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LES PREMIÈRES INTERVENTIONS DE L'ÉTAT EN MATIÈRE ARTISTIQUE

Nous avons essayé de démontrer que l'Eglise a trouvé dans le sentiment esthétique un auxiliaire précieux à la morale qu'elle entendait propager.

L'Etat qui lui succède dans son rôle éducateur et moralisateur pourra-t-il se servir de cette arme ?

Et tout d’abord, serait-ce là une véritable innovation ? Est-ce que l'Etat n’a pas de tout temps utilisé lui aussi dans un but intéressé les manifestations esthétiques ?

Si haut que l’on remonte dans l’histoire, on trouve des souverains, ceux qui à un titre quelconque détiennent le pouvoir ou une partie du pouvoir, demander à l’art un moyen de faire briller leur puissance d’un éclat plus vif. Un roi ne peut pas avoir de contact direct avec lous ses sujets, encore moins avec les peuples étrangers. Si des artistes dressent sa statue

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sur les places, si des poètes chantent les hauts faits de sa vie, voilà son image et ses exploits devant les yeux ou sur les lèvres de milliers de citoyens. Ce n’est pas tout. Un roi n’est pas immortel : son existence peut se prolonger infiniment si les générations futures peuvent voir ses traits gravés dans Île marbre, ou lire son histoire dans des pages glorieuses.

Les seigneurs de Ninive et de Suze, rois d’Assur et de Babylone cherchaient déjà à immortaliser leur règne en développant les arts de leur cité. Nul ne connaîtrait aujourd’hui l’existence de ces souverains de l’Assyrie, d’un Assurbanipal par exemple, si leur nom ne demeurait associé à ces ruines qui s’obstinent à ne pas mourir.

Il semble que ce sentiment de survivance et d’immortalité soit l’un des premiers qui aient germé dans le cœur des hommes. Avec les temples, les tombes sont les premiers monuments que l'histoire nous a légués. Rares furent les souverains qui demandèrent qu'après leur mort leurs cendres fussent jetées au vent ou répandues au milieu des flots, rares furent ceux qui comme Attila choisirent pour sépulcre le lit d’une rivière dont on avait détourné le cours. Aussi bien, les uns et les autres visaient le même but. L'orgueil des premiers s'étale dans les pompeux mausolées, celui des seconds se dissimule sous les apparences d’une modestie fantasque : les uns vou-

lurent que de génération en génération, on s’arrêtât devant leur tombe, les autres que de génération en génération on racontàt qu'ils n’en avaient point : la légende parfois s’use moins vite que l’airain et le marbre. En Egypte, les Pharaons ont laissé un exemple historique de cette préoccupation constante des anciens ; peu de lettrés sauraient donner sur leur vie et sur leur règne des renseignements bien précis et il n’est pas un paysan du monde entier qui n'ait entendu parler des trois nécropoles des bords du Nil.

Avec les empereurs romains, c’est un genre nouveau qui va apparaitre. Les César par exemple ne vont pas se borner à préparer pour après leur moft des monuments fastueux ; c’est de leur vivant qu'ils désirent que des manifestations esthétiques viennent illustrer leur nom et embellir leur règne. Sous Antonin, Trajan, Adrien et Marc-Aurèle, nous voyons s'élever partout des arcs-de-triomphe, des colonnes comme la fameuse colonne Trajane, qui disent au peuple romain la puissance et les victoires de leur empereur.

Des siècles passent : nous voici à la pré-renaissance. Elle se manifeste dans les petites principautés italiennes et à la Cour des ducs de Bourgogne; l’art italien et l’art flamand se dégagent les premiers du chaos et des guerres perpétuelles du moyen âge. Ici l’utilisation de ces arts par les souverains se diversi-

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