CHAPITRE XIX
Pour qu*aii terrain soil Ik^orable à la déeouwte
des sources, il doit réunir deux conditions principales, qui sont : d*avoir à la surface une couche perméable de quelques mètres d'épaisseur, et ^e sons cette couche perméable, il y en ait une imperméable convenablement inclinée. Si cette disposi* tion du terrain se répète plusieurs fois, c'est-à-dire si plusieurs couches perméables sont superposées à des couches imperméables alternant entre elles, et 91e toutes soieai convenablement indinées, une source coule sur clMM|ue couche imperméable; d*oè il arrive qu'en perforant un puits artésien, ou en creusant profondément un puits ordinaire, on trouve souvent une source à chaque étage que Ton traverse eu s^enfonçant dans k tem (!)•
Les tmains primitifs, trèé-pcu perméables. de leur nature lorsqu'ils ont leurs plateaux recouverts
(I) Voyst ee ^i a élé^, page m.
de terrain détritique ou de roches pourvue» d*ua très-grand nombre de fissures verticales, renferment des sources très-nombreuses, peu éloignées l'une de l'autre, toutes d'un faible volume et s' épanchant au bas du plateau. Il en est de même dans le fond de chaque vallon ; mais les coteaux des terrains primitifs qui sont unis ou sans ondulations, et qui ne sont pas recouverts de terrains perméables, sont généralement dépourvus de sources.
Les terrains intermédiaires ou de transition étant de leur nature assez perméables à l'eau lorsqu'ils sont immédiatement superposés à des terrains pri* mitifs, les filtrations y descendent généralement jusqu'à la surface de ceux-ci, en suivent les pentes, et s'épanchent au dehors par les fentes qui séparent les uns des autres.
Dans les terrains secondaires, les sources visibles ne sont pas aussi multipliées que dans les terrains primitifs; mais elles y sont plus volumineuses, et c'est une règle générale applicable à tous les terrains que, plus les sources visibles sont rares y plus elles sont abondantes, et réciproquement. Toutes les fois qu'en voyageant on rencontre une source d'un volume extraordinaire, on peut annoncer, sans crainte de se tromper, que toute la contrée supérieure est dépourvue de sources visibles. C'est des terrains secondaires que sortent les plus grandes sources connues, et par conséquent ceux dans lesquels on peut découvrir les plus abondantes.
Tous les terrains secondaires n'étant pas, à beaucoup près, propices pour la découverte des sources, je
vais faire connaître ceux qui sont généralement les mieux constitués et disposés pour favoriser leur découverte; ce sont : les calcaires oolitique, compacte^ saccaroïde, siliceux, coquillier, marneux et grossier. Les descriptions de ces terrains se trouvant au chapitre ix , le lecteur est invité à les relire.
A ces terrains doivent être ajoutés les calcaires et marnes à gryphitcs, les calcaires ammonéens et à bélemnites (1). Chacun de ces terrains ayant reçu son nom de l'espèce de coquille qui y prédomine et le caractérise, je suis amené à faire connaître ces trois espèces de coquilles. Quoique les terrains qu'elles servent à désigner en renferment un grand nombre d'autres, et qu'elles se trouvent dans plusieurs autres terrains, on est néanmoins convenu de leur donner le nom de ces coquilles, parce qu'elles s*y trouvent en plus grand nombre.
Gryphée.
(1) Coquilles caractéristiques des ierraius, par Desliayea.
' La gryphée est une coquille dont les deux valve» sont fort inégales. La valve inférieure est grande, • bombée en dehors, concave en dedans, et terminée par un crochet saillant courbé en spirale involule. La valve supérieure est petite et plane; la longueur ordinaire des gryphées est d'un à deux pouces, et leur largeur d'environ un pouce.
Il y a des gryphées de cinq ou six espèces ; savoir : la gryphée colombe, la gryphée virgule, la gryphée dilatée, la gryphée gondole et la gryphée arquée ; mais les différences qui servent à les distinguer les unes des autres importent peu à notre sujet. Il suffit de connaître leurs caractères généraux, pour pouvoir les reconnaître quand on les trouve dans un terrain.
Ammonite.
Les ammonites, appelées jusqu'à ces derniers temps cornes (Tammon, sont des coquilles discoïdes, enroulées circulairement sur le même plan horizontal ; les tours de spire sont plus ou moins nombreux : les unes n'en ont que deux ou trois, et les
autres, jusqu'à six ou sepl; tantôt ils sont embrassants, tantôt simplement contigus et entièrement \isibles des deux côtés. Certaines espèces ont les tours convexes, arrondis et cylindracés; les autres les ont déprimés et plus ou moins aplatis; il en est de dentelées, de striées, et d'autres entièrementlisses et unies. Leur grandeur varie depuis un millimètre jusqu'à un mètre de diamètre. Elles ne se trouvent que dans les couches durcies des terrains secondaires et gisent parallèlement aux couches. Ces coquilles étant fort minces, il est très-rare de les trouver entières; l'ouverture, extrêmement fragile, est la parlie qui manque le plus souvent. Les animaux qui ont habité ces coquilles, si nombreux autrefois, ne se trouvent plus dans aucune de nos mers; ils ne nous sont connus que par leurs dépouilles.
Bclemnite.
Les bélemnites, que les naturalistes du dernier siècle nommaient dactyles ^ ùa pierres de la foU' drey sont des coquilles dont la forme est ordinaireliient coiiique, quelquefois cylindrique, avec la pointe émoussée. D'autres fois, elles sont renflées vers le milieu, ce qui leur a fait donner le nom de fusoliles; elles sont longues de deux à six ou sept pouces et ont de deux lignes à un pouce de dîamètr^. Elles sont ordinairement brunes; cependant, cdmine lebr couleur participe plus ou moins à celle du terrain qui les contient , on en voit de blanches, de jaunes, etc.; leur texture est cristalline, fibreuse, et les fibres rayonnent du centre à la drconférencè. £lles ont à la biie une cavité conique plus ou -moins profonde. Une cannelure, qui règne depuis la base jusqu'à la pointe, et dont l'enfoncement va en diminuant^ fait qu'elles se fendent facilement en long.
Tetraia taffeau. .
Il y a un terrain qui est non-seulemcut favorable aux sources, mais encore il en indique la prt'sence d*une manière certaine quand elles y sont cachées, c'est le terrain tuffeau. Ce terrain, qui porte aussi les noms de terrain tiiffacé, tuf ou travertin, ne forme que des dépôts isolés et peu étendus, fantôl stratifiés, tantôt en masses informes; il a la couleur blanchâtre ou jaunâtre, et est ordinairement cou* vert d'une mousse verte. Il est formé par des sources qui proviennent des rochers calcaires. Tant que ces sources marchent tous terre, elles tiennent en
dissolutioQ des matières calcaires, siliceuses ou ferrugineuses, et aussitôt que ces matières sont arrivées au jour, elles se précipitent, se solidifient peu à peu, et leur solidité augmente avec l'âge. Si cette précipitation s'opère dans un bassin rempli d'eau, il se forme au fond de» couches semblables à celles du terrain de sédiment; mais ai ce dépôt se forme en plein air, on ne saurait y distinguer aucun vestige de stratification. Il est rempli de pores, de fistules, de tubulures et de cavités de toute forme. Ces vacuités ont été laissées par lés mousses et autres végétaux sur lesquels la matière incrustante s'est déposée et concrétionnée, et qui sont aujourd'hui entièrement détruits. La solidité, la légèreté et la disposition à prendre le mortier que possède le tuf, le rendent très-propre à certaines constructions, telles que les voûtes, les cheoiînées, etc. Depuis les époques géognostiques, ce terrain s'est continuellement accru et il s'accroît encore tous les jours. Quelques-unes des sources qui le produisent sont si chargées de matières incrustantes, qu'il suffit d'y laisser un corp^.qinelconquo plongé pendant quelques semaines, pour qu'il soit entièrement couvert d'une croûte de tuf; aussi on y trouve fréquemment des objets d'art, tels que poterii^, verres, fer, etc., des coquilles fluviales terrestrei|,t«ppartenant toutes à des espèces c[ui vivent actuellement sur les lieux, des fragments de boisetde plantes. Les contrées oii ce terrain est le plus abondant sont entre Rome et Tivoli, autour du Larzac (Aveyrou), etc. Chaque dépôt de tuf étant lej>roduit d'une source, qui souvent
n'est piu8 Yisible, est le signe le plus certain de la présence d'une source cachée, qui, obstruant sans cesse son issue, est, de temps en temps, obligée de s'en ouvrir une nouvelle.
La lIolaiM.
La molasse j nommée aussi par quelques-uns nagelllue, ou maciifno, est une roche composée de sable, de calcaire^ d'argile et quelquefois de mica, liés et mêlés ensemble. Sa texture est grenue et assez semblable à celle du psammîte qui se trouve dans le terrain de transition. Elle est ordinairement tendre et même friable, ce qui lui a fait donner le nom qu'elle porte, et quelquefois assez consistante pour servir de pierre à bâtir. Sa stratification est généralement peu distincte et sa couleur la plus commune est grise, verdàtre ou jaunâtre. Elle est le' plus souvent recouverte de poudingue et superposée au grès coquillier, au calcaire fétide ou aux marnes argileuses ; quelquefois, elle est intércalée à ces formations et alterne avec elles. On y trouve des coquilles marines et d'eau douce, des lignites et quel-ques restes de mammifères. Cette roche se trouve à Aiguillon (Lot ct-Garonne), au Perluis-de-Mirabeau (Vaucluse),. dans l'Alsace, surtout dans la Suisse, etc.
Le terrain détritique (1) se laissant facilement pénétrer par les eaux pluviales, en absorbe la plus grande partie, et elles ne s'en détacheul que peu à
(I) Voyez la defcripliun de ce Icrniin, page 87.
peu. Prescpie partout, ce terrain est superposé à une couche d'argile ou de roche imperméable qui a à peu
près la même inclinaison que lui, et souvent une incliuaisou moindre, circonstances qui le rendent très-propre à la découverte des sources.
Les grès et sables Tertjs, les grès meulières^ le calcaire spathique, le calcaire à eérites, le calcaire d'eau douce, les marnes vertes, sont encore des terrains favorables à la production des sources, lorsqu'ils se trouvent dans des positions convenables. Les terrains d'alluvion et d'atterrissement offrent des nappes et des courants d'eau nombreux et puissants^ surtout quand ils sont entrecoupés de couches imperméables et peu inclinées.
CUAPITAË XX.
TBRRAIKS D^AVORABUSS A LA DÊCOUVBmrB DES SOURCES.
La connaissance approfondie tics terrains défavorables aux sources est aussi nécessaire à Tliydroscope qoe celle des terrains favorables. Aa moment de chaque opération, il doit avoir présent à Tesprit tous les caractères qui distinguent les uns des autres, afin de pouvoir faire l'indication avec sécurité si les probabilités de réussite sont beaucoup plus fortes cl plus nombreuses, et de s'en, abstenir dans le cas contraire. Je vais donc décrire brièvement les principaux terrains défavorables à la découverte des sources, continuant de recommander l'étude assidue des traités de géognosie qui, par leur grande étendue, peuvent donner sur ce sujet des notions plus complètes, et surtout d'étuiNer ces terrains sur place.
11 y a des terrains qui sont défavorables à raison de leur constitutiou, savoir : quelques terrains calcaires, les terrains volcaniques, quelques terrains friables, et d'autres le sont à cause de leur disposi-
tion; tels sont : lescallines affaissées, les éboulements et glissements, les coteaux dont les assises reposent sur leurs tranches, ceux qui présentent les tèles des strates et ceux qui ont plus de 45 degrés de pente.
Les calcaires dans lesquels on doit généralement s'abstenir d'indiquer des sources sont : les calcaires à bétoires, les calcaires caverneux, les calcaires cellulaires et les dolomies.
Calcaires à Bétoires.
Dans un grand nombre de terrains calcaires, quelquefois dans les terrains de lias et de keuper, on voit des creux circulairesou elliptiques, en forme de
cirques ou d'entonnoirs, que l'on appelle, dans le nord de la France, bélhunes; dans la Normandie, bétoireSj boitouta ou boitards ; dans la Franche- Comté, garagaSsy et dans le Midi, des eloupg. Ces sortes de creux n*ayant pas encore de nom généralement adopté dans notre langue, je les nommerai bcioires.
Ces creux ont été formés, les uns pendant la re« traite des eaux de la mer, les autres postérieurement cl en divers temps. L'on en voit encore se déciarm*
journellement. Tantôt sous les pas d*un animal, tantôt sous le poids d'un arbre et le plus souvent pendant les grandes pluies, le terrain s'écroule subitement, et il se forme un puits étroit qui n'a parfois que quelques mètres de profondeur, et d'autres fois il en a plus de cent. Peu à peu les lx)rds de ce puits
se désagrègent, son ouverture s'élargit cl les débris descendent en combler le fond. Lorsque deux puils se forment à peu près dans le même temps et Irèsprès l'un de l'autre, le terrain intermédiaire s'écroule, et la bétoire prend et conserve la forme elliptique. Lorsque après quelque siècles les éboulements ont cessé de combler ces creux, et que les talus en sont parvenus à environ 45 degrés de pente, leur diamètre et leur profondeur demeurent stationnaircs. Dans cet état, les uns n'ont que deux ou trois métrés de diamètre, d'autres en ont jusqu'à 20 ou 30 et quelquefois bien davantage. Ce diamètre est ordinairement double de la profondeur.
Certaines bétoires ont encore leur gueule béanlc et forment des gouffres; les autres l'ont déjà obstruée |)ar les éboulements; d'autres n'ont plus que quel- (jues décimètres de profondeur et sont à peine perceptibles, et d'autres ont été entièrement comblées par les ravines ou par la culture.
Dans certaines localités les bétoires sont disséminées sur des plateaux où elles n'absorbent (juc les eaux pluviales qui tombent sur leur surface; dans d'autres localités elles occupent le fond des vallons, dont les uns sont toujours à sec et les autres conduisent des ruisseaux ou des rivières qui viennent se perdre dans les premières bétoires qu'ils rencontrent; (1) dans d'autres endroits les bétoires sont
(I) Les cours d'eau qui s'cngoulVrenl dans des bétoires sonl exlr<}mcnieul nombreux eu France. Quiconque voudra continuer de suivre le vallon dans lequel le cours d'eau dispa-
placées tîuns le fond d'un vasle bassin dont elles absorbent les eauv et qui, sans elles, formerait un lac de plusieurs kilomètres de traversée.
Les bétoires ne sont pas du tout disséminées au hasard, comme pourraient le croire les personnes qui ne les ont pas observées attentivement ou qui n'ont aucuae connaissance de l'hydrographie souterraine : elles sont au contraire placées dans un ordre assez régulier. Si le plateau présente un vallon principal, quoique très- faiblement déprimé, on y voit mie série de bétoires constamment placées dans la ligne de son thalweg. On peut les suivre depuis l'issue du vallon jusqu'à son origine. Si, en montant par le thalweg de ce vallon, on remarque à droite ou à gauche d'autres vallons qui viennent y afQuer, on voit dans chacun de ces vallons secondaires une série de bétoires placées l'une à la suite des autres et qui en occupent toujours le thalweg, (i) Si le long
lait, cl, le vallon s'ellacc, marcher dans la direction ({n'indiquent le cours d'eau visible el la pente générale du terrain, j>eul être assuré de trouver, plus ou inoins loin, le débouché du cours d'eau (jui a disparu et de le voir considérablemeul augmenté. Quchiucfois il s'épanche dans le bout d'un vallon profond, d'où il se rend à la rivière voisine, et le plus souvent il s'épanche au bord même de la rivière.
La prodigieuse quantité d'oan, que les rivières el ruisseaux envoient sous terre, a fait imaginer à quelques hydrographes, qui ne s'étalent jamais donné la peine d'aller en chercher les issues, que toutes ces eaux se rendent dans un immense abinie qui existe au centre du globe. Voyez Woodward, Kircher, Dick^ion el autres.
(1) Peudant mes voyages, lorsque j'arrivais snr un plateaa
du vallon principali ou d*an vallou secondaire, on rencontre une bétoire isolée^ c'est parce que le pli de terrain ou affluent qu*eUe réprésente, est trèscourt. Quant aux bétoires qui sont sur les sommets ou crêtes des collines, elles ont dû se former lors de la retraite des eaux de la mer.
La régularité avec laquelle les bétoires sont alignées sur le thalweg de chaque vallon prouve que, sous chaque rangée de bétoires, il existe un cours d'eau permanent ou temporaire, qui les a successivement produites; car i"" tousles cours d'eau souterrains, dans les passages étroits ou rapides, corrodent et minent plus ou moins les parois de leurs conduits, et, chaque fois que les supports de leur \oiite viennent à manquer, elle s'écroule, entraine le terrain qu'elle supporte^ et il s'opère, à la suiilce du sol, un enfoncement qui n'est autre chose que le puits dont nons venons de parler. 2^ Dans certains vallons, lors des grandes pluies, le conduit souterrain que je dis exister sous les bétoires ne pouvant suffire à Tccoulement du cours d'eau, on voit des colonnes d'^u sortir par les bétoires et quelquefois s'élancer hora de terre à plusieurs mètres de hauteur. 3* En appliquant l'oreille sur rorifice de certaines bétoires^ ou entend bruire le cours d'eau qui passe au
à bétoires, où je n'avais plus été, et que je pouvais, en voir seolemeot deux ou tjrgii de saile placées dans un thalweg, soit vers le commencement, soit vers la fin d'un vallon, je désignais de loin et avec précision tontes les bétoires qoi se trouvaient dans ce vallon et que je ne voyais pas j ce qui étonnait les gens instruis comme les ignorants*
fond. 4* Lorsque, parsuited'unor«igeèxtraonlinaire, lise forme à la surface d'un valloirà bétoiresun
cours d'eau momentané, si les premières béloires ne peuvent pas Fabsorber, il continue de pai'courir la ligne qu'elles forment en versant dans chacune d'elles une partie de ses eaux, jusqu'à ce qu'il soit entièrement absorbé; il y a donc sous terre et sous là ligne que forment les bétoires, un conduit qui reçoit successiveraenl les différentes parties du cours d'eau qui marche à la surface. 6" Certoins propriétaires^ i^n de faire disparaître ces creux du milieu de leurs champs, les ontcomblés ; mais presque toujours, lors des premières fortes pluies, renfoncement s'est reproduit; le cours d'eau souterrain avait donc entraîné à la base de la colonne du terrain aOaissé autant de terne que le propriétaire eu avait déposée en haut.
Quoiqu'il soit hors de doute que sous chaque série de bétoires il y a un cours d'eau souterrain, dont l'importance augmente avec la longueur et le nombre des afiluentsy je régarde néanmoins comme défavorables à la découverte des sources tous les terrains à bétoires, à cause de leur trop grande profondeur. Vers l'origine des vallons et vers leur embouchure avec la rivière, en creusant dans les bétoires mêmes, les cours d'eau peuvent être atteints au moyen de puits de 5, 10 ou 15 mètres de profondeur ; mais, dans la plus grande partie de leur parcours, leur profondeur est bien plus considérable. On est le plus souvent oblige de creuser jusqu'au niveau de la rivière dans laquelle les cours d'eau se
jetteoti moîiis la hauteur quie pçut donner la peste du cours d*eau, qui est à peu près la même que celle des ruisseaux qui marchent è découvert. Aussi, à la
vue des dépenses considérables que causent des puits aussi profonds et de la grande difficulté d'en tirer Teau, je n'en ai £ait établir qjne dans uxi petit noui'^
hre de localités. r ^i>.^^
Calcaires caverneux.
Les cavernes ou grotte^f sont des cavités souterraines, spacieuses et considérablement prolongées.
Une excavation verticale, formée par la nature, est appelée puits naturel ou abhne, selon sa profondeur. Les cavernes sont ordinairement horizontales, et, si ron fait abstraction de quelques légères-déviations, on voit que, dans l'ensemble de leur longueur, elles s'écartent peu de la ligne droite et horizontale. Si la cavité ne pénètre pas assez avant dans la montagne pour mériter le nom de caverne, et qu'elle n'ait que quelques mètres de longueur et de largeur, on la nomme osilre. Si eHe n'a.qu'un médiocre diamètre, tel, par exemple, qu'il le faut pour qu'un homme puisse y marcher librement, et n'a aucune concavité notable, on la nomme galerie. Si elle n'a qu'un très-petit diamètre, on la désigne par le nom de bùym sottieirram.
Le nom de caverne ou grotte n'est ordîoairement appliqué qu'à des cavités qui ont plus d'une vingtaine de mètres de longueur, et qui sont d'une largeur et d'une hauteur considérables. Oo eu con-
naHqui ont 2 ou 3 inyriamètres de longueur, qui ont des salles de 30 h 40 mètres de hauteur, en sorte que ces salles sont plus spacieuses que nos plus grandes cathédrales. 11 en est qui ont les côtés parallèles entre eux, la voûte parallèle an 9o\y et qui forment ainsi des corridors à peu près réguliers; mais elles sont en très-petit nombre. Presque toutes au contraire sont sinueuses, et leurs côtés entre eux, ni la voûte avec le sol, n'olîrent aucun parallélisme; les deux côtés^ la voûte et le sol, s'éloignent et se rapprochent alternativement; en sorte qu'une caverne se compose d'une suite de salles placées l'une au bout de l'autre et communiquant entre elles par des couloirs, quelquefois si resserrés, qu'on ne peut y passer qu-en rampant. Chaque salle est ordinairement allongée dans le même sens que la grotte ; la voûte est cintrée, et, à partir du milieu, elle va en baissant jusqu'aux orifices des deux couloirs qui sont uu à chaque bout de la salle; les deux côtés vont aussi en se rapprochant jusqu'aux mêmes orifices. Presque toutes les cavernes ont plusieurs ramifications qui se détachent de la principale, ci vont former d'autres séries de salles de toute dimension.
Les grottes excitent au plus haut degré la curiosité du public par les admirables concrétions dont elles sont décorées, par les débris d'animaux qu'elles contiennent et par les courants d'air qu'on y éprouve ; mais ces objets n'influant en rien sur les cours d'eau souterrains, il serait inutile d'en parler ici.
Les terrains primitifs et ceux des dernières formations renferment très*rarement des cavernes nar
turelles; elles se trouvent en très-grand nombre
dans le calcaire jurassique, dans les grands depuis de craie, dans les basaltes et autres éjections volcaniques. Dans le département du Lot, où le calcaire jurassique forme la principale partie du sol, on compte 155 grottes plus ou moins remarquables.
Certaines grottes ont été produites par l'affaissement ou le soulèvement d'une des deux roches qui en forment les côtés; d'autres, par Taction éro&ive des courants d'tQ|i^r)|iî|i^rrains, qui ont peu à peu détaché et entraîné les parties tendres ou solubles des masses calcaires; d'autres, par des volcans, par Vexi^ plosion des gaz souterrains et les tremblements de terre, qui ont disloqué les roches ^ d autres, par le retrait des roches, lorsqu'elles passèrent de l'état fluide à l'état solide. La plupart ont été produites par plusieurs de ces causes.
Le nombre des cavernes connues n'est rien en comparaison de celles qui sont ignorées. Eu eiïet, on n'a qu'à se représenter que chaque source imppr^ tante qui sort du terrain calcaire et dont le volume est de plus d'un demi-mètre de diamètre, ne peut se former et marcher sous terre qu'au moyen des cavernes ; que son point de départ est à plusieurs lieues de distance; qu'elle a reçu dans son parcours un grand nombre de cours d'eau accessoires qui lui ont été amenés chacun ^mt une grotte qui a plusieurs ramifications. De ce que les eaux qui marchent dans les grottes ne font éruption sur aucun point du bassin qui fournit la source, pas même lors des grandes pluies- et fontes de neige , il s'ensuit que toutes les
grottes conductrices des sources ont des dimensions assez grandes pour les laisser Kbrenient circuler, et sans beaucoup hasarder, on peut bien conjecturer que les grottes inconnues sont généralement semblables à celles qui sont connues.
La présence et la direction des cavernes sont évidemment indiquées : I* par les itinombrables séries de bétoires dont nous avons parlé ; 2" par les \apeurs aqueuses qu'exhalent parfois un grand nombre de bétoires ; 3" par les affaissements du sol et les nouvelles bétoires qui se forment de Stemps en temps^ 4* par les courants d'air que certaines grottes trèsspacieuses aspirent ou expirent avec bruit par des soupiraux étroits ou des fentes de rocher. Celui qui parcourt et examine attentivement les contrées à bétoiresy quel nombre prodigieux de cavernes ne re^ connatt-il pasi sur combien d'abtmes, recouverts d'une mince \oùte, ne marche-t-il pas !
L'entrée des grottes est ordinairement dans des escarpements ou des coteaux à pentes rapides, et à toutes les Jiauteurs. Les grottes qui sont placées à des hauteurs notables, comparativement aux rivières voisines, sont à sec ou ne renferment que des amas d*eau immobiles; celles au contraire qui sont au niveau des rivières ou très-peu au-dessus, renferment ordinairement des flaques, des lacs ou des cours d'eau, dont les uns suivent les cavernes dans leur • longueur, et les autres ne font que les traverser. ' '
Cette remarque, jointe à celle que j'ai faite au sujet des bétoires, fait connaître que, dans les terrains caverneux, les sources sont à de très-grandes profon«
deurs ( I \ et qu'au lieu de sources, on n'y rencontre souvent que des abtmes, qui ont quelquefois des pro«
fondeurs iacommensurâbles.
(1) Un certain nombre de propriétaires qui étaient abso- Inment privés d'eau, parce que leurs maisons étaient situées sur des plateaux de calcaire cayemenz, n'ont pas hésité à me demander l'indication des sources, qooiqa'eUés leur fussent annoncées à de très-grandes profondeurs, et à «aécUf ter les. travaux, quoique dispendieux. Les résultats qu'ils ont obtenus ont été aussi conformes aux prévisiions que dans les antres terrains. On peut voir entre autres ceUe dont le journal VEHafettê, dans sou numéro du 25 mars 1837, rend compte en ces termes :
« Divers journaux de Paris ont déjà parlé de M. l'abbé Pa- « ramelle et se sont plu à rendre justice à son grand talent « en géologie. Volll un trait, entre beaucoup d'autres, qni a prottvenr jusqu'où vont seà connaissances daiâs cette science.
«.Appelé en 1835 dans le département de la Vienne pour « y indiquer des sources, dont le besoin est très-grand dans « plusieurs parties de ce département, M. ParanMlle se rendit a dans le canton de Saint-Savin, et fit diverses indications, a une, entre autres, dans une propriété appelée le Breuil, près « de la petite vflle de Saint-Savin. 11 annonça au propriétaire « qu'il y avait une source excessivement abondante , mais « qu'elle était à une énorme protadeor. fl indiqua qu'après « quelques pieds de terre végétale on tronTeratt une roche a calcaire.irrégulièrement stratifiée^ qu'à la naisaanee de cette < roche il régnerait une crevasse plus ou .moins large, se dic rigeant du couchant au levant, laquelle crevassç devait sie a trouver par le milieu de l'excavation à faire, et ne cesserait « qu'à l'approche de la source qui serait encore indiquée pir « un banc de rocher massif sans fissures verticales, sous lea quel se trouverait une grotte allant du coudtant an levant, « dans laquélle coulait la source annoncée, u A[ lis avoir rencontré très-exactemeut les indications
Calcoifes cellulaires.
Le caleaîre cellulaire tire son nom des innombrables tubulures ou yacuités que renferment les
roches qui le composent. Il est mêlé de silice d'une grande dureté elle plus souvent stratifié. Toutes ces cavités affectent la forme ronde. Quelques-unes sont à peu près cyllndriquesi perpendiculaires aux surfoces des assises qu'elles traversent, et représeiitent assez bien les traces que laisseraient après elles des bulles de gaz qui se dégageraient d'une matière visqueuse. On en voit beaucoup d'autres qui sont tortueuses, sinueuses, qui ne traversent la coucbe qu'en partie, se dirigent dans tous les sens, entrent f une dans l'autre ou s'cntre-croisent. On en voit aussi qui forment de simples géodes sphéroïdales, ovoïdes ou amygdaloïdes. I^s diamètres de la même tubulure, et d'une tubulure à l'autre, varient depuis un millimètre jusqu'à un mètre, ét quelquefois davantage. Quelques-unes de ces roches sont si cariées, que les vides leur oient plus de la moitié de leur poids. Cette roche est blanchâtre ou grisâtre^ à cassure raboteuse, et se trouve priacîpalement sur les sommets des col*. Unes calcaires, et dans quelques endroits elle y recouvre des plateaux fort étendus.
« faites par M. l'abbé Paramelie,à 134 pieds de profondeur, les « ouvriers viennent de meUre à découvert la grolte annoncée, a dans laquelle coule efTeclivement une source excessivement a abondante. Le diamètre du puits est de A pieds 2 pouces. Il « y a œaiûteaaDl 35 pieds d'eau, et elle monte encore. »
Cette simple description du calcaire cellulaire fait
assez pressentir à rélève hydroscope qu'on ne peut y trouver la moindre source (1 ), à moins qu'après avoir examiné le pourtour de ce dépôt, ou avoir creusé un puits d'essai, il ne reconnusse qu'il est superposé à une eoucbe aquifère que Ton pourra atteindre sans creuser trop profondément.
(!) Dans le mois de wu^ 1833, m'étant rendu an ehâteaa de M* Vialard-VeniheiïSlpuurc de Guliu (Dordogne), oe magûtrat me dit : M<Mi8iear, je vem, s*il est poMiUsi trouver une loiiree dans ma cour ou dans mon jardin ; hors de là je n'y tiens pas, Ia oour et le jardin sont & mi-eôle, entaillés dans une rocbe de calcaire cellulaire, dont se compose tonte la eottiÉe.|t1^teai des lieux étant fidt, je loi dis : Monsieur, àÊmif;g$ ml^ ^ÊÈÊ le jardin il n'y a pas la moindre source; ^ ^P^If>li||■Bika d'Ici se trouverait À-liant dans ce champ de blé| à*«^e qumsaine dd pas de ce pommier. H. Yialard- Vemhès ne répondit rien ; mais il me oondaisit dans un cola de sacour, dos de murs, et me dit : Monsieur, vous ne trouves de source ici, cependant, voyez celle-M.' Je vis, en effet, sortir par une tubulure de la roche une belle source, formant cascade et entretenant un joli tapis de mousse firatcbe et verdoyante. Mais me souvenant tont.à coup que le calcaire cellulaire ne peut ni produire ili conduire de cours d'eaa, je ré« poudis : Monsieur, ce beau jet d'eau ne provient pas de cette roche, je ne sais d'où il part ; mais il est conduit 11 de main d'homme. A ces mots une diiaine de personnes, qoi avaient assisté à mon opération, se mirent à battre des mali». Monsieur, me dit ce propriétaire, jusqu'ici font le monde s'y est trompé nous laissions croire à tous les étrangers que cette source naissait dans cette roche; mais elle n'y naît pas, elle y arrive par un aqueduc en terre cuite qui part précisément d'auprès du pommier que vous nous avez désigné, et qui ar^ rive derrière cette roche agreste dont on n'a pas touché la
La Dolomie.
La dolomie est une roche d'apparence simple, composée de carbonate de chaux et de magnésie* Aux époques géognostiques, des roches calcaires ayant été pénétrées de magnésie ont complètement
changé de nature et de structure. La stratification, les joints des couclies, tous les débris des fossiles qui ccuractérisent le calcaire oui disparu, et les nouvelles roches, produites par cette transformation, constituent les dolomies. Elles forment d'immenses fragments, même des montagnes qui ont jusqu'à. 300 mètres de hauteur, et qui sont généralement à pentes abruptes. De distance en distance les masses sont séparées par de larges fentes verticales, et par« semées de tubulures et de cavités qui n'obserreut aucun ordre de forme, ni de position, ni de direction. La texture de celte roche est lamellaire, grenue ou saccaroïde; sa couleur est ordinairement d'un blanc très<-prononcé, cependant en Angleterre elle est jaunâtre. Elle est tantôt solide, et même trèsdure, tantôt friable, et fait effervescence avec les acides, mais beaucoup plus faiblement et plus lentement que le calcaire ordinaire.
face «Qq de mcnager à ce jet d'eau, toute Tapparence d'une fontaine naturelle. Vous allez me deouuider pourquoi je yous ai appelé, ayant nne si bdle source daoa ma pour : c'est parce que l'aqueduc «jui la conduit est tout pourti. Si j'avais po en trouver une pailr'lci, j'aurais épargné les Jrais oeosidérables que me co(^tera l'aqueduc que je vais être obligé de retire à Veuf,
Digitizoa
L'absolue imperméabilité des masses* dolomiti* ques, et la disposition de leurs fentes Terticales, font connaître évidemment que les eauT de la pluie, ni celles que des rigoles pourraient amener sur ces masses, ne sauraient les pénétrer, qu'elles ne peuvent que. s'insinuer, se précipiter dans les fentes, et s'ar-. rêter quand elles^nt parvenues à peu près au niveau de la rivi^ipp voisine.