LES ACHATS DE L'ÉTAT
Contre les achats des œuvres d’art plus encore que contre toutes les autres interventions de l'Etat, les individualistes dont nous avons au début de cette étude examiné les arguments protestent avec énergie. Il faut reconnaître qu'ils n’ont pas entièrement tort. Un double danger est à redouter. D’abord les hommes qui décideront quelles sont les œuvres dont l'Etat doit faire l’acquisition, seront-ils toujours à l'abri de toute partialité ? Les sollicitations, les recommandations dont ils sont constamment assaillis ne risquent-elles pas de les influencer. Mais admettons que ces arbitres qui sont eux-mêmes des artistes ou des critiques d’art ne tiennent aucun compte de la pression que l’on cherche à exercer sur eux. Ne seront-ils point tentés de juger les œuvres d’après leur tempérament personnel, d’après leurs préférences ou leurs aversions. Ils ne seront point partiaux envers telartiste, mais ils serontinjustes envers telle
école ; c’est ainsi que l’impressionnisme qui a pris aujourd’hui une si grande place dans notre art national se vit longtemps fermer les portes des musées.
Les crédits accordés pour ces achats sont inscrits au chapitre XXIIT du budget et s'élèvent à 246.000 fr.
Chaque année à l’occasion du Salon, il est accordé neuf bourses de voyage de 4000 francs etun prixnational de 10.000 francs. Les lauréats ne doiventpasavoir dépassé l’âge de trente-deux ans. La loi des finances du du 17 avril 1906 a porté une heureuse innovation dans l’organisation de ces bourses. Désormais l’artiste peut voyager aussi bien en France qu’à l’étranger, tandis qu'auparavant le séjour à l'étranger était seul permis. En plus de ces bourses, une somme de 30.000 francs est mise à la disposition de la direction des Beaux-Arts pour récompenser les œuvres qui, sans obtenir les honneurs de lachat ne révèlent pas moins des talents dignes d’être encouragés.
Jusqu'à ce jour toutes ces récompenses étaient réservées à la peinture et à la sculpture. Sur la proposition du sous-secrétaire d’État et grâce aux demandes répétées de M. Couyba des «encouragements spéciaux » peuvent être attribués à des tapisseries ou à des œuvres relevant de l’art appliqué à l’industrie.
Une question se pose au sujet des acquisitions faites par l'Etat. L'artiste qui vend une production vend-t-il en même temps à l’acheteur le droit d’en