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CHAPITRE XXIV

SOURCES MII«£RALESy THERMALES ET INTERMITTENTES.

L'eau de toutes les sources est essentiellement la même. Ses diverses qualités ne sont dues qu'aux dif* férents corps hétérogènes (1) qu'elle tient en dissolution et qui modifient sa pesanteur, sa saveur, sa couleur et son odeur. Il n'existe pas de source parfaitement pure : celles qui sont réputées approcher le plus de l'état de pureté sont les sources d eau vivey qu'on nomme aussi eau déroche, parce qu'elles sortent des rochers après s'y être filtrées dans des sables ou des masses granitiques. Cette eau est d'ordinaire la plus légère, puisque le pied cube ne pèse qu'environ 70 livres (2) ; elle bout plus promptement sur le feu que toute autre et se refroidit plus vite; elle dissout facilement le savon, et les légumes

(1) Taies sunt aquœ^ gwUis (erra per quam fiuunt, Pliii6| Bist, nat,, lib. XXXI.

1^ (2) L'eau la pli» chargée pèse 7â livres le pied c»be, et la pluê légère 70.

y cuisent (plus promptement. Quand elle coule sur terre» elle y produit du cresson de fontaine et d'autres herbes qui conservent leur verdure toute

rannce. Après les sources qui sortent des granits, les meilleures à boire et les plus saines sont celles qui coulent dans les porphyres, les micaschisteS| les trapps, les calcaires purs et les sables.

Sources minérales.

On donne vulgairement le nom de sources minérales à celles dont les eaux sont froides et chargées

de dissolutions salines, terreuses ou métalliques, en quantité suffisante pour produire une action notable sur l'économie animale. On décide communément de la qualité d'une source par le principe qui domine dans ses eaux ; ainsi on lui donne le nom de source salée^ sélémteuse, sulfureuse^ vitrioliquey ferrugineuse, biturnineuse, etc., parce que ses eaux, dans les couches qu'elles ont traversées sous terre, ont trouvé, dissous et entraîné en abondance des parties de sel, de sélénite, de soufre, de vitriol, de fer et de bitume.

La chimie fournit les moyens les plus sûrs pour découvrir la composition des eaux et la nature des mélanges. On trouve, dans tous les ouvrages qui traitent de cette science, les analyses d'un certain nombre de sources connues. Les substances signalées dans chacune des quarante-cinq analyses que j'ai sous les yeux sont au nombre de quatre à.quinze. Comme les chimistes sont rares, et que très-peu de

personnes recourent à eux pour faire analyser les

eaux dont elles se servent , je crois devoir indiquer ici quelques moyens qui peuvent mettre la plupart des lecteurs à même de connaitrê quelquesunes des substances qui sont contenues dans les eaux.

De ce qu'une eau est claire et limpide, on ne doit pas conclure qu'elle est exempte de toute substance hétérogène; car les parties salines dissoutes et les parties minérales décomposées sont souvent si subtiles, si atténuées et si divisées, qu'elles sont suspendues dans l'eau d'une manière imperceptible, et ne lui font rien perdre de sa transparence.

Les bulles d'air, qui s'échappent continuellement du fond de certaines fontaines et s'élèvent jusqu'à la surface de Teau, annoncent que la source est gazeuse ; la couleur blanchâtre de l'eau est un indice de particules crayeuses ou gypseuses; la couleur blanc-jaunâtre est l'effet du charbon fossile ; la couleur noire indique la présence de Tasphalte ou de la craie noire. Lorsque Feau est rongeàtre à la surfiice seulement, elle dénote quelque substance animale, et lorsque la rougeur en occupe toute la masse, elle doit charrier du bol ou de l'ocre; la couleur verte indique la présence du cuivre ou du vitriol; la cou- ' leur vert-jaunfttre,' celle du soufre ou du fer mêlé avec du cuivre ; la couleur bleue, celle du cuivre ; la couleur jaune-noiràtre, celle du fer.

Le goût de rouille annonce dans Feau la présence du cuivre; le goût de l'encre, celle du vitriol. Le goût de sel, de soufre, de tourbe, etc., fait con-

naître que la source a traversé des dépôts ou couches minérales de sel, de soufre, de tourbe, etc.

Une odeur d'ail marque une source arsénicale, et Todeur de^ œufs pourris, le soufre.

Les eaux de source, pour être salubres, ne doivent pas contenir de matières animales ou végétales corrompues, et ne doivent avoir que la moindre proportion possible de sulfate de chaux. Les eaux séléniteuses, c'est-à-dire celles qui contiennent des quantités notables de ce sel calcaire, se reconnaissent à la difficulté qu'on a d'y faire cuire les légumes et d'y faire dissoudre le savon, dont une partie se caillebotte par la combinaison de son huile avec la chaux sulfatée. On doit généralement s'abstenir de boire toute eau de source qui est colorée, qui répugne au goût ou à l'odorat.

La plupart des sources se troublent plus ou moins à chaque forte pluie ou fonte de neige. Elles sont, en général, d'autant plus claires qu'elles marchent plus profondément sous terre. Les eaux pluviales, en ruisselant sur la surface du sol, se chargent d'une grande quantité de particules terreuses et végétales, qu'elles déposent peu à peu en s'enfonçant dans la terre, et, lorsque le cours d'eau souterrain dans lequel elles se rendent est à une profondeur considérable, elles y arrivent entièrement percolées et limpides; mais si le cours d'eau est peu profond, elles y arrivent imparfaitement percolées ou ne l'étant pas du tout, et alors elles marchent et s'épanchent chargées de tous les débris qu'elles ont entraînés. Cela arrive surtout aux sources qui proviennent de

régions à bétoim : quoique leur conduit soit à une

grande profondeur, les eaux pluviales s'y précipitent, y marchent et ressortent sans avoir subi aucune percolation; elles peuvent» tout au plus, y rencontrer quelque flaque d'eau où elies^ peuvent déposer une partie des matières qu'elles tiennent en suspension.

Les sources qui se iorment et passent sous des bois, des prés, des pâturages et autres terrains incultes, lors même qu'elles sont peu profondes, sont toujours limpidës, parce que leurs conduits étant toujours les mêmes et étant lavés depuis longtemps, elles ne se chargent d'aucune impureté; mais celles qui proviennent de terrains cultivés, tels que les ebamps, les vignes, etc., et qui mardiMit à une faible profondeur, se troublent toutes fes fois qu'il pleut ; parce que la culture est la cause principale et incessante du trouble des fontaines.

Le moyen de prévenir cet inconvénient se présente quelquefois lors de l'indication. Si on a le libre choix entre deux sources, dont on prévoit, d'après ce qui vient d'être dit, que l'une sera bourbeuse et l'autre claire, il n'y a pas de doute qu'il faut choisir la dernière ; mais si la source qui se ti^ublc est déjà ea évidence et à Tusage des maisons, je ne connais pas d^autre moyen pour IsT rendre claire que de laisser incultes toutes les terres qui composent son bassin, moyen qui est presque partout impraticable, ou d'en clarûler les eaux avec des filtres.

Sources thennales.

Lesfsources d'eau chaude ou thermales, présentent tous les degrés de chaleur depuis Teau bouillantOi qui est de 100 degrés, jusqu'à la tempérée, La source de Gauterets a 36 degrés de chaleur; celle de Barèges, 48; celle de Balaruc (Hérault), 53 ; celle de Bagnères-de-Luchon, 56.

A Chaudesaigues (Cautal), les habitants trempent leur soupe avec les eaux de la source thermale assaisonnées, et sans les faire chauffer davantage. Us ' y font cuire leurs viandes ; les œufs s'y durcissent dans quelques minutes, et leurs maisons sont chauffées au moyen de conduits établis sous les pavés.

Jusqu'à la fui du siècle dernier on a généralement attribué la chaleur des sources thermales à des pyrites, à des bancs de craie ou de pierre à chaux, ou à des volcans; mais, depuis que les géologues ont publié leurs observations sur ce sujet, il est reconnu que les sources thermales qui se trouvent près des volcans en activité sont les seules qui puissent en recevoir une augmentation de température, et que les pyrites, la craie et la chaux, sont des causes évidemment trop faibles et trop épuisables pour produire des effets si grands et si constants. £u effet, depuis bien des siècles qu'on observe ces eaux, on leur a toujours trouvé à peu près le même volume, la même composition, la même saveur et la même température. J.os grands froids, les grandes chaieurs, les grandes pluies et les grandes sécheresses,

qui rendent les sources ordinaires si variables, ne causent presque point de changement dans la température ni dans le débit des sources thermales. D'ailleurs, ces sources arrivent toutes à la surface du sol par un mouvement vertical, et on les trouve dans toutes sortes de terrains et de positions. La plupart sont même fort éloignées des terrains volcaniques.

Les eaux thermales proviennent donc des profondeurs du globe, où elles puisent leur température, et les différents degrés de chaleur dont elles sont douées sont dus aux profondeurs , plus ou moins grandes, d'où elles proviennent. 11 est aujourd'hui admis par tous les physiciens et géologues que la terre a une chaleur propre qui augmente d'environ un degré par 25 mètres de profondeur (i),

(1) a Des expériences certaines et rcitérces nous assurent o que la masse entière du globe a une chaleur propre et tout a à fait indépendante de celle du soleil. Celle chaleur est « constante en tout lieu pour chaque profondeur, et elle paraît a augmenter à mesure que l'on descend. » Huffon, Epoqtjxs de la natui^e. Discours prélim.

a Si on s'enfonce en allant vers rintcricur du globe, on y a trouve la chaleur croissant progressivement et dans un « rapport assez rapide. Aux mines de Freyberg, la tempé- « rature s'élève à mesure qu'on y descend, et à 300 mètres « de profondeur, elle excède d'environ huit degrés celle de la « surface du sol. Celle augmentation est d*un degré par 37 « mètres d'enfoncement, 35 au moins. » D'Aubuisson, Géognosie, l. 1", p. 450, 453 et 458.

M. Cordier, dans son Essai sur la température de la terrCj a publié en48''28, se résume ainsi :» 1" Nos expériences contira ment pleinement l'existence d'une chaleur interne qui est

et que Peau ordinaire qui s'enfonce dans la terre acquiert 4 degrés de chaleur par 1 00 mètres de pro«

fondeur. Le degré de chaleur d'une source étant connu, on peut connaître h peu près de quelle profondeur clic \ient; si, par exemple, une source thermale a 20 degrés de chaleuf) il s'ensuit qu'elle proTÎent de 500 mètres de profondeur; si elle en a 40, elle \ient de mille mètres, et si l'eau a 100 de* grés de chaleur, et que, par conséquent, elle soit bouillante^ (supposé qu'il existe une telle source quelque part), elle proTÎent de 2,500 mètres de profoiideur. *^

Ces données souffrent exception partout où unèsource thermale reçoit sous terre une source ordinaire qui vient Taftiédir proportionnellement à la, quantité d'eau qu'elle lui fournit. ' U

Sources intermittentes et intercalaires.

L'écoulement des sources intermittentes et intercalaires a, dans tous les temps, vivement piqué la curiosité des savants et de ceux qui ne l'étaient pas.

Les sources intermittentes sont celles qui, indé-

« propre au globe terrestre, qui ne tient poinlà Tinfluence des a rayons solaires, et qui croît rapidement avec les profondeurs. < L'accroissement est certainement plus rapide qu'on ne Tavait a supposé: il peut aller à un degré pour 45 mètres, et même c 13 en certaines contrées : provisoirement le terme moyen ne ff pevt pas être fixé à moins de S5. »

On peut encore voir sur la température intérieure du globe WA. de Humbold, Gensanne» Sauscure, Rozet, Fourier et autres.

pendamment des saisons, coulent durant certains intervalles et cessent entièrement de couler pendant

d'autres ; autrement dit, qui paraissent et disparaissent al ternati veinent et pendant des temps déterminés.

Les sources intercalaires sont celles qui, à des intervalles fixes et indépendante des saisons, rendent alternativement des quantités d'eau différentes.

Les sources véritablement intermittentes ou intercalaires sont celles dont l'intermission ne dure que quelques minutes, quelques heures, ou quelques jours. Celles dont les apparitions et disparitions durent des mois ou des années, ou dont les variations dépendent des pluies ou de la fonte des neiges, ne sont jjas mises au nombre des sources intermittentes, ni des intercalaires ; on les nomme iempo^ rmres,

La cause de ces variations singulières ayant toujours (Hé cachée à nos yeux, les physiciens qui ont entrepris de l'expliquer se sont livrés a des suppositions bien diverses.

Les uns ont attribué ces variations à des bouffées de vents souterrains.

Les antres ont avancé que l'intermittence des sources est causée par le ilux de TOcéan, les mers méditerranées n'ayant point de flux sensible. Us citent à l'appui de cette opinion quelques sources situées tout à fait au bord de la mer ou à quelques dizaines de mètres de distance, qui haussent et baissent avec elle. Ce fait, bien simple, n'a aucun rapport avec les sources intermittentes, qui sont sou-

Oigitized

yeùi situées à des centaines de lieues de distance ei

à des centaines ou à des milliers de mètres au-dessus du niveau de la mer. Le désaccord qui existe entre le flux de la mer et les diverses sources intermittentes aurait dû seul et de prime abord faire rejeter cette hypothèse ; car la durée du flux est d environ six heures, et, parmi tant de sources intermittentes qui sont connues, on n'en citerait peutêtre pas une dont la période ait exactement cette durée. De plus, i4ntermission des diverses sources oftrant toutes sortes de durées, depuis quelques minutes jusqu'à quelques jours, on n'en trouverait peut-être pas deux dont la durée soit rigoureusement la même.

D'autres, pour se mettre en état de donner de ce phénomène des explications fondées sur des faits, ont tenté de prendre, comme on dit, la nature sur le fait. Ils ont, à partir du débouché de la source, pratiqué une galerie plus ou moins longue, qui suivait pas à pas son conduit souterrain; mais on n'en cite pas un qui ait été assez heureux pour voir fonctionner ce mécanisme sous terre. Leur curiosité n'a souvent abouti qu'à détruire à jamais un phéno^ mène qui était la merveille du pays.

A défaut d'observation directe, les physiciens ex« pliquent l'intermittence des fontaines par le jeu du syphon, dont le mécanisme est parfaitement connu, et, atîn que tous les lecteurs soient en état de com^prendre ce qui va être dit, je vais faire connaître la forme et le jeu de cet instrument. • .

\]aayphon est un simple tuyau courbé ABC, doi4 une branche AB est plus courte que Taulre BG. Pou? bire usage de cet instrument, on place Teifrénuté A de la courte branche dans un ^ase D, ou bien oh

rajuste à une ouverture latérale A du vase. On verse dans le vase de l'eau ou tout autre liquide. A mesure que Veau s'élève dans le vase elle s'élève aussi dans la courte branche AB. Dès qu'dleest par« venue à la hauteur de la courbure B, elle se met à monter rapidement par la courte branche AB, et à descendre par la longue branche BC. L'eau continue de s'échapper par le tuyau, et le vase de se vider jusqu'à ce qu'elle ait baissé au-dessous de l'ouverture de la courte branche À. A cet instant Técoulement cesse. Chaque fuis qu'on réitère cette opération, on obtient le même résultat.

Il est indiflérent que ce tuyau soit en verre» en métal ou en bois, qu'il soit gros ou mince, que sa courbure soit arquée, angulaire ou bizarrement tortueuse. Pour qu uu syphou puisse jouer, il /aut que

son débouché C soit plus bas que le niveau de l'eau contenue dans le vase.

D'après ces données, qui sont confirmées par toutes les expériences et admises de tout le monde, pour expliquer comment une source peut alternativement verser une certaine quantité d'eau et cesser pendant des intervalles réguliers, on a été forcé de supposer que l'eau de cette source rencontre sous terre une cavité plus ou moins spacieuse et ensuite un boyau disposé comme un syplion. On peut se représenter ces deux sortes de cavités sous la forme suivante :

Coupe d'une roche renfermant uue fontaine intermittente.

cavité plus ou moins spacieuse servant de bassin. E, source dont les eaux tombent et se rassemblent dans la cavité.

A, ouverture de la courte branche du boyau seulerrala

faisant les fondions d'un syphon.

H, coude ou courbure du boyau.

débouché de la lon^^uc branche du bopu*

Cette cayerne et ce boyau disposé en forme de

syphon étant supposés, il est facile de concevoir et d'expliquer le jeu et le repos de ce syphon souterrain. Lorsque le bassin Dest vide, Teau que la source Ë y jette s'élève également dans la cavité et dans la courte branche du boyau ÂB; dès que Feau s'est élevée dans la cavité et dans le boyau jusqu'à la plus grande hauteur de la courbure B, elle so met à descendre dans la longue branche BC d où elle cliasse Tair avec bruit, continue de couler, et la cavité de se vider jusqu'à ce que le niveau* de l'eau se soit abaissé au-dessous de Touverture de la courte branche A. A cet instant, l'écoulement cesse, et cette cessation dure jusqu'à ce que l'eau se soit élevée de nouveau à la hauteur B de la courbure du boyau.

La durée de l'écoulement étant dépendante de la grandeur de la cavité, du diamètre du boyau et de la quantité d'eau que produit la source, certaines sources intermittentes coulent seulement pendant quelques minutes, d'autres pendant quelques heures» d'autres pendant quelques jours, et cessent de couler pendant le temps que la cavité met à se remplir de nouveau.

Pour qu une source soit intermittente, il est nécessaire que le boyau ABC entraîne plus d'eau que

n'en fournit le canal d'entretien E; car si ce canal en déchargeait dans la cavité autant ou plus que le boyau ne peut en débiter, l'eau se soutiendrait dans la caveHie à la hauteur de la tîourbure du boyau, et l'écoulement serait continu.

L'écoulement se composant de la quantité d'eau qui se trouve dans la cavité au moment où le syphon

commence à jouer et de celle qui s'y jette pendant l'écoulement, lorsque le canal d'entretien augmente son produit après des pluies abondantes, la cavité se remplissant dans moins de temps, Tintermission est plus courte et l'écoulement plus long. Si au contraire la sécheresse vient à diminuer la quantité d'eau fournie par le canal d'entretien, rintermission sera plus longue et Técoulement plus court.

Cette manière d'expliquer Fintermittence de cer^

taines sources est la seule satisfaisante qu'on ait pu trouver jusqu'ici, et pour prouver que cette cavité, ce boyau, et le jeu qui en est l'effet, ne sont pas des suppositions gratuites, on a construit une machine qui produit parfeitement ce phénomène , et que pour cette raison on a nommée fontaine intermil" tente.

Pour ce qui est des sources intercalaires, c*estàniire celles qui, pendant certains intervalles de temps, donnent plus d'eau que pendant d'autres, on est obligé d'admettre que sous terre la longue branche du boyau intermittent verse ses eaux dans une autre source dont Técouiement est continu; ou, s'il n'y a qu'un cours d'eau, qu'il se bifurque avant d'arriver à la cavité, qu'une branche suit un conduit dont l'écoulement est continu, que l'autre passe par la caverne et le boyau intermittent, et que les deux branches se rejoignent avant d'arriver hors de terre.

Les fontaines intermittentes et intercalaires sont asdez nombreuses dans tous les États. -La plus remarquable que nous ayons en France est Fontestorbe, dans la commune de Belesta (Ariége). Son écoulemont est ordinairement intercalaire depuis le mois de juin jusqu'au mois d'octobre ; maîi^pendant l'hiver, et même pendant les pluies de Vméy il devient continu. Cet écoulement commence tous les trois quarts d'iieure et dure dix-huit minutes. Dans sa plus grande crue il produit environ dix fois .plus d'eau que dans sa plus basse.

L'écoulement de la fontaine du Touillon, près Ponlarlier (Doubs), dure dix minutes, remplit son bassin et disparait complètement, laissant le bassin à sec pendant trois quarts d'heure.

La fontaine de Golmar (Basses-Alpes), coule huit (bis dans une heure, et s'arrête autant de fois, ne \ariant dans les divers temps de Tannée que de six à huit minutes.

La source de Fonsanche, entre Sauve et Quissac (Gard), coule assez régulièrement deux fois dans 25 heures, et éprouve deux intermissions dans le môme temps. Chaque écoulement étant de 7 heures 25 minutes, et chaque intermission, de 5 heures, les écoulements et intermissions retardent chaque jour d'environ 50 minutes.

Le département du Lot a deux fontaines intermit* tentes : l'une à la Mothe-Cassel, dont l'écoulement au^iiiente depuis 10 heures du matin jusqu'à 3 heures du soir, et l'autre à Gigouzac, qui coumience à donner ses eaux avec plus d'abondance vers 10

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heures du soir, et cesse de couler \ers 5 heures du matin.

Les fontaines intermittentes et thermales les plus extraordinaires que l'on connaisse, sont les geysetê ou huer d'Islande, qui paraissent devoir leurs accès,

non à un jeu de sypiion , mais à des amas de gaz mêlés à des masses d'eaux contenues dans de vastes cavités souterraine». Le terrain de cette lie, tout volcanique et entretenant encore un volcan en activité, dégage d'énormes quantités de gaz qui, à des temps indétciminés, enllent les eaux souterraines et les poussent au dehors avec plus ou moins de violence. C'est vraisemblablement à la même cause qu'est due Firrégularité de certaines sources in« termittentes , qui n'observent aucun ordre dans les durées de leur écoulement et inlermission. Ces geysers sont au nombre de plus de 100, groupés dans un espace d'environ une demi-lieue carrée, et situés à demi-lieue de Skalholt. Voici comment M. de Troîl rend compte d'une visite qu'il fit à ces sources (1).

« Les huer ou jets d'eau, qui sont en beaucoup « plus grand nombre, sont plus remarquables. Je « citerai seulement les trois plus curieux. Il y en a un « près Langervatn, lac d'eau douce qui a une lieue

« de circonférence, à 2 journées de l'Hécla : c'est là « que j'ai vu le premier huer ou jet d eau, et je « dois avouer que le coup d'œii en est superbe. Le

(1) Lettres sur V Islande, traduites du suédois, pages 304 et 8uivaate$.

« ciel était serein et le soleil commençait à dorer < les montagnes voisines. Il n'y avait pas de vent, « et le laC| où se promenaient des cygnes, se pré« c sentait à b vue oommé un miroir. Tout à l'en- « tour, on voyait en huit endroits s'élever de ces « sources chaudes des vapeurs qui se perdaient en € Tair.

€ Toutes jetaient de Teau; une, entre autres, « s'élevait en colonne de 18 à 24 pieds de haut, sur

« un diamètre de 6 à 8 pieds. L*eau en était extfè- « meraenl chaude. Nous y fîmes cuire, pour notre « dé|jeuner, un assez gros morceau de mouton, avec m quelques truites saumonées, et des bécassines: « leur saveur n'en (îit nullement altérée. Tel était « le degré de chaleur, qu*au bout de 6 minutes ces « viandes furent cuites presque à tomber en mor- « ceaux.

€ Une description telle que j'aurais souhaité de « pouvoir vous la donner serait encore inférieure « au sujet; mais il est certain que jamais, en aucun « autre lieu, je ne me suis senti plus rempli d'ad- « miration et de vénération pour Fauteur de la « nature.

< Il se trouve à Reikum un autre huer. On assure

« que le jet d'eau de celui-ci s'éleva, il y a quelques « années, jusqu'à 70 pieds de hauteur. Un éhoule- « ment de terre, qui couvre presque toute rouver*- « ture par où l'eau jaillit, est cause qu'elle ne va « pas au delà de 60 pieds.

« Je ne vous ai point parlé. Monsieur, de ce qui « m'a paru le plus remarquable, et que vous aurez,

€ ainsi que moi, peine à croite. Je n'avancerai rien < de plus que ce que j*ai yu^ et j*en garantis par « conséquent l'exacte yérité.

€ Le plus grand jet d'eau qui existe est celui de a Geyser, près de Skalholt, une des résidences épi- « scopales de Tlslande, Ceux de Marly, de Saint- € Gloudy de Vinterkasten, dans le Landgraviat de « Cassai, et de Herrenhausen, au pays de Hanovre, « ne sont rien auprès. Dans un espace moindre « d'une demi-lieue à la rondet on trouve jusqu'à « 50 fontaines bouillantes qui misembiablement € ont toutes la même source. L'eau dans les unes € est claire; dans d'autres, elle est trouble, comme « l'eau de chaux qui dépose; et dans quelques- « unes^ l'eau passe au travers d'une veine d'ocre c qui la rend roiige comme du sang, tandis que € celle des autres fontaines» qui coulent au travers « d'une glaise plus claire, est blanche comme du

lait.

« Toutes ces fontaines forment des jets d'eau, « avec cette difTérence que, dans une partie, elle « jaillit continuellement) et dans Tautrei elle ne le « fait que par intervalles. La plus grande fontaine, « qui est au milieu, fut celle qui nous occupa le « plus. Nous y restâmes depuis six heures du ma- « tin jusqu'à sept heures du soir. Le diamètre du « tuyau qui reçoit l'eau montante est de 19 pieds. « l'en ignore la profondeur. Le cratère qui se trouve « à l'extrémité du tuyau présente la forme d'un « chaudron. Son diamètre est de 56 pieds , lit son c bord| au-dessus de celui du tuyau^ est de 9 pouces.

«i Cette fontaine ne jette pas de Feau continuelle* « ment, mais à différentes reprises dans la jour- € née. Les habitants des environs nous ont assuré « que Teau va beaucoup plus haut quand il ne fait « pas très-froid. Lorsque nous y arrivâmes, nous « \îmes l'eau jaillir jusqu'à dix fois en cinq heures «( à la hauteur de 60 pieds. L'eau ét^t montée au « bord du tuyau ne remplissait le cratère que peu « à peu, et elle débordait à la fin. Nous nous atten- « (lions à un jet d'une grande hauteur, qui n'eut « pas lieu aussitôt. M. Lind, qui nous accompagnait « comme astronome, dressa son quart de cercle « pour en prendre l'exacte hauteur. iDans l'après^ « midi ; à quatre heures et quelques minutes, la terre « trembla ; et cette secousse se fit également sentir « en divers endroits, sur la cime de la montagne, à « 500 brasses de Touverture. Elle fut accompagnée « d'un bruit souterrain, comme de plusieurs coups « de canon qui se succéderaient; Finstant après, le « jet commença, et la colonne d'eau qui, d'après « nos observations, montait à 90 pieds, se divisa « en différentes directions; mais ce qui ajouta à « Tétonnement que nous causèrent les effets sin- « guliers du feu et de l'air, c'est que nous vîmes re- « monter les mêmes pierres que nous venions de « jeter h l'ouverture. »

Depuis M. de Troîl, d'autres voyageurs ont recoiinu qu'il s'était opéré des changements dans le nombre et la puissance de ces sources jaillissantes. Lors d'un tremblement de terre, qui eut lieu en 1784y. quelques-unes des anciennes disparurent, et

il en parut do nouvelles. Leurs éruptions sont devenues généralemeDt plus \iolcnlcs et plus considérables, puisque, en 4804, le lieutenaut danois Ohlsen vit une colonne d'eau s'élever jusqu'à environ 150 pieds, et une autre à 212.

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