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fie. Il ne s’agit plus comme sous les Pharaons d’élever des mausolées majestueux, il ne s’agit plus comme sous les Antonins de construire tel ou tel monument rappelant le souvenir d’un exploit militaire de l'empereur, c’est d’une manière plus générale et plus universelle que le prince va se servir des
manifestations esthétiques pour donner plus d'éclat à sa puissance. Philippe de Bourgogne a ses tapissiers, son historien, ses peintres. Il subventionne Nicolas Fouquet, l’illustre miniaturiste. Son orfèvrerie et sa bibliothèque sont les plus belles de l’époque. C’est d’ailleurs ce faste et cette magnificence qui vont susciter aux ducs la jalousie royale et être en partie cause du duel qui va bientôt s’engager entre Louis XI et Charles le Téméraire.
La Renaissance pénètre en France. L’annexion de la Bourgogne, les expéditions de Louis XII en Italie avaient permis à nos armées de se réchauffer à ces deux foyers artistiques, etles chefs-d’œuvre rapportés à Paris par les envahisseurs devaient contribuer à développer chez nous les idées esthétiques. Les Médicis qui venaient d'Italie avec leurs passions sanguinaires et leur sournoise duplicité dont la Saint-Barthélemy et l'assassinat des ducs de Lorraine devaient être les résultantes, introduisaient aussi en France le culte raffiné pour les belles-lettres et les beaux-arts dont leur patrie avait été le berceau.
Enfin, voici le siècle de Louis XIV. Jamais un roine
tint davantage à voir son règne illustré par toutes les ressources esthétiques. Les idées de finesse, de recherche qui avaient dominé la culture des Médicis, vinrent faire place à des idées de majesté et de grandeur. Louis XIV est le Roi Soleil, il veut que son règne brille d’un éclat jusque-là inconnu. A un tableau pompeux il faut un cadre magnifique. L'architecture sera grandiose : deux exemples la synthétisent : la colonnade du Louvre et le château de Versailles. La sculpture, immobilisée dans les sujets religieux, eut sans doute revêtu un certain caractère d’humilité, aussi malgré la piété profonde du roi et de son entourage, ce sont surtout les allusions mythologiques qui tentent le ciseau des sculpteurs. Quant à la peinture, tantôt avec Lebrun, elle célébrera les exploits guerriers, tantôt elle aussi usera et abusera des divinités olympiques. Aussi bien, ces peintures sont souvent à clef comme des pièces de théâtre, et Jupiter le dieu des dieux cache mal le profil de Louis le Grand. Le roi prendra pour historiographes des hommes du talent de Racine et de Boileau ; il a ses comédiens qui remplacent bientôt la troupe italienne des Médicis.
Il n’est pas jusqu'aux jardins aux allées larges et rectilignes, aux pelouses symétriques ornées de statues, jusqu'au mobilier aux courbes fastuenses et aux bois précieux qui ne portent la marque de cet
esprit de magnificence dont Louis XIV avait voulu faire la caractéristique de son règne.
On-va peut-être nous objecter que dans tous les exemples que nous avons cités, il y a bien une protection accordée par des souverains à des artistes, mais non point une protection et encore moins une utilisation provenant de l'Etat à laquelle ces souverains commandaient. Les Médicis, dira-t-on, étaient des esprits cultivés, que séduisaient les œuvres d'art; il était naturel qu'ils encourageassent ceux qui les produisaient. Si aujourd’hui le président de la République française se trouve être un artiste, et qu'il achète des toiles ou des statues, nous ne dirons pas pour cela que l'Etat français a encouragé l'Art.
Si confusion il y a, la confusion est plutôt dans l’objection que dans la thèse qu’elle prétend affaiblir. Ilest bien vrai qu'aujourd'hui les goûts personnels de tel ou tel chef d'Etat ne doivent ni ne peuvent, du moins dans les pays de liberté, entraîner la responsabilité de l'Etat. Mais cette conception par laquelle la notion de l'Etat se dégage de plus en plus de la personne de son chef est relativement récente. Elle est née des deux principes de la souveraineté nationale et de la séparation des pouvoirs. Louis XIV disait « l'Etat, c’est moi », ce n’était là, ni une bouffée d’orgueil ni une boutade. Le duc de Montausier et les théoriciens de la monarchie de droit divin s’efforçaient de l’établir.
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I ne faut donc pas hésiter à voir dans l’utilisation de l’art par les souverains de tous les temps et de tous les pays une intervention parfois mal comprise, mais incontestable de l'Etat qu'ils représentaient.