PRÈS
blées primaires des quatre-vingi-six départements formeront une chaîne, unis par un cordon tricolore et tenant une pique avec une banderolle au nom du département et une branche d'olivier. Puis viendra toute la masse respectable du Souverain tous confondus, les maires à côté des bûcherons et des maçons, le noir Africain, qui ne diffère que par la couleur, marchera à côté du blanc Européen, les intéressants élèves de l’Institution des Aveugles, trainés sur un plateau roulant, offriront le spectacle touchant du Malheur honoré.
« Vous y serez aussi, tendres nourrissons de la maison des enfants trouvés, portés dans de blanches bercelonnettes. Vous commencerez à jouir de vos droits civils trop justement recouvrés. Enfin viendra un char de triomphe formé par une charrue sur laquelle seront assis un vieillard et sa vieille épouse traînés par leurs propres enfants. Un groupe militaire suivra, conduisant un char attelé de huit chevaux blancs et contenant l’urne des cendres des héros morts pour la patrie, au milieu de leurs parents de tout âge et de tout sexe, avecdes couronnes de fleurs. L'armée fermera la marche, encadrant des tombereaux revêtus de tapis parsemés de fleurs de lis et chargés des dépouilles des vils attributs de la royauté et de la noblesse, avec l'inscription « Peuple, voilà ce qui a fait toujours le malheur de la société humaine ».
mn 49 —
« Seconde station. — Boulevard Poissonnière.
Sous un arc-de-triomphe, les héroïnes des 5 et 6 octobre 1789 seroni assises sur leurs canons, des branches d’arbre à la main. Le président de la Convention leur remettra une branche de laurier... »
Laissons les cortèges de David suivre leur marche symbolique, pathétique et quelque peu carnavalesque. L'essentiel était de montrer que les idées de protection, d'utilisation de l’art par l'Etat ont survécu à travers les bouleversements révolutionnaires ; la pensée que l’art doit s'adapter à un nouvel état de choses, qu'il doit pénétrer dans les masses populaires a germé. Aussi bien, sans même qu’elle y prit garde, la Révolution avait créé des fêtes grandioses puissamment esthétiques où le mauvais goût signalé à propos des réjouissances organisées par David avait complètement disparu. Nous aurons terminé nos citations quand nous aurons reproduit les lignes admirables que Michelet a consacré aux fédérations.
« Bonheur singulier, trop grand pour un homme, j'ai tenu un moment dans mes mains le cœur ouvert de la France sur l’autel des fédérations. Je le voyais ce cœur héroïque, battre au premier rayon de la foi de l'avenir! Personne en France (personne au monde “eut-être ne lira cela sans pleurer). Plus d'église artificielle, mais l’universelle église. Un seul dôme des
Vosges aux Cévennes, des Pyrénées aux Alpes. «Aïnsi
finit le meilleur jour de notre vie ». Ce mot que les fédérés d’un village écrivent à la fin de leur récit, je suis tout près de l'écrire en terminant ce chapitre. Il est fini et rien de semblable ne reviendra pour moi. J'y laisse une partie de moi-même ;... il me semble que je m'en vais appauvri et diminué (1). »