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LA CONCEPTION ARTISTIQUE DES CONVENTIONNELS

Tant que l’art, ainsi capté, fut entre les mains d’un souverain et d’une cour, il demeurait naturellement aristocratique et centralisé ; aristocratique puisque le peuple éloigné de la direction des affaires, ne pouvait y collaborer, ni en profiter, centralisé puisque le souverain incarnant l'Etat était porté à accumuler dans les lieux où il résiderait tous les talents et toutes les productions.

La Révolution éclate ; un bouleversement profond va se produire. C’est le peuple maintenant souverain qui incarne l'Etat. Les rapports de l'Etat ainsi compris et de l’Art vont changer du tout au tout. Les conventionnels ne cédèrent pas à la tentation de rejeter toutes les manifestations esthétiques qui avaient contribué à faire la puissance de l’ancien

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régime, ils pensèrent que mieux valait capter qu’anéantir, que l’arme dont la monarchie avait usé, la démocratie républicaine pouvait aussi s’en servir. Ils ne voulurent pas bannir la beauté de leurs conceptions égalitaires, ils préférèrent qu'elle leur servit de base. De sorte que, en étudiant les manifestations esthétiques sous la Révolution, nous n’allons pas trouver une situation intermédiaire entre l’art aristocratique des anciens régimes et l’art démocratique dont nous nous proposons de soutenir la conception, mais une sorte d’exagération, de déformation de ce dernier (1).

Malgré ces défauts inhérents à toute réaction, les tentatives des révolutionnaires pour restaurer le culte de la beauté fut des plus intéressantes et Taine qui les a raillés avec une ironie acerbe,que d’aucuns ont trouvé au-dessous de son talent, a montré une fois de plus combien les hommes de pondération et de sagesse se montrent parfois impitoyables et partiaux envers ceux qui ne partagent pas tout à fait leur manière de voir.

Dèjà Rousseau qui s’élait montré si sévère envers le théâtre, avait reconnu la nécessité de donner au peuple des fêtes esthétiques qui pouvaient contribuer à sa culture, et il rappelait certain passage de

1. Romain Rolland. « Théâtre du Peuple ». Cahiers de la Quinzaine.

l'œuvre de Plutarque où les réjouissances du peuple lacédémonien étaient minutieusement examinées (1).

Talleyrand esquissa un projet de fêtes nationales :

« Toutes ces fêtes auront pour objet direct des événements anciens ou nouveaux, publics ou privés, les plus chers à un peuple libre ; pour accessoires, tous les symboles qui parlent de la liberté, et rappellent avec plus de force à cette égalité précieuse, dont l’oubli a produit tous les maux des sociétés ; et pour moyens ce que les beaux-arts, la musique, les spectacles, les combats, les prix réservés pour ce jour brillant, offriront dans chaque lieu de plus propre à rendre heureux et meilleurs les vieillards par des souvenirs, les jeunes gens par des triomphes, les enfants par des espérances ! »

Mirabeau avait lui aussi composé un grand discours sur les fêtes populaires ; l’idée que l'art pouvait jouer un grand rôle éducateur était nettement exprimée ; il proposait neuf fêtes correspondant à neuf événements de la Révolution.

Marie-Joseph Chénier prononça à son tour le 15 brumaire an II un discours retentissant sur le même sujet.

« Organisons les fêtes du peuple... Il faudra semer l’année de grands souvenirs, composer de l’ensemble

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