‹ L'Art dans une Société démocratiqueChapitre 19 sur 54 · NOT · texte numérisé non relu

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des circonstances matérielles qui leur sont spéciales. Peut-on lui assimiler la nécessité d’une culture esthétique qui naît avec l’homme et se développe avec lui quel que soit la latitude sous laquelle il vit. L'habitant des plaines sera cultivateur, celui des bords de la mer sera commerçant, c’est la topographie de la région qui le veut, mais l’âme humaine est esthétique, c’est la nature qui l’a ainsi ordonné, et cet amour de la Beauté, l'Etat doit le développer partout.

Que penser enfin de la seconde objection, de l’objection aristocratique ? La populace romaine réclamait du pain et des jeux ; c'était la populace de l’empire, déchue et dépravée, et par jeu, elle entendait les spectacles sanguinaires qui déshonoraient les arènes ; mais dans cette formule, il y avait déjà le germe de ce besoin que le peuple a des manifestations esthétiques.

Cette formule, la démocratie de France peut la reprendre en la modifiant « du pain et de la Beauté ». Son existence matérielle, sa place au soleil, elle a su les acquérir ; elle n’a pas hésité à verser son sang pour la revendiquer ; son droit à la Beauté, le peuple l’a acquis par sa persévérance, par son labeur opiniâtre et fécond, par ses aïeux qui vendaient à Abbeville, bâtissaient à Rouen, tissaient à Lyon et si le mot élite n’est pas vide de sens, ne la forment-

ils pas aussi bien que ceux dont un ancêtre a accom-

pli un exploit isolé, ceux dont les pères ont pendant des siècles peiné, lutté, souffert et fondé modestement, obscurément la grandeur et la gloire de leur

pays.

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