‹ L'Art dans une Société démocratiqueChapitre 30 sur 54 · Champfleury, /istoire de l'imagerie populaire · texte numérisé non relu

Champfleury, /istoire de l'imagerie populaire

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feuilletons des grands journaux parisiens ressemblent à de la littérature.

L'architecture et la sculpture peuvent avoir sur le peuple une influence plus considérable, car ses arts demeurent avec lui en contact permanent. Un ouvrier ne peut passer sa vie dans les musées à admirer de belles toiles. Et où en verrait-il ailleurs que dans les musées. Parfois les vieilles églises renferment quelques chefs-d'œuvre, aujourd’hui les hôtels de ville font aussi l’acquisition de quelques beaux tableaux ; mais c’est là l'exception. Par contre des statues se dressent sur les places publiques, dans les squares, dans les jardins. L’extérieur des monuments devant lesquels on passe, les ponts que l’on traverse peuvent porter la marque d’un génie architectoral. L'architecture par la masse imposante de ses œuvres frappe d’ailleurs beaucoup plus l'imagination populaire que la peinture. Aussi bien l'architecture ne revêt pas le même caractére d’inutilité. Les belles proportions, l’harmonie des lignes, les conditions d'hygiène, d'éclairage, de salubrité, tout cela nous le retrouverons dans l’art décoratif qui est l’art vraiment populaire. Nous avons en France une excellente école d'architecture : elle est à Paris, au boulevard Raspail. C’est M. Trélat qui la dirige. Elle fut fondée en 1865 et reconnue d'utilité publique en 1870. En 1882 elle reçoit une subvention de 15.000 fr. Depuis 1903 cette subvention fut portée à

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30.000 fr. Tous les rapporteurs parlementaires ont été d'accord pour faire de cette école un éloge mérité. Les cours y durent trois ans. Deux choses font l’excellence de son enseignement. Ceux qui la dirigent ont compris que le dessin devait être la base de l’architecture. Nulle part l'étude du dessin n’a une place aussi considérable qu’au boulevard Raspail : les élèves travaillent six heures par semaine. De plus l’art n’est pas isolé de tous les autres enseignements. Un archictecte doit être au courant de toutes les règles d'hygiène et de salubrité ; il doit aussi connaltre les mesures de police en vigueur, les arrêtés administratifs qui visent les constructions.Les élèves de l'Ecole de M. Trélat subissent donc des examens relatifs à l'hygiène, d’autres relatifs à la législation. Pour excellent que soit l’enseignement d’une école, cette école reste insuffisante pour un pays comme le nôtre. La France ne peut se contenter d’un seul enseignement professé à Paris. Telle construction imposante dans la capitale sera purement grotesque sur les bords de la Méditerranée ou dans les Pyrénées. Le milieu, les constructions voisines, l’atmosphère, le ciel, tout cela doit avoir sur les plans de l'artiste un rôle considérable. Sans doute un architecte consommé est un homme connaissant les règles de la lumière et de l'harmonie. Si même c’est à Paris qu’il a étudié son art, et qu’on l'envoie à Béziers ou à Bayonne pour construire un théâtre, il

Pourra en quelques mois étudier le climat de ces villes, examiner les édifices qui les décorent déjà et s’en inspirer pour ses projets. Mais combien un artiste du pays, ayant passé toute sa vie parmi les richesses naturelles et les œuvres d'art dont sa cité s’enorgueillit, ayant scruté le ciel, étudié l’ambiance et l’atmosphère par tous les temps et à toutes les époques, combien celui-là arrivera à la perfection avec plus d’aisance et de facilité. L'architecture est essentiellement l’art qu'il faut décentraliser. Or, si nous jetons un coup d'œil sur les subventions accordées par l'Etat aux écoles d’architecture de la

province, voici tout ce que nous trouvons :

Marseille. Ecole régionale d’architecture. &x1 francs Rennes. — 1.216 Lille. — 550

Volvic. Ecole départementale d'architecture. 2.200

Rouen. Ecole régionale. 5.966

Moins de 10.000 francs, pour développer la décentralisation de l'architecture ! ces chiffres sont trop éloquents pour qu'il nous soit nécessaire de rien y ajouter. Notons cependant que, en 1904, le crédit était quelque peu relevé. De nouvelles écoles doivent être fondées : celle de Lyon vient d'ouvrir ses portes.

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