‹ L'Art dans une Société démocratiqueChapitre 9 sur 54 · NAT · texte numérisé non relu

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Quant à l’enluminure, son origine religieuse n’en est pas moins certaine. Elle fait d’abord une apparition modeste avec un petit encadrement que l’on place autour du texte de chaque page des missels, puis on trace avec soin la majuscule qui commence chaque chapitre. Bientôt on ne se contente plus d’orner et d’agrémenter la lettre, on y joint une figure, une fleur, un animal. Puis c’est toute une petite scène qui sera peinte avec soin, scène ayant un rapport étroit avec le texte qu'elle illustre. M. Alphonse Germain voit dans l’enluminure l’origine du paysage ; son argumentation parait sérieuse et le remarquable ouvrage de M. Lecoy de la Marche ne l’infirme en rien. Le bréviaire Grimani est restéle prototype du talent des anciens enlumineurs ; il est peu probable que Memling y ait collaboré comme le veulent quelques auteurs, il est certain qu'il est dû à Gérard de Gand et à Liévin d’Anvers.

Pénétrons dans une cathédrale, au milieu du xrve ou xve siècle : que son style soit roman ou gothique, l'intérieur de l’église est sombre. La lumière s’irise à travers les vitraux ; sur les vitraux des épisodes de la vie des saints rappellent l'existence de ces hommes de bien et incitent à les imiter. Dans l’ombre la courbe des arceaux se prolonge et se perd. Le silence interrompu de temps à autre par des chants convie au recueillement et à la prière : tout est mys-

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térieux et grave ; à l'intérieur le tintement des sonnettes, au dehors le bourdonnement des cloches ; il n'est pas jusqu’au bruit le plus banal qui n’impressionne : les pas résonnent étrangement sur la pierre, el le heurt des lourds sièges sur la dalle se répercute de pilier en pilier. L’encens brûle , sa famée monte en volutes bizarres. À la lueur incertaine des cierges, au jour filtrant des rosaces les chasubles miroitent de multicolores reflets, et les fidèles s’agenouillent, après avoir marqué d’un signet finement ouvragé les beaux missels aux tranches d'or.

Malheureusement l'Eglise ne s’est pas toujours bornée à user de ces manifestations esthétiques qui séduisaient les foules ; parfois elle s’en est écartée, d’autres fois elle en a abusé.

Elle en a abusé lorsque par l’exagération du luxe et de l'ornementation elle a plus cherché à éblouir le regard qu’à inspirer le recueillement (1). Il est certain que l’accumulation des matières précieuses dont la basilique de Saint-Marc par exemple est surchargée, la recherche dans les moindres détails, qui caractérise la plupart des églises de l'Italie s’écarte de cette simplicité, de cette modestie pleine de grandeur dont les constructions de l’Acropole restent le type impérissable.

Elle s’est éloignée de l’esthétique quand elle a cher-

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