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LA CHANSON EN GRÈCE ET A ROME LA CHANSON FRANCAISE

La musique apparait comme beaucoup plus complexe queles arts plastiques. La sculpture, le dessin, la peinture ne sont que la reproduction d’êtres ou de paysages que l’homme a sous les yeux. Parfois un sculpteur fait la statue d’un dieu, et le peintre brosse une allégorie. Mais ce dieu, ou cette allégorie seront calquées sur les manifestations de la vie humaine. Mars, dieu de la guerre, sera représenté recouvert d’une cuirasse, coiffé d’un casque et l'épée à la main, la Sagesse sera incarnée par un vieillard dont la barbe et les cheveux blancs diront une expérience accomplie. Même lorsqu'il s'agira d’une pure création de l'esprit, un faune, un satyre, un Pégase, une chimère, un sphinx, cette création aura consisté ou dans la déformation d’un être animé, ou dans la juxtaposition des différentes parties du corps de plusieurs de ces êtres. Il n’en est pas de même en ce

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qui concerne la musique. Sans doute la nature n’est pas toujours dénuée d'harmonie musicale. Les rivières, la mer, les oiseaux, le vent créent des sons qui charment plus ou moins l'oreille. Mais entre ces modulations esthétiques et la musique vocale ou instrumentale avec toute sa complexité et toute sa technique ardue il y a un abîime que nous n’avons pas trouvé entre les spectacles de la nature et les œuvres plastiques. On peut dire de ces dernières qu’elles sont l’art de reproduire et d'interpréter les diverses manifestations de la nature et de la vie. On peut dire au contraire de la musique qu’elle est presque exclusivement une création du génie de l’homme.

De ce que la musique est l’art qui s’éloigne le plus de la nature, il n’en faudrait pas conclure qu’il fut le dernier à faire son apparition. A vrai dire la technique complexe avec laquelle cet art se présente aujourd’hui à nous n’a pas une origine bien lointaine, mais le désir d'émettre des sons harmonieux remonte à l’enfance de l'humanité. Au début la musique ne sera pas cultivée pour elle-même, mais comme simple accompagnement du chant. Et le chant lui-même ne sera point une sorte d'art d'agrément isolé des manifestations de la vie ; il servira au contraire à la célébration de ces actes.

Le peu que nous savons sur la musique et sur la chanson en Grèce ne permet pas d’en douter. Chansons d'amour, chansons à boire, romances, tout

cela fut longtemps ignoré et en tout cas peu estimé des anciens Grecs. Les plus vieilles manifestations musicales que nous leur connaissions sont à n'en pas douter les chansons des laboureurs. Elles ne portaient pas le même nom dans toutes les provinces : Awos ou «vos était l’appellation sous laquelle on les désignait le plus souvent, mais le linos n’était guère que le chant argien; à Tégée on le nommait s’képhros, à Pélus manéros, à Amycla hyakinthos, et en Bithynie hylas. L'air de ces chansons était mélancolique et trainant ; le sujet était toujours le même. Il y était question d’un jeune homme de naissance illustre, fils d’un roi ou d’un dieu, qui succombait après une vie toute de tristesse et de malheur. M. Müller (1), dans une étude à la documentation très sûre, voit dans ce récit une allégorie intéressante. Le jeune homme sur le sort duquel les laboureurs de la Grèce s’apitoyaient ne serait d’après lui que la belle saison, les moissons, et les fleurs ; et l’approche de l’automne, l’arrivée de l'hiver serait la mort cruelle qui anéantirait l’espérance des cultivateurs laborieux. Malgré la poésie et le charme d’une semblable interprétation nous ne croyons pas devoir y souscrire. Le Avos n’est point une romance que les laboureurs entonnaient chez eux, durant les veillées d'hiver, c’est un chant, coupé de refrains qu’ils

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