L*ART DB CONSERVER LA VUE CONSEILS RELATIFS A L'HYOIÈNE DE LA VUE
Dans ce chapitre, nous examinerons les soins qu*ii faut ' prendre pour conserver la vue. Si chacun faisait un peu plus attention, et ne se figurait pas que4'on peut impuné ment abuser de ses yeux, certes les maladies de ces précieux organes seraient plus rares, et Ton ne verrait pas tant de personnes dont la vue est complètement perdue faute de soins et d'attention. Nous tâcherons ici, daoa rintéret général, de donner des conseils basés sur l'expérience et la pratique, Puissionp-nous être utile à Thu* manité !
Chacun connaît la force de ses yeux, ou, en d'autres termes, chacun peut apprécier si ses yeux sont faibles ou forts, se fatiguent facilement ou supportegi sans difficultés la lumière, la lecture, etc. On doit régler l'exercice de sa vue sur la force de cette faculté. Il en est des yeux comme de tous les organes. Aussi doit-on en diriger l'emploi suivant leur plus ou moins de santé. On me pardonnera cette expression, mais elle m'a semblé rendre nettement ce* que l'on doit entendre par l'idée que l'on doit se faire de la force de sa vue.
Un des préceptes les plus importants comme hygiène de la vue est de se reposer les yeux pendant le travail. ,
Amsi, en lisant, en écrivant, on devra de temps à autre suspendre son occupation et promener les yeux sur les objets environnants. Réveillé-Parise fiait une observation fort juste lorsqu'il dit : « Quon lise cent pages de suite ou qu'on suspende sa lecture pendant un moment ou deux, iprès en avoir parcouru vingt-cinq ou trente, et Ton verra la différence, en admettant des yeux faibles. » Je pense que Ton peut appliquer cette remarque à des yeux forts^ si je puis m'exprimer ainsi.
On ne peut prévoir le temps que Ton doit employer au
travail, car cda est subordonné à trop de causes ; mais
cependant pour des yeux faibles, une heure de travail
^partagée en deux intervalles est le maximum que Ton
doit exiger de la vue.
Du reste, dès que Ton sent les yeux picoter, qu'il y a de la rougeur, et que Ton éprouve des douleurs dans le globe oculaire, on doit de suite cesser tout travail et se bassiner les yeux avec de Peau fraîche.
La désolante habitude qu'ont certaines personnes de vouloir trop exiger de leur .vue est la cause d'une foule de maladies. N'entend-on pas souvent dire : Je m'exerce à voir de très-loin, je puis voir l'heure, aux Tuileries lorsque je suis à la place de la Concorde ? Je suis arrivé à déchiflFrer des caractères microscopiques ? A ce sujet, un pari s'engage souvent, on force sa vue, on recommence de semblables épreuves, puis vient un certain jour où des troubles visuels se manifestent, et l'on vient payer chef un funeste exercice. Qu'une vue de trèslongue portée appartienne à certains presbytes, cela est connu ; mais que des personnes douées d'une vue ordinaire se fatiguent en eflFet pour arriver à deviner, à surprendre la îatme d'objets placés au loin et qu'elles aperçoivent avec peine, c'est un jeu fatal dont il faut bien se garder, sous peine de perdre, ou au moins d'altérer fia vue.
Vouloir pendant le travail s'obstiner contre des symp-
tomes qui avertissent delà fatigue est encore une erreur dans laquelle on tombe communément. Aussi que d'hommes de lettres, de gens d'état, que de bureaucrates ressentent pendant le travail, des picotements, des maux de tète, de la lourdeur des paupières, et, méprisant ces avertissements de la nature, n'en continuent pas moins, jusqu'à ce que l'impossibilité arrive. Hélas ! cette obstination est une pente fatale qui conduit & l'amblyopie, à Pamaurose, et le plus souvent aux taches noires qui apparaissent sur les objets; pourtant il serait facile d'éviter cela, en suivant les préceptes que j'ai indiqués plus haut.
Nous spécifierons ici que les jeunes personnes blondes sont très-sujettes au larmoiement, à la rougeur et au gonflement des paupières dès qu'elles travaillent ; elles devront donc redoubler d'attention, et, s'il y a lieu, se servir de lunettes à verres plans légèrement colorés.
Béer, dont les idées sont fort justes, s'exprime ainsi :
«c Ne peut-on, à raison de ses affaires domestiques, s'arracher entièrement à des travaux assidus, on pourra, au moins, diversifier ses occupations.
« On ferme de temps en temps les yeux ; on se donne quelque mouvement par la chambre, ou, ce qui est mieux, on prend le grand air un instant, quand ce ne serait que quelques minutes, on n'en sentira pas moins le bon effet.
« On a soin d'entretenir la transpiration par des bains de pieds à l'eau tiède où l'on fait fondre du gros sel, ou jeter du vinaigre.
« Un exercice modéré du corps, une promenade en plein air, où Ton puisse être réjoui par le tableau varié des ouvrages de la nature, sont tellement nécessaires au relâche des yeux et à la réparation de leurs forces, que les gens les plus simples même ne l'ignorent pas.
<c Que celui qui est une fois conmincu quHl met une tro^j grande confiance en ses yeux soit attentif à s'abste-
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nir de tout travail attachant, aussitdi apri$ son révéit, après le repas^ ainsi que le soir à la lumière.
« On lavera ses yeux souvent le jour avec de Teau froide, remède qui, quoique simple en lui-môme, ne laisse pas, en tout cas, de produire insensiblement de bons effets. J'ai déjà remarqué que tous les l)ains d'eau tiède étaient nuisibles aux yeux, je le répète encore; il mB faut que les rincer, puisqu'on arrive pareillement au but proposé en ne se servant que d'eau froide, à laquelle l'action du laver donne une chaleur plus que suffisante. »
Une des choses importantes pour la santé de la vue est de ne pas passer brusquement de Pobscurité à la lumière et vice versa. Aussi le matin au réveil, on devra prendre beaucoup de précautions. Disons d'abord que la chambre à coucher doit être pourvue de rideaux qui laissent pénétrer un demi-jour ; la 4juit, il est indispensable d'avoir une veilleuse placée de telle sorte qu'elle n'offense pas la vue ; le Ht ne devra jamais être placé de telle sorte que les yeux soient en face des fenêtres^ ceci est de rigueur. Que de vues perdues pour avoir reçu au réveil les rayons d'une vive lumière ! Béer, à ce sujet, l'apporte un fait suffisant pour convaincre les plus incrédules. • Il y a cinq ans qu'un voyageur jeune et d'une parfaite santé descendit le soir dans une auberge de cette ville (Vienne). Le lendemain matin, les rayons du soleil, qui vinrent à réfléchir d'un mur de côté et du plancher sur ses yeux, le réveillèrent en sursaut. Il se lève pour fermer les rideaux, qui étaient blancs, et va . se recoucher ensuite. Il ne tarda pas à être réveillé, encore plus désagréablement qu'auparavant, par les rayons du soleil, qui, pour Finstanl, dardaient sur sa vue, à travers les minces rideaux. Un flux de larmes accompagné d'une contraction d'yeux insupportable et de rougeurs aux paupières furent les suites inséparables d'un accident qui n'eût «a rien de fftcheux d'abord 8i| le
matin suivant, le patient ne se fût exposé de nouveau aux mêmes dangers, qui lui occasionnèrent une inflammation longtemps rebelle à tous les remèdes, et qui ne put entièrement disparaître jusqu'à ce que j'en eusse découvert la vraie cause, et que le mdade eût quitté tout à feit son appartement.
« Malgré tout, il conserVa depuis une faiblesse d^yeux assez considérable et une disposition si grande à Finflammation, tout guéri qu'il fût, il ne put de longtemps supporter le moindre vent ou le moindre échauflfement du corps sans être atteint bientôt d'une rougeur remarquable sur ses yeux faibles et larmoyants. »
On peut se convaincre de relTet fâcheux du passage de la lumière à l'obscurité. Qui n'a pas, après avoir éteint une lampe, ressenti des étincelles dans les yeux ? Cela prouve l'impression produite sur la rétine, impreetfion fort vive, car elle laisse des traces évidentes. ^
Plusieurs personnes ont . la funeste haj)itude de se frotter les yeux en s'éveillant ; cette méthode est fort mauvaise, elle irrite les paupières, comprime le globe oculaire, et souvent détache des cils qui, se logeant entre la conjonctive et la sclérotique, donnent naissance à des ophthalmies dont on cherche longtemps la cause. Si le matin les yeux sont collés, on devra passer un peu da salive sur leurs bords, et les yeux s'ouvriront ensuite facilement et sans qu'il en résulte aucun effet fâcheux. Ce moyen fera rire peut-être, mais qu'importe si le eonseil est salutaire !
On devra généralement éviter les lumières vives, la lumière fourni^par le ciel couvert de nuages diaphanes est le meilleur jour. Il est fâcheux que certaines professions demandent un jour brillant : rien n'est plus pernicieux pour la vue que la gravure sur métaux, le travail de l'or» févrerie, etc. Les négociants, qui toute la journée regardent du linge blanc, sont souvent exposés aux amblyopies ; ils devront nécessairement flaire usage de verrez lé-
gërcment colorés. Les chapeaux à larges bords seront préférés, et la mode anglaise qui tend à en faire disparaître les Ëords est tout à fait contraire au hojx sens. Je ne parlerai des chapeaux des femmes que pour dire qu'ils sont tout à fait mal compris. En effet, ils ne protègent nullement les yeux. Si les chapeaux ronds à bords pouvaient être adoptés, ce serait un grand bienfait ; mais» malheureusement, ils ont été trop prodigués par la femme du demi-monde, et la mère de famille a dû y renoncer. Nous faisons des vœux ardents pour que l'usage en devienne général, et bon nombre d'ophthalmies, d'iritis, etc., seront forcées de rebrousser chemin. Le caprice, la mode, voilà ce qui décide de tout, la santé passe après. Vieux monde, vieux peuple entaché d'erreurs, la vérité luit partout et personne n'en profite. Certes, ce n'est pas la faute du Créateur, car sa bonté infinie nous avertit à îhaque instant de ce qui nous est nuisible ; pourquoi donc refuser ses avertissements ? L'homme se croirait-il plus savant que celui qui l'a créé !
Pénétrons dans les appartements, voyons ces papiers, ces tentures bigarrées ; le roùge, le bleu, le jaune, le vert, se jouent en dispositions fatales pour la vue, et l'on s'étonne si les yeux se fatiguent l L'un ferme tous ses rideaux et se place dans l'obscurité, l'autre laisse pénétrer la lumière en grande abondance, interpose des glaces, des dorures, des murs blancs, et se perd la vue pour vouloir trop y voir. . .
Évitons donc de devenir fous! Que les murs soient de teinte grisâtre, que les papiers soient verdâtres, brunâtres, et que le mélange des couleurs se fasse sobrement et avec raison. Arrière la multitude des dorures, la multiplication des glaces, etc. Vivons d'abord, ayons du confortable, c'est le meilleur luxe.
^ parlais tout à l'heure des appartements sombres ; ians nul doute ils sont pernicieux, l'insuffisance de lumière est aussi une cause d'affaiblissement de la vue
Vexcès en tout est un défaut. Que ne se répète-t-onà chaque instant cet axiome des axiomes ! Qui n'a pas rencontré des gens ayant les yeux malades, et dont la tête est entortiliée, et dont les yeux sont emprisonnés et corn, primés ; c'est encore là une chose absurde, et nos célèbres oculistes condamnent cette méthode. Dans les maladies graves, les ophthalmies, ils ordonnent un simple carré de linge flottant, afin de ne pas priver les yeux de l'élément utile à tout, de l'air.
L'insuffisance de la lumière peut occasionner la perte de la vue ; xl faut ménager ses yeux, lorsque l'on passe de l'obscurité à la lumière et vice versa. Que l'on reste un instant dans un endroit sombre et que l'on* passe . ensuite à la lumière , on verra quelles souffrances on endure, et combien l'organe de la vue se trouve blessé. On devra donc faire bien attention en sortant d'une cave ou d'un endroit mal éclairé, on sortira avec précaution en tâchant d'habituer les yeux peu à peu à la lumière. Imitons le Créateur, car c'est par degrés que la lumière disparait, c'est par degrés qu'elle arrive, tout a été prévu pour nos organëS ; malgré ces exemples frappants, que de* personnes négligent ce que la nature leur enseigne ! M. Sichel nous apprend à ce sujet et avec raison que les couturières, qui sont pour la plupart forcées de travailler à une faible lumière, forment la huitième partie du chiffre de ses malades ; ceci, je pense, est concluant.
La lumière du jour convient seule à la vue ; sa blancheur, son éclat sont parfaitement adaptés à la fonction visuelle, aussi on ne peut craindre d'avancer que les lumières artificielles sont tout à fait pernicieuses pour les yeux. Si nous suivions les exemples de la nature, nous devrions nous coucher et nous lever avec le soleil, ou tout au moins faire le moins d'usage possible des lumières artificielles.On objectera que l'hiver l'obscurité arrive vite, que dans certains pays la lumière est à peine in-
tense, il est certain qiie dans ce cas il faut user des lumières artificielles ; mais il n'en est pas moins vrai que la lumière blanche est la seule qui convienne à la vue ; en d'autres termes, Tœil a été feit pour percevoir à Taide de la lumière blanche, et non avec celle rouge ou jaune fournie par les lumières artificielles.
La lumière artificielle est mauvaise, à cause de sa couleur qui est rouge et jaune ; vient ensuite la projection horizontale des rayons, la perception du foyer lumineux. Quant à son action, M. Michel Lévy, dans son Traité (Thygiènejf résume parfaitement ses inconvénients.
* Quelle est Faction de la lumière artificielle sur l'appareil de la vision ? Elle l'irrite et le fetigue beaucoup plus que la lumière sidérale. Les veilles et le travdl de nuit sur des objets de très-petite dimension contribuent puissamment à la production des hypérémies des membranes internes de l'oeil, de l'afTaiblissement de la vue (amblyopie) et de la paralysie du nerf optique (amaurose). Quand on subit longtemps l'action de la lumière artificielle, on éprouve des picotements et de la cuisson au bord libre despaupières^t à l'angle interne de l'œil une sensation de petits graviers entre la 'paupière et l'œil et de compression dans l'intérieur de cet organe : autant de symptômes d'hypérémies de l'organe, la pupille se rétrécit, plus rarement elle se dilate ; les muscles des paupières et des parties voisines se fatiguent de la contraction soutenue que leur impose leur office protecteur de Pœil ou plutôt le retentissement de ce qui se passe dans l'œil se communique aux nerfs de la cinquième paire. Cette sorte d'exercice de la vision laisse au lendemain l'œil plus sensible à la lumière, les paupières rouges ^ et plus impressionnables à Pair frais et les cils collés par une sécrétion plus abondante des glandes de Meibomius. «
Dieu merci I aujourd'hui nous n'en sommes plus réduits à Tafi'reuse chandelle ou à la bougie, et la i^smln
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ce bourse peut se procurer une lampe mécanique donnant une lumière fixe et égaie. On devra donc, le soir, se servir d'une bonne lampe ei bannir les^ chandelles, bougies, dont la lumière pâle et vacillante est toutà fait contraire à la vue. ""
Il est une chose sur laquelle je ne saurais trop insister, c'est sur l'abus de la lumière du gaz. Que cette invention soit admirable pour Féclairage de nos rues, de nos théâtres, de nos endroits publics, d'accord ! mais l'usage que Ton en fait dans les appartements est tout à fait détestable. Aujourd'hui, ne voit-on pas des chambres à coucher, des salles à manger éclairées au gaz ? Que de vues faibles altérées par la propagation de ce foyer lumineux ! La lumière du gaz est détestable à tous les égards pour l'usage domestique. D'abord son pouvoir éclairant est trop considérable, la chaleur développée est fort intense, la couleur jaunâtre de cette lumière est pernicieuse ; ainsi donc on risque beaucoup sa vue et sa santé en voulant faire usage de la lumière du gaz. Les efifets qui en résultent sont faciles à constater : irritation de la rétine, photopbobie, inflammation de la conjonctive, etc., car il faut bien noter aussi que la combustion du ga» ne s'obtient qu'au détriment d'une masse énorme d'oxygène enlevé à l'air ambiant, ce qui transforme peu â peu l'endroit où l'on se trouve en un foyer d'asphyxie, et si les congestions qui résultent de cet état de choses ne se traduisent que par un malaise général, elles agissent tout au moins profondément sur l'organe visuel et lui oc^sionnent bon nombre de maladies diverses.
En résumé, il faut bannir totalement l'emploi de la lumière du gaz pour les appartements, si Ton tient à sa santé en général et à ses yeux en particulier.
Us lampes mécaniques alimentées par une bonne huile constituent donc le meilleur mode d'éclairage. La bougie donne une lumière inégale et trop faible ; on doit en proscrire tout â feit l'usage. Comme lumière, une
lampe mécanique ayant un bec de 20 millim. éclaire autant que onze bougies.
Je rapporterai ici le tableau de l'intensité des diverses lumières d'après MM. Péclet et Briquet ; cela pourra servir à chacun pour choisir la force de lumière qui lu convient.
La lampe uiircel de 13 tigaes de dia« môtre étant prise pour type. ....... 100,
GbandeUede 6 10, 66
Bougies de cire . . . . « ^ blanc de baleine ....
~ d'acide stéarique ....
Lampe à môche plate.
Lampe astrale de 22 m
SU