, alors même qu'on parviendrait à composer une pièce d'une pureté parfaite, celle-ci détonnerait forcément avec la pièce voisine, nécessairement conçue dans un autre

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