Fustel de Coulanges. La Cité antique
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sition aux démocraties sociales des temps modernes. La démocratie antique sera le pouvoir de tous — ou de tous décidant à la fois comme dans certaines assemblées souveraines du peuple — ou de tous dirigeant successivement, principe d’après lequel toutes les fonctions sont attribuées par l'élection.
La démocratie antique est un fait ; elle est la résultante de l’histoire : peu de principes humanitaires et sociaux ont présidé à son établissement. Malgré la parabole d’Agrippa, il ne faut point y chercher une compréhension exacte de dignité humaine ou de probité économique. C’est ainsi que la démocratie s’accommodera de l'esclavage, qu’elle fera preuve à l’égard des étrangers d’une certaine étroitesse d'esprit, tout étranger apparaissant au citoyen romain comme un hostis et un barbarus.
La démocratie moderne est au contraire une élaboration de la pensée humaine. Des principes philosophiques a priori ont servi de base à son établissement. Il est bien certain par exemple que la Révolution française ne date pas de 1889, de Marat et de Robespierre, mais qu’elle a sa source dans toute la philosophie du xvur siècle, dans les écrits de Rousseau, de Voltaire, des encyclopédistes. L'Etat moderne a revêtu un caractère de trop grande complexité pour que la démocratie puisse jouer un rôle politique aussi considérable que dans le passé. La
science judiciaire par exemple est trop ardue pour
Ta
que l’on puisse remplacer les magistrats par des assemblées populaires ; l’élection même d’un citoyen qui ne se serait pas spécialisé dans l'étude des lois serait inadmissible.
Les origines de démocraties modernes, l’étendue et la complexité de fonctions des Etats ou elle s’est établie en feront une démocratie sociale. Il n’est point deux mots qui nous semblent plus contradictoires qu'esclavage et démocratie. La démocratie est peutêtre moins une forme de gouvernement qu’un sentiment profond de la dignité humaine, et de l’égal respect que mérite un citoyen quel quesoit son origine, sa situation, sa nationalité. L'art qui ennoblit, qui élève la pensée, l’art source des émotions les plus intenses, doit être encouragé dans une démocratie.
Même si l’art démocratisé ne devait pas briller de l'éclat que nous pensons, nous ne renoncerions pas pour cela à le préconiser. Les intérêts de l’art sont importants, mais ceux du pays et du peuple ne le sont pas moins. Or le pays et le peuple sans distinction de région ou de classe ont également droit à la Beauté. Le budget des Beaux-Arts est alimenté par tous les citoyens, aussi bien par les habitants des bourgades que par les Parisiens, aussi bien par les paysans el par les ouvriers que par les capitalistes,
Mais nous dira-t-on, peut-être tous les hommes d’un même pays paient les impôls, et les dirigeants de
ce pays font des sommes ainsi recueillies la distribution qui leur paraît la plus opportune. Nous accordons des millions pour l’approfondissement du port de Dunkerque, d’autres millions pour le percement du Simplon et les Parisiens n’en profitent pas. Il est paturel qu’en retour ceux-ci aient droit à des subventions théâtrales ou artistiques dont la province sera privée. De même, en ce qui concerne l’art et le peuple, on nous dira : Nous sommes prêts à voter des crédits énormes pour venir en aide aux ouvriers et aux paysans, nous allons créer des caisses de retraites, de chômage, des assurances contre les accidents. Le peuple seul en profitera. Il est tout naturel que la classe aisée se réserve aussi des manifestations artistiques dont le peuple ne bénéficiera pas.
Au premier argument, à l'argument centralisateur nous répondons : il n’est pas exact que telle ou telle subvention accordée pour l’approfondissement d’un port ou pour le percement d’un tunnel, ne profite qu’à ce port ou qu'à la région où le tunnel aura été creusé. Ces travaux offrent un intérêt national. En ouvrant des débouchés nouveaux ils feront naître de nouvelles productions et développer les anciennes. L’abaissement des frais de transport et par conséquent du coût de production, la rapidité des transits permettront à nos commerçants d’expédier leurs marchandises sur les marchés étrangers. En second lieu, le besoin d’effectuer ces travaux correspond à