‹ L'art dans la rue et l'art au salonChapitre 6 sur 15 · SUITE DE LA PEINTURE DE GENRE · texte numérisé non relu

SUITE DE LA PEINTURE DE GENRE

fantaisistes. — MM. Aubert, Roux, Lobrichon, Baron, Lechevalier-Chevignard, Schutzenberger, Chamerlal, Compte- Calix, Schlesinger, Voillemot, Caraud, Plassan, Cbavel, Fiche), Ruipercz, Herbsthoffer, Vetter,

Reste le bataillon des peintres fantaisistes.

La Rêverie , de M. Aubert, est une figure poétique, bien dessinée, sobrement peinte, comme il sied à l’œuvre d’un grand prix de gravure. 11 y a beaucoup de Cabanel et un peu de Hébert dans le diaphane Hosanna , autre rêverie de M. Roux ; celte association n’est pas à dédaigner, La Vision à’Ezéchiel , de M. Lobrichon,

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troisième rêverie qui frise le cauchemar, a de la grandeur, et le paysage est d’une austérité qui convient à cette terrible scène de résurrection.

Conçu dans un ordre d’idées moins excentri-* que, le tableau de M. , Baron, l’ Entrée du cabaret de Saint-Luc , vient rappeler une coutume des maîtres peintres vénitiens que nos peintres modernes devraient adopter ; rien ne mûrit l’art comme la chaleur d’un vin généreux. 11 est vrai que les Vénitiens, vivant par le même sentiment artistique, se délectaient dans la même cuisine; tandis qu’il est peu probable que le pain d’orge, les oignons et la petite bière, dont MM. Millet, Breton, Hédouin e tutti quanti se contenteraient au besoin, fussent beaucoup du goût de MM. Giraud, Schlesinger et Caraud, habitués aux soupers-Bégence. Qoiqu’il en soit, le nouvel ouvrage de M. Baron est chaud, amusant, grouillant, spirituel, abondant en tailles tortillées, en têtes mutines, en vêtements mordorés et en bonne humeur. M. Baron porte toujours bien haut la • balte de Watteau.

M. Lecbevalier-Chevignard nous donne aussi

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à dîner; niais son Benedicüe (costumes Charles IX), annonce des mœurs plus sévères que celles des convives de Saint-Luc. Un vieux seigneur, entouré de sa famille, écoute la prière du chapelain ; le repas est servi, et les pages, dont l’un porte une aiguière, se tiennent attentifs aux ordres du maîlre. M. Lechevalier n’a pas que du Drolling sur sa palette; son tableau, bien composé et bien peint, est une des meilleures acquisitions de la Loterie des Beaux-Arts.

J’ai remarqué trois clairs de lune : celui de M. Schutzenberger est brillant comme un soleil ; ses Bergers astronomes feront bien d’acheter des lunettes bleues. Cependant l’ensemble de ce tableau , comme composition et comme exécution, témoigne d’un vrai talent. M. Chamerlat a été plus vrai dans son effet de lune; ses Moines se rendant à l’office de nuit sont très-habilement touchés. Il est fâcheux qu’en les voyant on se souvienne du saint François bénissant Assises , de Léon Benouville ; il fallait laisser dormir la silhouette quelques années encore. Troisième clair de lune : le Chant du rossignol ,

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joli texte à joli tableau ! M. Gompte-Calix s’en est tiré d’une manière très-anacréontique. Son cadre est heureux ; les jardins, les grands escaliers, la pièce d’eau, les grands arbres qui cachent aux yeux le petit chanteur sont peints dans un sentiment poétique un peu maniéré mais très gracieux; ce n’est pas du Virgile, c’est du Dorât. Les jeunes femmes (costumes Louis XV) groupées sous l’harmonieux feuillage, ont des minois ravissants, car le haiser de Phébé, dit le même Dorât, est un philtre de beauté. Bref, M. Compte-Calix a fait un charmant bouquet à Chloris.

Quid de M. Schlesinger et de ses boudoirs Pompadour, deM. Voiilemot et de sa soubrette rose rêvant garde-française, de M. Caraud et des oranges de la Dubarry, et de tous autres peintres-Régence du Salon, dont les modèles féminins, assassins et fripons, exigent, comme dit Victor Hugo, de la poudre et des bals ? Rien.

18 juin 1859.

P. S. J’ai oublié les infiniments petits de la

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peinture qui ne sont pas les moins grands en talent. Ils auront le post-scriptum , c’est-à-dire le filet mignon du feuilleton. M. Meissonnier a fait défaut, et M, Fauvelet n’est plus ; mais M. Plassan nous reste, et M. Plassan au niveau de lui-même. Que de jolis morceaux dans la Famille , la Prière du malin , Eva , la Lecture d’un romany etc. ! il faudrait les citer tous. M. Chavet, qui s’est élevé si haut en 1855 et 1857, a peut-être un peu faibli en 1859 ; il est toujours coloriste, mais je ne retrouve pas sa perfection de touche habituelle dans l’Orfèvre juif et le Bag-piper ; cependant le Peintre regardant son tableau dans le miroir noir est lin vrai bijou.

Je me plais à constater les progrès de M. Fichel, coloriste un peu froid, mais dont la finesse n’est pas exclusive de toute largeur de touche et qui compose avec goût. J’ai remarqué surtout la Bibliothèque d'estampes et le Portrait de M. Louis Monrose , deux excellents ouvrages. M. Ruiperez débute comme d’autres voudraient finir; son Novice de V Ordre de Saint-François doit faire plaisir au maître. Si vous aimez les

prestidigitateurs, regardez M. Herbslhoffer ; il peint menu comme un cheveu, à main levée, absolument comme dessinent à l’encre les marchands de plumes métalliques du Pont-Royal, et ses miniscules personnages valent des gens de six pieds ; rien ne leur manque . que la cou¬

leur. M. Yetter, que je garde pour la bonne bouche, est un de mes favoris ; j’ai toujours sur le cœur le plaisir que m’a causé, il y a quelques douze ou quinze ans, un certain Rabelais digérant sous une treille, par un délicieux soleil d’automne ; depuis lors, ma dette de reconnaissance n’a fait que s’accroître. C’est que nul n’est plus habile, plus intéressant, plus maître de ses effets, plus riche en combinaisons ingénieuses d’ombres et de couleurs. Quelle perfection que le Départ pour la promenade !

Une dernière réflexion : Je regrette que MM. les petits Français aient tant d’horreur pour nos costumes et qu’ils persistent à nous donner, bien ou mal, les modes des siècles et des peuples passés :

Mes amis, mes amis,

Soyons de notre pays !

PEINTRES de batailles. — MM. Barrias, Fonlamu , Protais, Dcneurillc, Yvou, Rigo, Armand-Dumaresq, Pils, Jumel, Rivottlon, Tabar, Bellangé, Beauté, Couverchel, Janet- Lange, Devilly, Charpentier, Ginain, Garipuy, B. Masson.

La gloire française a des ailes si rapides que la peinture ne peut la suivre! La gigantesque guerre de Crimée, cette guerre encore chaude, nous semble déjà de l’histoire ancienne. Nos cœurs sont en Italie; nous brûlons d’assister, spectateurs inglorieux, à ces combats de Montebello, de Palestro, de Magenta, de Marignan, tout suintants du sang de nos frères, et nous gourmandons l’art qui n’a pas encore broyé ses couleurs. Un moment! U. Vernet, Yvon,Pils,

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Üurand-Brager, nos plus vaillants, sont au feu; ils connaissent la tyrannie de l’impatience publique, ils jetteront bientôt quelques milliers d’Autrichiens dans la gueule du monstre.

En attendant, déjeunons de Malakoff; les restes en sont bons.

M. Barrias a représenté dans une imense toile le Débarquement des troupes en Crimée. Le général en chef Saint-Arnaud, placé sur un mamelon, assiste au défilé de l’armée. L’ordonnance de cette vaste composition est bien entendue. M. Barrias a cherché le pittoresque (pardon pour ce mol) en variant les groupes, en mélangeant les uniformes et en rompant le plus possible les lignes droites. Malheureusement, il n’a pas osé, par respect pour la discipline, faire dévier d’un millimètre son premier rang de tambours. Ils sont là huit gaillards, dont lin chien, trottant du même pied, la caisse sur la cuisse. Je ne sais pourquoi ce premier rang me rappelle les fameux menons qui conduisaient, en 1853, le troupeau de M. Loubon par les plaines de la Camargue; la mémoire est un entant terrible! Les

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troupiers-Barrias ont certainement de l’entrain; cependant ils ne valent pas les petits chasseurs que le colonel Pils, une vieille moustache, astiquait au Salon de 1857. Mais nous sommes d’un pays où les conscrits mûrissent vite; vous verrez M. Barrias à sa seconde campagne.

V Attaque de mit de la redoute de Selinghinsk , de M. Fontaine, est une œuvre bien peignée, bien lissée, bien proprette pour une pareille situation. Les figures, éclairées par l’infernale lumière des bombes, ne manquent pas de caractère ; elles expriment bien la sensation désespérée que doivent éprouver les plus braves à l’aspect subit de dix mille fusils braqués sur leurs poitrines.

V Attaque du Mamelon-Vert , de M. Prolais, est un de ces tableaux stratégiques parfaitement vrais, mais parfaitement ennuyeux. Trois colonnes se développant sur un kilomètre de long , zouaves, infanterie, chasseurs à pied, escaladent en rangs d’ognons la contrescarpe des ouvrages. L’action se passe à l’extrême horizon ; on n’en aperçoit que la fumée. Aujourd’hui, les gens

L’ART AU SALON qui ne sont pas du métier ont la curiosité féroce, il leur faut la bataille et toutes ses fureurs; le Yan derMeulen ne leur suffit plus.

Ce n’est pas ainsi que M. Deneuville a compris Y Attaque delà batterie Ger vais et du faubourg de la Karabelnaïa. Si vous voulez assister , les mains dans les poches, à un rude coup de torchon , comme disent les zouaves, placez-vous devant cet étrange tableau, et démêlez, au milieu de la fumée, de l’air étouffé, de la mitraille, du sang, des morts et des mourants, ces intrépides chasseurs du 5e bataillon défendant leur position pied à pied sous le feu de Malakoff, des forts et des vaisseaux. Admirez surtout l’héroïque commandant Garnier, criblé de blessures , soutenu par un clairon, et guidant de la voix et du regard les mouvements de ses soldats. Que le bronze tonne , que le vide dévorant se fasse autour de lui, l’homme du devoir ne bronchera pas :

Impaviâum ferlent ruinœ I

Malgré ses embus, ses tons crus, son aspect

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sauvage , le tableau de M. Deneuville est peutêtre celui qui rend le mieux l’horreur d’une mêlée , et d’une mêlée de Sébastopol. On frissonne en le voyant.

M. Y.von a consacré une immense trilogie au fait d’armes de Malakoff. Il nous a donné le premier acte, le plus poignant, en 1857. Nous assistons maintenant au second acte et à l’épilogue.

V Attaque de la Courtine de Malakoff \ dont on ne voit que les épaulements gravis par nos troupes, ne suffirait pas à l’intérêt si le peintre n’avait su l’animer par l’épisode de la blessure du général Bosquet. L’illustre commandant en chef est étendu sur un brancard, entouré de ses aides - de - camp et des chirurgiens; son fannion vient d’être abattu, ses porteurs sont tombés sous les balles; l’un d’eux, un zouave, embrasse, pour la première et la dernière fois sans doute, la main de son général. Ce tableau, d’une excellente couleur , d’une composition forte et bien pensée, est le digne pendant de la Tour.

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La Gorge de Malakojf ‘ seconde page exposée cette année par M. Yvon, a une certaine ressemblance avec la prise de la tour; les terrains affectent les mêmes formes, les Français se précipitent en avant par un goulet semblable ; seulement une embrasure déjà bourrée de cadavres permet de plonger sur la ville. C’est par là que les dernières colonnes russes veulent arrêter le torrent envahisseur ; c’est là qu’une suprême lutte corps à corps va décider du sort de Sébastopol. Mais voici les tirailleurs algériens, ces Africains redoutables qui foudroient l’ennemi d’un regard ;

Acer et Mauri peditis cruentum Vultus in hostem !

C’est Horace qui l’a dit; malheur aux Russes !

L’unifohne des turcos est d’un bien joli bleu, et cependant il a joué un mauvais tour à M. Yvon ; il remplit son tableau de tons criards qui ont bien de la peine à se marier avec les pantalons garances des zouaves ; l’harmonie générale s'en émeut. Mais où vais-je parler d’bar-

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monie dans ce concert de mitraille? Ce qu’il faut avant tout dans un ouvrage de ce style, c’est la couleur locale, c’est-à-dire l’héroïsme, et, certes, la palette du peintre n’en manque pas !

Les deux nouvelles pages de M. Yvon , empreintes d’une fierté et d’une furie toutes françaises, figureront, sans faiblir, à côté de la Smala, d’isly et de tant d’autres toiles victorieuses de notre grand Vernet, dans le palais ouvert à toutes les gloires de la France.

Après l’action principale, les épisodes.

L’un des plus importants et des mieux rendus est la Visite du général en chef Canrobert dans la tranchée , de M. Ri go. J'ai d’autant plus de plaisir et d’empressement à le proclamer, que M. Rigo a dû me trouver sévère à l’endroit de son Baptême de Clovis. La composition et l’exécution de son tableau guerrier témoignent d’un talent sérieux. Le général remet la croix à un soldat blessé soutenu par ses camarades; la tranchée, avec ses épaulemenls renversés par les bombes et ses cadavres épars, dit assez

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qu’un combat nocturne a rendu la veille laborieuse. Cette croix va cicatriser la blessure du pauvre soldat; le général est un grand chirurgien.

Autre épisode, mais navrant.

Le général Bizot, ce brillant et valeureux officier du génie, vient de trouver la mort sur un point découvert de la ligne d’attaque. II est tombé entre les bras de son aide-de-camp, à côté du général de division Niel. Cette fois, M. Dumaresq a été bien inspiré. Moins brusque, moins noir, moins incorrect (tranchons le mot) que de coutume, critique qui s’adresse plus à l’école de son maître qu’à lui-même, il a fait du saisissant, du pathétique, sans tomber dans le mélodrame.

Voyez ces lions d’Afrique qui se rasent comme des chats : ce sont les Zouaves de M. Pils en costume de tranchée. Il s’agit de franchir, en étant tué le moins possible, un endroit dépourvu de toute espèce de rempart protecteur. Quelle tournure, quelle couleur, quels mouvements, quel chic troupier! Le boulet est brutal, mais

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le zouave est rusé ; le boulet a beau viser, je parierais pour le zouave. Et puis, vienne la baïonnette, et vous verrez où sont les braves!

Ce n’est pas fini. Nous avons la topographie de Balaclava, de M. Jumel, à l’usage des officiers d’état-major; la Charge des hussards anglais à Balaclava , de M. Rivoulon ; les Fourrageurs el l'attaque d’ avant-poste , de M. Tabar ; le Salut d' Adieu, touchante scène de tranchée, de M.Bellangé, un vieux de la vieille; trois Combats de Koughil , l’un, assez largement compris, deM. Beaucé ; les autres épisodiques, deM. Couverchel et de M. Janet-Lange, toutes peintures recommandables à des degrés divers ; inégales si l’on veut, mais troupières et françaises.

Voilà pour la Crimée.

Un souvenir plus reculé et plus sinistre a inspiré à M. Devilly l’affreux massacre du Marabout de Si di-Brahim, toile probablement commandée par Abd-el-Kader. Quel sujet! Comme oeuvre d’art, le tableau de M. Devilly est un pastiche de Cbassériau et de Delacroix. Est-ce un éloge, est-ce-un blâme?

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Maintenant, peignons-nous,' fignolons-nous, cirons nos moustaches; en avant les jolis soldats ! Nous sommes au camp de Châions, avec MM. Charpentier etGinain. C'est d’abord la Visite de f Empereur au bivouac de V artillerie de la garde ; belle passementerie, beaux chevaux et bien bouchonnés ! Puis une Charge de grosse cavalerie ; cuirasses à prendre des allouettes 1 Enfin le défilé au galop des chasseurs de la garde, galants farfadets montés sur des souris blanches. Mais à l'heure du combat, MM. Charpentier et Ginain sauront bien trouver assez de poudre au bout de leurs pinceaux pour baptiser dignement ces brillants uniformes.

MM. Garipuy et B. Masson ont demandé leurs inspirations guerrières aux Romains et aux Barbares, les zouaves de ce temps-là. Je passe vite sur la Défaite des Ambro-Teutons par Marins , de M. Garipuy, composition froide et trop décousue; mais la Bataille du lac de Trasimène , de M. Masson, est incontestablement une œuvre nerveuse et chaude, pleine de fougue, d’audace, et si l'on veut d’intempérance, une œuvre jeune qu

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cherche sa voie entre Decamps et Salvator Rosa, et qui frappe le but en évitant le pastiche. J’ai déjà dit à cette place ce que je pensais du tableau de M. Masson; je n’ai rien à rétracter de ma première impression. Seulement il eût été à désirer que cet ouvrage, dont les fonds sont lourds et les devants noirs, fût exposé en pleine lumière, et précisément on a été lui choisir le coin le plus obscur du Salon ! l’effet général en souffre. Et cependant quelle imagination , quelle variété dans les épisodes multiples de ce combat corps à corps , quelle verve dans le pinceau qui fait tourbillonner comme une légion de diables ces milliers de combattants !

J’ai lu quelque part que Mnason, tyran d’Elatée, paya, à raison de 10 mines (750 fr.) par figure, un tableau du peintre Aristide, représentant une bataille entre les Grecs et les Perses et renfermant cent personnages. Je souhaiterais à M. Masson la moitié de celte fortune, et je suis loin de dire qu’il ne la mériterait pas. Les tyrans avaient du bon.

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Que si l’on s’étonne de la bravoure de nos peintres, je répondrai par cet anxiôme cent fois vrai : la France est un soldat !

23 juin 1859.

Peintres de Portraits: Huile, dessin, pastel, aquarelle , miniature. — MM. E J. Dubufe, Winterhalter, Pils, Schlesinger, Schopin, M®* Browne, MM. Rodakowski, de Madrnzo, Barrias, Saintir, Signol, Bénouville, Paul Flandrin, Henri Lehman, Matet, Ricard, Diaz, Lépaulle, Laemlin, Perignon, Guignet, Baudry, de Zyclinski, Ricliler, Jourdan, Landclle, Cabanel, Hyp. Flandrin, Muraton, Jobin, Heim, Vidal, llorione , Camino , Courtois , Amaury Duval , Cœdès , Mmes Thévenin, Morin, Herbelin, Delville-Cordier, Besnard, Monvoisin, Lehaut, Fleury, MM. de Pomayrac, Max. David, Grisée.

Je me suis laissé dire que Dilubade avait inventé le portrait en charbonnant sur un mur

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l’ombre de son amant. Jolie origine, mais tradition perdue. Aujourd’hui, ce n’est pas précisément l’amour qui nous procure le plaisir d’admirer M. X. et Mrae Z, dans leurs cadres dorés. Triste chute, triste nécessité I le portrait, cette nourriture éthérée d’uu cœur de Corinthienne amoureuse , le portrait est devenu la pierre angulaire du pot au feu des artistes !

Ceci admis, le mérite est à celui qui fait le meilleur bouillon. Or, j’estime qu'il faut traiter cette partie positive de l’art par le positivisme, c’est-à-dire par le réalisme. Une étude consciencieuse, minutieuse même, du modèle, étude qui ne sera jamais stérile, parce que la nature n’est jamais un mauvais terrain, voilà ce que j’exige des peintres de portraits. Le meilleur de ces peintres est le miroir.

Il y a, dans le portrait comme ailleurs, la catégorie de ceux qui font toujours beau et de ceux qui font toujours laid, plus la très petite compagnie de ceux qui font vrai.

Parmi les optimistes, il faut distinguer les

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peintres qui pratiquent le cosmétique, la bandoline, la poudre de riz, et qui soignent avec amour les intérêts de la couturière. M. Dubufe père, avant de se livrer aux pêcheuses, aux Vénus et aux dames grecques peu vêtues, était le chef vénéré de cette école. Sans répudier le legs paternel. M. Dubufe fils le complète par la séduction de la physionomie et la poésie de la pose. Nul ne sait mieux que lui exploiter l’œil de velours et le demi-sourire mélancolique, peindre louréy comme disent les musiciens, plaider les circonstances atténuantes en faveur d’une pauvre déshéritée. Il est l’inventeur d’un certain coloris gris-perle qui répand sur ses toiles une tendresse infinie. Toutes les femmes laides devraient s’adresser à lui. Regardez les cinq dames portraiturées cette année par M. Ed. Dubufe ; ne sont-ce pas des anges ? Eh bien ! j’en connais plusieurs pour la beauté desquelles je ne mettrais pas ma droite dans un brasier ardent. Malgré moi , je me défie de ce pinceau louangeur, et je crains toujours que les traductions de M. Dubufe ne soient, comme

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celles de Pérot d’Àblancourt, de belles infidèles .

Quant à M. Wiuterhalter, voilà tantôt vingt ans qu’il ne fréquente plus que les princesses. On trouve qu’il donne à ses clientes un air de noblesse qui révèle leur qualité à trente pas. Ainsi sa grande princesse du grand Salon touche le ciel de sa tète et ne touche pas la terre de ses pieds; preuve évidente de quatre-vingts quartiers ! J’ai bien de la peine à prendre au sérieiix cette peinture décorative qui croirait déroger en étudiant. Van-Diek traitait autrement les grandes dames de son siècle.

M. Pils, lui, ne se drape pas dans les grands airs; il attaque ses portraits à la zouave, et il détaille une figure à la pointe du pinceau comme on découpe un poulet à la pointe de la Yourchette. il a un diagnostic, une sûreté de touche et un sentimeut de la couleur qui ne le trompent jamais ; c’est expédié de main de maître. Voyez la charmante Mme N. G... et sa charmante robe bleue ! — Et M. L..., donc! quelle cravate !

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M. Schlesinger a quelque analogie de facture avec M. Pils, mais chez lui la facilité fait tort au travail; Mme S... méritait d’être mieux étudiée. L’abus de la facilité est désastreux, c’est une mauvaise herbe qui étouffe les meilleures semences. Le portrait de ia princesse Or..., par M. Schopin en est la preuve.

Mme Browne reparaît avec une grande distinction dans le portrait. Elle s’est inspirée de la figure de M. de G. . . , type de vieux gentleman du meilleur sang, et elle a produit une œuvre remarquable par la virilité de l’exécution, la puissance de la couleur et la conscience du modelé.

Des qualités à peu près identiques se rencontrent dans le portrait de M. le comte Raczinsky, par M. Rodakowski. La figure, très expressive, est chaudement et habilement touchée.

M. de Madrazo a exécuté avec un grand bonheur, quoique dans une gamme de tons un peu plus froide, les portraits en buste de Tintante dona Josefa et de son époux, M. Guël y Renté. La mort vient d’enlever M. de Madrazo dans

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toute la force du talent; c’est une perte pour l’Espagne et la France artistiques.

J’ai remarqué, parmi les peintures sages, habiles et consciencieuses, le portrait de M. le comte Félix de B..., par M. Barrias; celui de M. L. Borg,par M. Saintin, auquel nous devons aussi des crayons charmants d’après M. le marquis et Mme la marquise de Montholon ; celui de Mlle E. S... tenant un bouquet de violettes, par M. Signol ; l’ébauche du portrait de M316 L. B... et de ses deux enfants , par Léon Bénou ville, touchante relique d’un père et d'un époux; le portrait de MmeB..., par M. Paul Flandrin, heureux pastiche de la manière fraternelle.

M. Henri Lehmann est à coup sur un grand peintre, mais ce qui lui manque dans le portrait, c’est la simplicité; il ne peut se résigner à l’espèce de familiarité que demande ce genre. xYinsi les portraits de M. et Mmc E... sont forts remarquables, mais ci la distinction native des types, M. Lehmann a cru devoir joindre une exécution qui frise la plastique héroïque ; pas le moindre détail, le moindre modelé indivi-

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duel, si Ton peut s’exprimer ainsi, — mais de l’ampleur, du style et la facture qui conviendrait à la grande peinture. Les cheveux et la barbe de M. E... sont sculptés en boucles olympiennes; c’est trop solennel pour une chambre à coucher de la Chaussée-d’Àntin.

M. Matet (pardon si j’oppose une notoriété à à une illustration) M. Matet, dis-je, entre mieux dans l’esprit du portrait. 11 n’est pas coloriste, cela est vrai, mais il étudie son modèle à la loupe , et il imprime à ses ouvrages un fini d’exécution qui n’exclut pas une grande fermeté de touche et qui ne nuit pas à l’effet général. Le Musée de Montpellier possède un excellent portrait de cet artiste, et l’étude de vieillard qu’il a exposée celle année pourrait être signée Denner.

M. Ricard, un des célèbres du genre, finit précieusement les tètes et lâche tout à fait les vêtements, si bien que ses personnages ont l’air de porter des chemises de six mois et des habits du Temple. Je reconnais que M. Ricard n’a pas trop mal habillé M. Troplong et M. Paul de 1)...; mais comment a-t-il affublé M. Ed-

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ward B...! c’est à perdre de réputation la blanchisseuse de ce gentleman. Quel avantage M. Ricard, homme d’un talent réel, trouve-t-il à restaurer une manie du peintre Lawrence, morte depuis trente ans?

Je ne veux pas reparler des deux dames à la craie de M. Diaz, et je me tais sur les messieurs à reflets lilas de M. Lepaulle, sur la dame violacée de M. Laemlein, sur les douze victimes de M. Perignon, et sur les deux pestiférés américains de ce pauvre Guignet. J’aime mieux arriver au plus vite à la perle de l’Exposition masculine, au portrait de M. le baron Jard-Panvillier, par M. Baudry. Cet ouvrage dénonce une finesse de coloris, un esprit dans la louche et une richesse de modelé vraiment incroyables. La nature n’est pas plus vraie. M. Baudry excelle à peindre ces tètes un peu décharnées, à facettes osseuses, et dont l’épiderme sensible s’affecte au gré des fantaisies de l’ombre et de la lumière.

Un mot cependant, avant de quitter les hommes, àM. de Zychl inski, élève de MM. Elandrin et Couture. Le portrait exposé par cet artiste prouve

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quel parti on peut tirer des écoles les plus antipathiques , mélangées à des doses convenables. M. de Zychlinski a des velléités de coloriste et de dessinateur, mais il ne sait pas encore se dégager des limbes. La planche est bonne, l’épreuve est mal venue.

Si les visages du vilain sexe ont trouvé quelques habiles interprètes, les charmantes figures féminines n'ont pas été moins heureuses. J’ai déjà cité deux ou trois portraits de femmes bien réussis; je mentionnerai, au nombre des meilleurs, celui de Mme de B. II..., par M. Richter , celui de Mme la vicomtesse de L..., par M. Jourdan, celui de Mme la vicomtesse de M..., par M. Landelle, belle et noble figure, bien peinte et bien posée ; celui de Mme ***, par M. Cabanel, œuvre

excellente comme couleur, comme dessin et comme exécution, et enfin ceux deMmoS... et de par M. Ilipp. Flandrin , les dia¬

mants du grand Salon.

M. Flandrin nous a habitué depuis longtemps aux beaux portraits, mais je ne crois pas qu’il ait jamais été mieux inspiré que cette année.

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Sa peinture est l’antipode de celle de M. Baudry ; elle est sobre, lisse, polie, ennemie de toute rugosité, travaillée avec une science profonde sous les apparences d’une exécution beurrée, cherchant le style, d’une perfection de dessin extrême et d’une couleur calme et harmonieuse ; ce qui prouve que des procédés divers peuvent conduire au même but. M. Flandrin n’est pas inégal comme M. Baudry ; ce dernier, et il a raison en tant que portraitiste, cherche le beau dans le vrai , mais il ne le trouve pas toujours ; l’autre, en véritable disciple de M. Ingres, cherche le vrai dans le beauy son élément habituel , et le rencontre à chaque pas.

Les portraits officiels, c’est-à-dire à costumes, sont plus que médiocres. La race des Rigaud et des Tpcqué est définitivement perdue.

On rencontre de jolis portraits dans les dessins, les pastels et les aquarelles. J’ai déjà mentionné les dessins de M. Saintin ; je ne veux pas omettre les portraits délicatement touchés de Mm<* A .1). et M. [)..., par M. Muralon ; le portrait, genre Borionc, de Mgr l’archevêque de

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Tours, par M. Lobin ; la très curieuse et très spirituelle collection d’académiciens deM. Ileim; les délicieux dessins au pastel de M. Vidal, parmi lesquels j’appelle surtout l’attention sur le portrait des enfants de M. Ch. V... et sur la figure intitulée la Prière ; les fusains de M. Borione ; le portrait de Mlle II...., charmant petit pastelle de Mllc Thevenin; le portrait de la signoraO. C,., aquarelle très jolie de M.Camino; l’élégant portrait à l’aquarelle de Mme G. M..., par Ml,e Eugénie Morin ; les portraits de Mme la comtesse de B... et de M11® do N... , dessins au pastel d’une excellente exécution par M. Courtois; les portraits de M. Alphonse Karr et autres, crayons au simple trait, deM. Amaury-Duval ; entin les remarquables portraits - pastels de Mrae la comtesse de C. , de Mrae T. cl de M'10 *** , par M. Cœdès, l’un des dessinateurs émérites de ce temps.

Les grandes réputations de la miniature, à l’exception deM. de Pommayrac, n’ont pas été brillantes cette année: Mmc llerbelin est tombée dans la sécheresse et M. Maxime David est in-

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croyablement au-dessous de lui meme. Eu revanche, plusieurs artistes du second plan ont bravement joué les premiers rôles. MIIe Dclville-Cordier mérite une mention très honorable pour les portraits de Lambert-Bey et de M. E. B — Les trois portraits exposés par Mm0 Besnard sont d’une bonne facture. 11 y a aussi beaucoup de mérite d’exécution dans le portrait de M. R..., par Mme Monvoisin. M,ne Lehaut a fait preuve d’habileté de main et d’ampleur de style dans le portrait du R. P. de Ravignan. La tète de page, de Ml?e Fleury, es| d’une grande finesse. Quoique un peu incolores, les huit miniatures de M. Camino sont d’un effet très agréable. Je retrouve M,,e Morin dans la miniature avec son portrait parfaitement louché. Enfin les six portraits-émaux de M. Grisée sont traités avec beaucoup de talent.

Voilà le bilan du genre portrait en 1859.

Je constate avec plaisir que les clients abondent et que les artistes peuvent, selon le vœu d’Henri IV, mettre la poule au pot le dimanche.

9 juillet 1859.

paysagistes historiques. — MM. Desgoffe, Aligny^ Paul Flandrin, Balfourier, Belle], Corot, Eug. Delacroix.

« J'ai un faible pour les paysages du bon « Dieu, mais non pour ceux de M. Berlin. » Voilà ce que j’écrivais en 1831 sur mes tablettes d’étudiant. Il y avait sans doute de l’exagération dans cette proscription absolue de l’école dite historique; gràceàDieu, Poussin estencoresolidesur son piédestal. Cependant, àconsidérer froidement les choses, il faut que la manie de créer soit bien vissée dans l’orgueil humain pour qu’il s’évertue , sous prétexte de style , à mettre au jour des montagnes, des fleuves, des rochers, des cascades, des arbres ci des temples imagi-

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naires, sans oublier les repoussoirs obligés du premier plan , comme si le monde sorti des mains de Dieu ne pouvait fournir un seul petit coin de terre digne d’être foulé par les héros de l’antiquité !

Je sais bien que le point de départ de l’école restaurée par Valenciennes et continuée par Bertin n’était pas l’exclusion systématique delà nature ; je sais aussi que ces habiles maîtres ne reportaient ordinairement sur toile que des arrangements d’études faites en plein air. — Mais on comprend quels dangers devaient résulter pour l’aride cette faculté d’arrangement enseignée à des élèves. Aussi avons-nous vu à quel incroyable travestissement de la vérité, surtout comme couleur, certains paysagistes historiques en étaient arrivés sans le savoir , à la fin de la Restauration. La réaction réaliste ou naturaliste de Fiers, Cabat et autres a donc eu raison d’être.

Toutefois, si j’approuve le réalisme dans le paysage, je le veux partout, en Suisse comme en Brie, dans les Landes comme dans le Tyrol.

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Ceux qui s’obstinent à chercher le sublime dans un chemin fangeux, ceux qui proscrivent, par une révolte inouie contre les notions primordiales du beau, la verdure, le ciel bleu, la montagne, l’eau limpide, toutes les richesses accumulées dans le Paradis terrestre, sont engagés dans une voie pour le moins aussi fausse que ceux qui transforment la nature en décor du Grand- Opéra. Us ressemblent aux peintres de genre (et il en existe) qui n’estiment que les nez trognonnanls les yeux chassieux, les dos à bosse elles pieds-bots.

Or, la réaction réaliste , déviée du droit chemin par quelques exagérés, suscita une contre-réaction historique cent fois plus déplorable, parce qu’elle n’est qu’un gros mensonge dans ses procédés d’exécution. Sortie en germe de l’atelier de M. Ingres, celte école a pour chefs MM. Desgoffe et Aligny. Je l’ai déjà dit , Valenciennes , Bertin, et après eux Michallon, restaient encore dans une demi-teinte de naturalisme; ils se préoccupaient de la forme vraie, et s’ils cherchaient dans l’invention , la grandeur des lignes , et la distinction , ils n’étaient pas éloignés d’ad-

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mettre avec Fauteur de Marie, que toujours la nature embelli l la beauté . Quant à MM. Desgoffe et Àligny , ils sont les pores d’un monde qui, heureusement, n’a d’analogue dans aucun des mondes connus. Ils baptisent bien leurs élucubrations de noms pris dans le dictionnaire géographique, mais c’est tout ; les trois règnes qu’ils exploitent leur appartiennent en propre, il n’y a d’humain dans leurs ouvrages que le litre.

Voyez, par exemple, le plus grand des paysages deM. Desgoffe, intitulé Environs de Naples ; voyez ces arbres inusités et cette pente diaprée de plantes sans noms que broutent des animaux impossibles! Certes, la divinité qui habile le temple bâti là-haut par M. Desgoffe est facile à contenter; il n’est pas un manant qui ne vive sur une terre d’un aspect plus agréable et qui ne préfère la plaine Saint-Denis du bon Dieu aux environs de Naples de M. Desgolfe. C’est que dans cette toile tout est faux, couleur et forme, et qu’elle n’est ni aimable ni belle parc.' qu’elle n’est pas vraie. Les petits tableaux du même artiste intitulés Souvenir de Montmorency et les

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bois de Fleury sont moins désagréablement menteurs. — Mais pourquoi donner des noms pari * siens à une ville grecque et à des bosquets de myrtes ?

Quant àM. Àligny, il n’a que deux couleurs sur sa palette : le ton brique pour l’Italie, le ton vert émeraude pour le parc de Mortefontaine. C’est par lui que nous apprenons qu’une tribu de peaux rouges habite la terre rouge d’Amalfî . MaisM. Aligny se trompe; puisqu’il tenait à une Italie rouge, c’est Sienne qu’il devait peindre, car tout le monde sait dans le commerce descouleurs que la terre de Sienne est brûlée . En revanche, que de poésie dans cette verdure de Mortefontaine ! et comme ces longs rameaux qui se baignent mélancoliquement dans le cristal de l’onde ont une tournure anacréontique ! le papier peint ne ferait pas mieux !

Et voilà ce qu’on appelle de la Sculpture picturale , de la peinture homérique î Que ces créations soient bonnes pour Homère, qui était aveugle, c’est possible; mais que nous qui avons des yeux nous regardions le

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monde par les lunettes dcM. Desgoffc !... Grand Dieu ! Qu'on me ramène en Beauce !

M. Paul Flandrin est encore un paysagiste de l’école Ingres. Mais quoique son exécution soit conventionnelle, il y a un peu plus d’humanité dans son pinceau et de vérité sur sa palette. J’ai vu de lui (non pas en 1859) des paysages empreints d’un beau caractère et d’une certaine dose de vraisemblance. Aujourd’hui, M. Flandrin s’est singulièrement mépris; de toutes ses toiles de l’Exposition, je n’estime pour ma part que la plus petite, un Clocher de village , c’est-à-dire celle qui n’a et ne peut avoir que des prétentions honnêtes et modérées.

M. Balfourier a quelquefois une certaine tendance au style. Son Lavoir de Saint e-Eu! ali e et ses Ruines à Yères ont de la distinction. Il soigne beaucoup son exécution, mais il est sec, trop enclin aux tons gris et d’une uniformité de couleur qui jette de la monotonie sur ses ou-, v rages.

Si M. Belle! était coloriste, il réaliserait ce qui constitue, à mon avis,/ le parfait paysagiste

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de style, c’est-à-dire la noblesse et la grâce, l’épopée et l’idylle, Virgile et Catulle. II est heureux dans le choix de ses sites, excelle dans les groupes d’arbres, fait courir et cascader les ruisseaux, fournit de beaux rochers aux chèvres de Corydon et de gras pâturages aux brebis d’Amaryllis. Il n’ajoute pas un atome de distinction à l’œuvre de Dieu, mais il exploite de préférence ce que Dieu a fait distingué. Malheureusement la médaille a son revers. M. Bellel , excellent dessinateur, n’est pas un bon peintre. Il est dur, souvent inharmonieux, et il ne sait pas varier ses tons. Son Paysage aux environs de Fauve et ses Ruines sont d’un gris jaune désagréable ; on dirait de vieilles gravures teintées par les siècles. Sa Vue prise à Boispréau est tricolore: noire, bleu et verte, sans plus de transition et de moelleux que les trois pièces d’un drapeau d’infanterie. O monsieur Bellel ! revenez à vos fusains !

11 me reste à parler de deux bien grands criminels historiques, MM. Corot et Eug. Delacroix. J’ai eu pour le premier de la tendresse,

de l’admiration pour le second, et je ne sais comment m’y prendre pour renverser, sans leur laire mal, ces idoles de nos jeunes ans. Oui, j’aime M. Corot, lorsqu'il se plonge dans l’harmonie des gris à la faveur du brouillard et de la rosée ; mais, lorsqu’il s’essaie en plein midi, je lui refuse mon humble suffrage. Pour affronter le soleil, il faut avoir quelque notion de la forme et de la couleur. Or, M. Corot n’a jamais pu dessiner, et sa palette n’a jamais connu (le dirai-je?) que la nuance merde-oie . Dante , Maebethy V Idylle sont là pour me donner raison. Sauf quelques feuilles qui se détachent en fer de lance sur le ciel gris, ses arbres se perdent dans des masses informes, ses terrains sont delà cendre, et ses personnages, habillés ou nus, ^appartiennent que bien peu à l’espèce humaine. Je n’ai pas besoin de dire que de lumière, de jour, de soleil doré, il n’en est pas question dans les toiles de M. Corot. Maintenant, que cet artiste ait les meilleures intentions du monde, que Pou devine même au milieu des désordres de son exécution une arrière-pensée

L’ART AU SALON poétique et virgi tienne, je n'y contredis pas. Mais à quoi servent les meilleures intentions ? L’enfer en est pavé, dit l’Ecriture.

Qaando-que bonus dormital Hornerus. Comme le vieux rapsode, M. Eugène Delacroix a dormi, mais il a eu le plus affreux cauchemar qui jamais ait affligé la couche d’un peintre. Il a rêvé ces paysages farouches qui se déchiquetent en plans verts, bleus et sales, sans le moindre souci de la perspective aérienne. Comment qualifier les toiles intitulées Ovide en exil chez les Scythes et Herminie chez les bergers ? Quelle couleur dévergondée ! quels terrains étranges, quels ciels excentriques! Quoi! toute la puissance créatrice du grand coloriste de notre époque se résumerait-elle dans l’invention du nuage vert ? Rubens aussi ébauchait des paysages, mais il avait plus de respect pour les idées reçues. Décidément M. Delacroix devrait laisser les champs en repos, et puisque l’indépendance de son pinceau se refuse plus que jamais aux exigences du dessin et du fini, il ferait mieux de se borner à ces ébauches vigoureuses de sujets religieux,

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comme le Christ descendu au tombeau, qui portent visiblement l’empreinte du génie.

9 juillet 1859,

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