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CHAPITRE II

Du Choix des Pendules et du degré de précision qu’on doit en attendre.

Les pendules sur les dispositions ordinaires adoptées aujourd’hui généralement , lorsqu’elles sont convenablement exécutées, gardent aussi bien le tems qu’il est nécessaire pour les usages de la vie ; il est facile à un habile horloger d’assurer la marche d’une pendule de telle manière que son mouvement diurne n’excède pas six ou huit secondes , ce qui donne une moyenne de moins d’une minute de différence après une semaine. On peut arriver à plus de précision ; mais ce degré étant plus que suffisant pour les usages civils , il n’est pas nécessaire de porter la précision plus loin.

Il ne suffit pas qu’une pendule marche d’une manière satisfaisante , pour qu’on puisse en

conclure que réellement elle soit bonne , car il pourrait arriver , et quelquefois il arrive , en effet, que ces mauvaises pendules, dont il se fait chaque jour des milliers à Paris , ont une marche passable. Mais l’époque à laquelle leur vice de construction se signale , est lorsqu’elles ont besoin de réparation. Alors il en est de ces machines comme de ces anciennes maisons mal construites : lorsqu’on veut les réparer d’un côté , elles tombent de l’autre.

Pour les pendules, il n’est pas possible d’établir une classification comme pour les montres, qui portent chacune, par suite de la nature de leur échappement, un caractère distinctif et peu varié. Nous nous bornerons à présenter ici les avantages et les inconvéniens de quelques-uns des élémens variables (1) des mouvemens de pendule , afin de mettre en garde contre quelques dispositions seulement faites

(1) Nous disons variables, parce qu’il est des parties qui sont toujours les mêmes pour la forme et qui ne diffèrent que par le plus ou le moins de perfection du travail.

ou pour en imposer aux personnes qui n’ont aucune connaissance en horlogerie , ou par des artistes consciencieux qui , entraînés par leur enthousiasme pour certaines dispositions, n’ont pas vu les choses dans leur véritable jour.

De l’Echappement.

Les échappemens de nos pendules modernes varient peu pour la forme , et peu pour les ré sultats , en ce sens qu’avec les uns et les autres , on peut obtenir des résultats très-satisfaisans pour les pendules à l’usage civil.

Les échappemens les plus anciens sont ceux a recul ; ils sont généralement employés dans les ouvrages les plus inférieurs , parce qu’ils sont payés moins cher aux ouvriers qui les font. Aujourd’hui l’échappement à recul doit être considéré comme une indication qu’on a cherché l’économie de la dépense dans l’établisse ment de la pendule , plus que la bonne qualité de l’ouvrage.

L’échappement, que quelques-uns nomment

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isochrone et d’autres à demi-repos, parce qu’il est à repos d’un côté de l’ancre et à recul de l’autre , lorsqu’il est bien compris et bien exécuté , jouit d’une propriété remarquable , et qui conduit à une grande régularité ; son recul modéré permet d’approcher de l’isochronisme des oscillations (1) en mettant une lentille de poids convenable. Avec cet échappement bien entendu, on peut arriver à des résultats tellement précis , que nous n’osons pas les énoncer , crainte d’être taxé d’exagération.

Des ancres en toit. Quelque mauvaisequesoit cette dénomination d 'ancres en toit, elle est consacrée par l’usage de la fabrique de Paris ; nous l’emploierons. Ces ancres ne diffèrent de ceux des éehappemens dont nous venons de parler, qu’en ce qu’ils ont les bras de levier beaucoup plus longs qu’on ne les fait dans les deux précédons. Du reste , ils peuvent

(t) Dans les pendules à l’usage civil , on peut se permettre d’approcher de l’isochronisme par le recul , mais non pas dans l’horlogerie de précision.

être à recul , à demi-repos ou à repos. Ils ressemblent assez à un \ renversé. On les emploie généralement dans les pendules à colonnes, parce que ce genre de boîte exige des arcs d’oscillation plus petits que dans les modèles à figure , où le balancier est caché. Cette longueur du levier est un obstacle à la parfaite régularité, ainsi que nous l’avons démontré dans un Mémoire sur notre échappement cylindrique à repos parfait (1).

Dans les pendules à colonnes , le balancier étant lourd, cet échappement a une marche assez bonne , mais il faut bien se garder de l’employer avec des balanciers légers. Les changemens d’état de la force motrice auraient beaucoup trop d’empire et amèneraient de fréquentes anomalies.

Cet échappement, ainsi que celui de Graham , employé dans les pendules à demi-secondes du commerce , a le grave défaut de nécessiter des leviers trop longs , comparativement à

(1) Ce Mémoire sera publié sous peu.

la longueur qu'on peut donner aux penduïes.

En résumé , quel que soit l’échappement employé dans une pendule de commerce à l’usage civil , s’il est bien fait dans les principes qui lui sont propres , si l’exécution est fidèle , si le poids du balancier est en rapport avec les besoins de la pièce, il ne peut donner lieu qu’à de faibles différences dont on n’a point à tenir compte pour les besoins des usages civils.

De la Suspension.

Il existe trois manières de suspendre le balancier d’une pendule d’ameublement à placer sur une cheminée :

La suspension en soie, qui est la plus ancienne , celle à couteau et celle à ressort. Nous allons les examiner successivement sous le rapport des avantages, et des inconvéniens que chacune présente.

De la Suspension en soie.

Cette suspension est la plus simple , mais elle

11e peut être employée que pour un balancier dont le poids n’excède pas 100 grammes environ ; lorsqu’il excède ce poids, il faut recourir à l’un des deux autres systèmes.

Dans les pendules de précision qui permettent et même exigent un lourd pendule , on ne peut pas employer la soie comme moyen de suspension 5 la suspension à ressort est la seule convenable. Beaucoup de personnes en ont conclu que puisque la soie avait en elle-même des imperfections qui la rendaient impropre à l’usage des pendules de précision , c’était introduire dans les pendules ordinaires , à l’usage civil , un élément de précision que d’y substituer le ressort à la soie.

C’est là une de ces erreurs dans lesquelles on tombe nécessairement quand on n’étudie pas les choses à fond; et ces erreurs portant un grand préjudice aux progrès de l’art , nous ne saurions jamais assez les combattre.

La réunion complète de tous les élémens de régularité peut seule conduire à la perfection.

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C’est un fait bien reconnu par tous les artistes ; et , en effet , qu’on prenne pour exemple une pendule à secondes , dans laquelle il faut l’accomplissement des conditions suivantes , indépendamment de la bonne disposition et de la parfaite exécution de la machine : 1° Force motrice constante; 2° correction exacte des effets de la température ; 3° puissance suffisante du régulateur; immobilité parfaite des points d’attache de toute la machine; 5° inaltérabilité de tous ses organes, etc., etc. Que l’une quelconque de ces conditions manque son effet, et la marche de la pièce en sera affectée. A quoi donc servirait-il d’introduire , dans une de ces pendules à secondes , la plus grande partie de ces élémens de régularité , si l’absence d’un seul faisait manquer le but qu’on veut atteindre.

Les partisans de ces perfectionnemens inutiles disent : Mais c’est toujours approcher plus près du but que de remplacer une chose moins parfaite par une chose plus parfaite. Nous répondrons: Non , parce que le petit degré de pré-

cision que vous pouvez obtenir de plus , par de tels moyens ne laisse aucune trace sensible de ses avantages , et atteste sa présence par ses inconvéniens.

La suspension à ressort est fragile , difficile à remplacer en province j en cas d’accident , elle est très-impressionnable aux moindres changemens d’aplomb de la pendule ; la plus petite épaisseur, celle d’une feuille de papier très^ mince , mise sous l’un des pieds de la pendule pour la faire pencher un peu d’un côté ou de l’autre , suffit pour changer d’une manière trèsnotable la marche , par le plus ou le moins de tension que le ressort de suspension éprouve.

La suspension en soie est généralement mal faite; les ouvriers qui l’exécutent ne comprennent pas assez l’importance d’avoir l’axe de rotation du pendule dans le prolongement de l’axe de la pièce d’échappement ; aussi , les reproches qu’on fait à ce système de suspension doivent plutôt porter sur sa mauvaise exécution que sur son principe.

Tout horloger, connaissant bien la pendule , peut obtenir facilement d’une pendule, avec une suspension en soie, une régularité telle que les différences , après quinze jours de marche , ne s’élèvent pas à deux minutes ; ce degré de régularité est plus que suffisant pour les usages civils.

De la Suspension à couteau et de celle à ressort.

Ferd. Berthoud a tellement préconisé la suspension à couteau , dans son Essai sur l’horlogerie que , sur la confiance qu’il inspirait , tous les artistes ont commencé par employer ce système avant d’avoir étudié la question. S’il est quelques suspensions à couteau qui soient restées dans un état assez parfait de conservation pour que la pendule ait une bonne marche , il faut convenir qu’elles sont très-rares.

Les erreurs professées par un homme célèbre ont une influence bien funeste ( aussi nous n’hésiterons jamais à les combattre) , en voici un exemple : Quelques années après que F. Berthoud eût préconisé outre mesure et à tort la

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suspension à couteau , il reconnut son erreur et la signala dans ses écrits postérieurs ; mais beaucoup d’horlogers , qui n’avaient lu et compris que la moitié de ce que F. Berthoud avait dit , lorsqu’il démontrait cette même erreur , et qui n’avaient qu’effleuré la matière , s’appuyèrent sur ses premiers écrits pour justifier l’emploi de la suspension à couteau , et ne se donnèrent pas la peine de lire les autres (1).

Aujourd’hui , les artistes qui se livrent à l’horlogerie de précision sont généralement d’accord pour adopter la suspension à ressort au lieu de celle à couteau, dans les machines qui, réunissant tous les élémens de régularité , doivent donner des résultats hors de ceux nécessaires à l’usage civil , par exemple une précision de 1” de tems pour des pièces à court pendule , telles que celles propres à être placées sur des cheminées ou de quelques dixièmes de seconde pour des pendules à secondes.

(1) Le principal défaut de la suspension à couteau est de se détériorer promptement.

De la Solidité des supports du mouvement.

La solidité des supports du mouvement est une condition essentielle d’une bonne marche , surtout lorsque le pendule est lourd , les arcs d’oscillation petits et la suspension à ressort. On ne saurait apporter trop de soin à fixer solidement le mouvement à son support, et par suite à donner à ce support une masse qui assure sa stabilité parfaite (1).

De la Longueur du pendule.

Le pendule , vulgairement nommé balancier, est un régulateur d’autant meilleur qu’il est plus long, toutes choses égales , d’ailleurs , et comme dans les pendules à l’usage civil , on réduit assez généralement les proportions de

(1) On a vu quelquefois, à des expositions des produits de l’industrie, des pendules dont le mouvement présentait une masse énorme , et qui pourtant étaient posées sur des petites colonnes bien faibles en bois , tandis que , dans les Observatoires, les pendules sont montées sur des massifs en pierre construits exprès. Quelle différence de principes !

l’échappement aux plus petites dimensions , quelle que soit, du reste, la longueur du pendule , on peut considérer le pendule le plus long comme étant le meilleur régulateur. Si on tient à avoir une pendule très-exacte , on doit rejeter pes modèles mal disposés et mal raisonnés dans lesquels le mouvement est tellement enfermé qu’il n’y a pas la place nécessaire pour mettre un pendule suffisamment long. Lorsqu’un pendule ne présente pas une longueur de 0m16 au moins , on ne doit pas attendre de la pendule une marche satisfaisante , et pour qu’elle donne les meilleurs résultats , il faut que cette longueur soit de 0ra20 ou 0m25.

Des Socles (1).

Les socles en bois sur lesquels on pose ordinairement les pendules sont peu propres à assurer la régularité. Les tablettes des cheminées

(1) On nomme socle de pendule un plateau ordinairement fait en boi, ssur lequel est pratiquée une rainure qui reçoit la cage de verre qui couvre la pendule.

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étant souvent très^chaudes , le bois travaille dans des sens différens , et donne au mouvement de la pendule des inclinaisons différentes qui affectent nécessairement sa marche.

Les meilleurs socles qu’on pourrait faire seraient en marbre ; mais le surcroît de dépense que cela occasionerait ne laisse pas espérer qu’à une époque comme celle-ci , à laquelle le public veut tout à des prix excessivement bas , on puisse introduire cette heureuse amélioration dans nos pendules généralement répandues.

De la Fermeture des mouvemens et des cages de verre.

Une condition essentielle pour la conservation du mouvement d’une pendule est qu’il soit parfaitement à l’abri de la poussière. La mode actuelle , qui n’admet plus les cages de verre pour les couvrir , conduit les pendules à une destruction beaucoup plus prompte que si elles étaient munies de ce préservatif.

A défaut de ces cages de verre, dont l’effet est si utile à la conservation des mouvemens,

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on doil apporter toute l’attention possible à ce que le mouvement soit aussi bien garanti que le modèle de pendule le permet.

Des Pendules à quantième et autres fantaisies.

Souvent on présente aux acheteurs , comme des merveilles, des pendules compliquées et portant une foule d’indications , sous des formes plus ou moins bien disposées. Cependant, il est important qu’on veuille bien touj ours se rappeler que rien n’est plus facile que de produire de tels effets , et que ce n’est là une difficulté et un mérite , que pour ceux qui n’en connaissent pas d’autres en horlogerie. Il est rare que les fonctions des élémens mécaniques, produisant tous ces effets, se fassent bien. Et lorsqu’une telle pendule sort des mains d’un artiste habile, capable de la bien comprendre et de la bien exécuter , il est plus rare encore que ceux entre les mains desquels elle passe ne la détériorent pas. Si l’on veut une pendule de ce genre et en être sûr, on ne doit s’adresser qu’à l’un de ces artistes

capables, et se garder surtout de faire une telle emplette dans une vente publique ou à une tout autre source ne présentant pas une garantie suffisante.

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