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LES ARTS DÉCORATIFS EN FRANCE ET A L'ÉTRANGER

Si de l’architecture nous passons à l'art décoratif, les réformes à réaliser sont encore plus considérables.

L’archaïsme, la centralisation, le mauvais goût que nous avons déjà eu l’occasion de signaler s’y retrouvent considérablement accrus. L’antique régit encore le dessin ; un style uniforme asservit trop souvent notre architecture : le goût pour l’antique et le style noble dépare partout notre art décoratif.

Si, comme nous le disions, l’atmosphère et le milieu doivent avoir une influence considérable sur une construction, n'est-il pas une autre circonstance qui doit jouer pour la création de l’édifice un rôle encore plus important ?

Une consiruction ne doit pas être seulement en harmonie avec le milieu, elle doit être aussi en har-

monie avoc sa fonction. Tel monument, somptueux à Paris, serait ridicule à Nice, mais tel autre édifice majestueux s’il devait servir de temple ou de musée prêterait quelque peu à rire, si on lutilisait comme magasin de modes ou gare de marchandises. Ce que nous sommes convenus en France d'appeler les « affreux buldings », ces maisons américaines à vingt-cinq étages, formidables avec leur armature de fer, simples, dépourvues de toute ornementation ne méritent nullement notre dédain superbe.Ils sont simplement appropriés à leurs fonctions. Les salles ysont symétriques comme les casiers d’un bureau et comme les rayons d’une bibliothèque : les divers et innombrables services d’une grosse banque ou d’un grand journal y seront parfaitement à leur aise. N'y a-t-il pas plus d'art dans cette compréhension des nécessités de l'existence que dans l’archaïsme grossier qui nous fait construire dans le quartier le plus agité de Paris, un temple grec aux lourdes colonnes où des vendeurs et des acheteurs de titres remplacent par des hurlements épileptiques le chant auguste des prêtresses ? Et notre trasitionalisme mal compris, notre entêtement à nous immobiliser dans des styles désuets, dont la vie pratique s'éloigne chaque jour apparaît avec d'autant plus de netteté que la plupart de nos voisins assistent par contre à une véritable rénovation de l’art décoratif. Voici le résumé

des intéressantes observations que M. Couyba a

faites dans les pays étrangers et qu’il a scrupuleusement notées dans son rapport sur le budget des Beaux-Arts (1).

A Berlin, M. Couyba admire l'esprit pratique qui a guidé les architectes. Les grands magasins symbolisent le rationalisme des modernes constructions allemandes. Ce sont des édifices vitrés, dont les glaces sont bordées de cuivre brillant. Le jour pénètre partout. Il n’y a point un arrière-magasin sacrifié ; point de statues, point d’allégories inutiles et lourdes, rien qu’une simplicité non dépourvue d'’élégance, rien qu'une masse harmonieuse avec une armature de fer et de grandes baies lumineuses.

Cette impression de simplicité harmonieuse, M. Couyba la ressent plus encore en Hollande. Qu'il s’agisse des hôtels, des magasins en marbre ou en pierre ocrée, qu'il s’agisse des meubles les plus usuels, c’est partout la même eurythmie reposante et bien comprise. L’ornementation, la fioriture, la surcharge ont disparu. Des courbes bien pleines charmeni le regard que rien ne heurte. Dans des édifices simples, des intérieurs reposants : architectes, lapissiers, orfèvres, ne cherchent pas par une originalité factice à se créer une notoriété, à mettre suivant l'expression consacrée leurs noms au bas de leurs œuvres ; en s’appliquant à adopter leurs efforts

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