‹ L'art de découvrir les sourcesChapitre 22 sur 28 · A DÉCOUVERT · texte numérisé non relu

A DÉCOUVERT

Les propriétaires qui ont à faire creuser et bâtir pour mettre des sources au jour et assurer leur conservation, sont souvent embarrassés dans Texécution de ces travaux. Les architectes eux-mêmes, que l'on charge ordinairement de leur direction, n'ayant que très-rarement l'occasion de s'en occuper, se trouvent quelquefois peu versés dans cette partie de leur art. Cependant, à défaut d'une bonne direction, certaines tentatives sont abandonnées, d'autres échouent ou ne réussissent qu'imparfaitement, et d'autres ne produisent que des résultats peu durables. Ayant eu l'occasion de faire un certain nombre d'observations sur ces sortes de travaux, bien que je ne sois pas architecte, je crois devoir les consigner ici, persuadé qu'un très-grand nombre de propriétaires, et peut-être même quelques architectes, y trouveront des préceptes qui les aideront à mettre au jour la plus grande quantité d'eau possible, à

Diqitized

faîte les creusements et les eonstructions avec économie et solidité, à prévenir un grand nombre d'accidents, et à les réparer lorsqu'il en surviendra.

Après que les eaux de la mer se furent retirées des continei^ et que les sources eurent établi leurs conduits sous terre, toutes oriles qui se trouvèrent peu profondes et sous une couche de terre friable, ne tardèrent pas à expulser le peu de terre qui les recouvrait, se firent jour, continuèrent de couler et coulent encore à la surface du sol. Mais celles qui se trouvèrent à des profondeurs considérables ou sous des roches dures, ou qui plus tard ont été recouvertes de puissants dépôts amenés par les éboulenjents, par les eaux courantes ou par la culture, n'ayant jamais pu chasser les obstacles qui s'opposaient à leur sortie de terre, sont restées cachées, et elles y resteraient à jamais, si la main de l'homme ou des perturbations du sol ne venaient les tirer de cet état. Les sources cachées se trouvent à toutes sortes de profondeurs, depuis deux jusqu'àdes centaines de mètres, et il est très-rare qu'on en trouve à moins de 2 ou 3 mètres.

On met les sources au jour en les amenant hors de terre avec des conduits, en établissant sur leur parcours des fontaines, des puits ordinaires ou des puits artésiens. Chacun de ces quatre procédés a des règifs particulières, dont voici les principales :

Conduite d'une source bon de terre.

.Toute source qu'on veut conduire hors de terre

doit êtro pou profonde 'se trouver à un niveau assez élcvr |)(ti!r pouvoir doscondrc au point voulu, et être assez abondante pour les besoios des maisons qu'elle est destinée à approvisionner d*eau.

Les sources qui sont à moins de 6 ou 7 mètres de profondeur sont géné?alement les seules qui puissent être ronduites liors de tcnc, à cause des irais trop considérables que coûtent celles qui sont à de plus grandes profondeurs.

Lorsque le passage d'une source est indiqué par les pieds de deux coteaux qui se joignent à la surface du sul, OU qu'elle marclie dans une crevasse de rocher dont elle ne peut s'écarter, on n'a qu'à iiaire sur la ligne du thalweg un creux rond, en forme de ' puits, d'environ 3' mètres de diamètre;* mais lorsque le point où Ton veut placer la fouille se trouve dans une plaine, et que le terrain est désagrégé, ce bimple creux ne suffirait pas ; parce que, dans ce cas, la source principale est presque toujours accompagnée de sources accessoires qui marchent à ses côtés, à la môme profondeur qu'elle et parallèlement à la ligne qu'iîlle suit. (]ommc l'on a ordinairement intérêt à recueillir la plus grande quantité d'eau possible, on doit creuser à travers le vallon une tranchée perpendiculaire au cours d'eau, large d'environ 2 mètres et d'une longueur suffisante pour capter le plus grand nondn-c de filets d'eau. Lorsque la plaine est assez étroite pour que l'on puisse pratiquer la tranchée d'une cotière à l'autre, si elle n'a, par exemple, qu'une dizaine de mètres de traversée , la tranchée doit la comprendre tout entière,

sans toutefois entamer les terres solides ou rochers des deux coteaux ; on n'enlèvera donc que le terrain de transport au fond duquel est ordinairement la source.

Lorsque la plaine est beaucoup plus larcrc, il n'est pas ordinairement à propos de donner à la tranehée une bien plus grande longueur, parce qu'elle deviendrait trop coûteuse, et que, plus on s'éloigne de la source principale, moins les filets d'eau sont abondants. Cependant, lorsqu'il s'agit d'approvisionner d'eau une nombreuse population, et que Ton voit, par l'étendue du bassin qui produit la source, qu'il n'y a pas dans la plaine une source suffisante et que les eaux souterraines y marchent en nappe ou en filets séparés, on doit donner à la tranchée une longueur proportionnée à la quantité d'eau dont on a besoin.

Si Ton est obligé de creuser à un point où le thal^veg invisible concorde avec le thalweg visible, et que cchii-ci soit occupé une partie de l'année par un cours d'eau, afin d'empêcher ce cours d'eau de venir déranger les ouvriers pendant les fouilles, et plus tard, de mêler ses eaux à celles de la source, on doit commencer par creuser un fossé de dérivation pour détourner les eaux superficielles des abords du creux qu'on veut pratiquer. Ce fossé de dérivation doit avoir son point de départ à quelques mètres au-dessus de la fouille, avoir assez de capacité pour recevoir tout le cours d'eau dans ses plus grandes crues, passer à 2 ou .*3 mètres de la louilic, et se prolonger assez en aval pour que le cours d'eau tem-

poraîre ne puisse jamais revenir dans TexcaTation.

Si le cours d'eau temporaire a un canal, on doit établir une digue très-solide au point de départ du fossé de dérivation, et employer les déblais qu'on en lire à combler le vieux canal.

La tranchée doit être perpendiculaire au cours d'eau. En la creusant on doit descendre à peu près d'aplomb. Si les parois menacent de s'ébouler, il faut les étayer avec des planches appliquées contre le terrain et maintenues en place par des poutrelles appuyéescontrelecètéopposé, et avoirsoin de porter les déblais à plus de 2 mètres des bords de la tranchée, afin que leur poids ne contribue pas à déterminer des éboulemenls. On ne doit pas se contenter de l'approfondir jusqu'à l'apparition de l'eau $ car tant qu'on voit les sources venir au fond de la tranchée de bas en haut, ou même horizontalement, il est très-probable qu'une partie de leurs eaux continue de suivre sous terre leurs conduits accoutumés. On doit donc continuer de creuser jusqu'à ce que la source principale et les veines d'eau qui l'accompagnent fassent, dans la tranchée, une petite chute de 2 ou 3 centimètres; ce qui dénote qu'il ne reste aucune partie de la source au-dessous.

Lorsque la source est forte et que l'abondance d'eau empêche de continuer l'approfondiBsement, au lieu d'enlever l'eau avec des vases ou des pompes, on creuse une tranchée en aval, qui sert à faire écouler l'eau pendant les travaux et ensuite à placer les tuyaux de conduite.

L'approfondissement dç la tranchée étant ter»

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miné, la source priacipale et les filels d'eau adjacents étant en évidence, afin de les capter et réunir» on donne une pente à son fond pour faire arriver toute

l'eau à l'un de ses bouts, ou bien on lui donne deux pentes opposées pour la faire arriver à tel autre point du fond de la tranchée que Ton veut»

On doit bâtir au fond de la tranchée et sûr toute sa longueur un aqueduc à pierres sèches et un peu taillées, de 30 à 40 centimètres de large, de 40 à 50 centimètres de hauteur, et couvrir cet aqueduc avec des dalles solides. Uaqueduc doit être bâti à pierres sèches, afin que les sources puissent y entrer partout librement.

L'aqueduc étant bâti, il faut combler tout le fond . de la tranchée à partir du dessus des dalles avec des pierrailles, jusqu'à ce qu'elles s'élèvent au tiers ou à la moitié de sa profondeur, et combler le reste avec la terre qu'on en a tirée. Cet empierrement sert * 1* à recueillir les filets d'eau cjui peuvent se trouver plus élevés que la source principale, et à faciliter leur chute dans l'aqueduc^ T si dans la suite quelque dalle venait à se casser ou quelques parties des murs de l'aqueduc à se démolir, les pierrailles continueraient de transmettre les eaux jusqu'au tuyau de départ; tandis que si on ne comblait la tranchée qu'avec de la terre, elle se tasserait plus tard, et empfchmait les filets d'eau supérieurs de descendre dans l'aqueduc; et si l'aqueduc venait à s'écrouler, la terre tomberait dans ce vide, arrêterait l'eau, l'eippêcherait d'arriver jusqu'au tuyau de départ et la forcerait à reprendre ses anciens conduits.

Pendant (ju'oii jette les pierrailles et qu'on remet la terre dans la tranchée, on doit conserver sur le point où arrive toute l'eau et où elle doit entrer dans l'aqueduc, un petit puits ou regard que l'on bâtit jusque hors de terre et que l'on recouvre d'une dalle. Ce puits ou regard sert à faciliter à l'eau le moyen de prendre en partant l'air qui lui est nécessaire pour marcher dans les conduits ; à défaut de celte précaution, l'eau n'arrive à la fontaine que par bouffées et souvent il n'en arrive pas du tout. Ce petit puits sert encore à rejeter l'eau qui ne peut entrer dans les conduits lors des grandes pluies. %

Ceux qui ne sont pas obligés d'user d'une stricte économie dans ces travaux, au lieu de l'étroit et bas aqueduc et de l'empierrement dont il vient d'être parlé, peuvent bâtir d'un bout de tranchée à l'autre deux murs en pierres sèches et taillées, distants de 80 centimètres l'un de l'autre, hauts de 2 mètres et sur lesquels on place des dalles solides, ou on y construit une voûte. Cette galerie donne la facilité de réparer ses murs et d'enlever les terres ou sables que la source peut y amener.

On ne peut établir au fond de la tranchée, ni même devant le débouché de quelle source que ce soit, un barrage quelconque pour la forcer à s'élever sans s'exposer à la perdre; car, toutes les fois qu'on biirre l'issue d'une source, elle est refoulée dans son conduit d'amont, et, si par malheur elle y rencontre une petite issue ou crevasse latérale, elle l'agrandit peu à peu et finit par s'y jeter tout entière; on ôte ensuite le barrage, mais elle ne revient plus. Dans

mes tournées, j'ai vu bien des endroits où Ton a perdu de très-belles sources par cette seule imprudence. Le mieux est donc de prendre les sources au niveau dé leur débouché et de les conduire là où elles peuvent arriver.

Dès qu'on voit que la source est suffisante et de bonne qualité, on creuse une tranchée en aval pour y poser le conduit. La trancbée et le conduit doivent avoir au point de départ la mêine profondeur que le puits, diminuer de profondeur à mesure qu*on s'en éloigne et avoir une pente au moins de 30 centimètres par 100 mètres. Le premier tuyau que ron place au fond du puits doit être pourvu d'une gourde en plomb ou en cuivre, percée d'un trèsgrand nombre de petits trous jpour laisser passer Feau et erapêcher^tout corps étranger de s'introduire dans les tuyaux. Lorsque le conduit est arrivé près de la surface du sol, ou doit, pour le reste de son parcours, le poser sous terre à la profondeur d'environ 60 f^ntimètres, car lorsque les conduits sont placés trop près de la surface du sol, en été l'eau s'écliaulVe jusqu'à devenir qnel([uc(ois iinpotalile, et en bivcrelle se gèle, cesse de couler, et souvent fait crever les conduits. D'un autre coté, lorsque les conduits fo^t placés trop profondément,, leur eiptretjen est pkis dispendieux. Pour que l'eau puisse jaillir, on est obligé de lui donner un cours forcé dans la partie de Taqueduc qui avoisine la fontaine ou le jet d'eau, et d'employer à cet endroit les tuyaux les plus solides. On doit donc, lorsque la pente du terrain le permet, niénagcr çç|lle de l'aquedMc de m^ièvi^

que la partie dans laquelle Teau est forcée, soit la plus courte possible, afin d'en soumettre la moindre longueur qu'on peut à la pression de Feau, et avoir dans la suite moins 'de frais à faire pour l'entretien de l'aqueduc. On doit, autant que possible, éviter les tournants trop subits, ou du moins les prendre d*un peu loin pour en diminuer la roîdeur, et quand l'aqueduc suit un chémin, il faut éviter de le placer sous les ornières que forment les roues, pour qu'il n'en soit pas écrasé.

Les tuyaux qu'on emploie pour la conduite des eaux sont ordinairement en plomb, en fonte, en terre cuite ou en bois.

De quehjue matière que soient les tuyaux qu'on emploie, ils doivent avoir un diamètre et une épaisseur proportionnés à la quantité d'eau qu'on veut conduire. Outre ce qui va être dit sur les diverses manières de les ajouter, tous les joints doivent être calfatés avec du mastic que l'on compose ainsi qu'il suit : Moitié ciment de Pouilly, un quart de chaux hydraulique, et l'autre quart, de fragments de tuiles ou briques bien pulvérisés. Ce mastic se gâche comme le plâtre, et doit être employé aussitôt qu'ail est préparé.

Les tuyaux en plomb sont les plus commodes, les plus solides et les plus durables. 11 sont moulés ou soudés, et on leur donne la longueur et la grosseur que l'on veut. Ils peuvent monter, descendre et se couder sans être endommagés. Leur durée, lorsqu'ils sont d'épaisseur moyenne, est d'environ trois cents ans. Ce sont, il est vrai, ceux qui coûtent le plus à

acheter, mâis aussi iis sont les moins coûteui à en* tretenir, et «[près leur oxîdation, ils valent encore à

peu près la moitié de leur prix d'achat.

La longueur ordinaire des tuyaux en fonte est d'environ deux mètreS| et souvent ils sont beaucoup plus longs. Les uns ont le diamètre plus large à un bout, et plus étroit à Fautre, et ils s'emboîtent l'un dans l'autre d'environ un décimètre. Les autres sont partout de même diamètre, se placent bout à bout, et leur jointure se couvre avec un manchon-; les autres sont à ourlets, s'ajoutent bout à bout, avec vis et écrous, et Ton met entre les ourlets des rondelles de cuir ou de feutre. Leur durée moyenne est d'une centaine d'années.

Les tuffoux^ terre cuUe sont ceux qui altèrent le moins la pureté des eaux. Leur durée est extrêmement variable , et leur longueur est de deux à quatre pieds. Les uns sont faits en forme de cône tronqué, et le bout mince de l'un s'ajoute dans le gros bout de l'autre; les autres ont un bout plus large et l'autre plus ètroU, et s'emboîtent l'un dans l'autre d'environ un décimètre.

Les tuyaux de bois se composent de rouleaux longs d'environ deux mètres, et perforés à leur axe d'un bout h l'autre. On les perce avec de longues tarières de fer de différentes formes et grosseurs, que l'on foit succéder l'une à l'avtre par ordre de * grosseur. On ajoute ces tuyaux tantôt en augmentant l'ouverture de l'un et en amincissant sufllsamment le bout de l'autre pour qu'il puisse s'y em- J^tter; tantôt on les pose bout à bout, et on les joint

par une douille en fer longue d'eniriron un déGi--> mètre, et épaisse d'environ 3 ou 4 millimètres; cette douille a les bords tranchants, le diamètre un peu plus ^raud que le diamètre intérieur des deux tuyaux qu'elle conjoint, et on Tenfonce de force moitié dans chacun; Les tuyaux de bois sont les moins coûteux à établir, mais les plus coûteux à entretenir. Ils se fendent ou se pourrissent dans peu d'années, surtout quand on les laisse quelque temps sans eau, et c'est ceux qui altèreut le plus les bonnes eaux.

Quelques-uns ont voulu essayer les tuyaux de zinc; mais leur oxidation a été si rapide, que dans peu d'années ils ont été hors d'usage.

Pour nettoyer un conduit dont la pente est continue, on démonte le tuyau le plus bas, qui est en mémo temps le plus près du jet d'eau, et Ton bouche le tuyau d'amont qui est resté en place avec un tampon en bois garni d'étoupes ; on laisse le conduit se remplir d'eau dans toute sa longueur, et jusqu'à ce qu'elle s'élève à une certaine hauteur dans le puits qui est au départ ; on ôte alors le tampon, et l'eau, descendant avec impétuosité,'entraîne tout ce qui peut se trouver dans les tuyaux. Si le conduit traverse un vallon avec pente et contrepente, on ferme d'abord tous les robinets et jets d'eau qu'il entretient; on laisse tout le conduit se remplir d eau, et on ôte le tampon qui bouche une ouverture que porte sur le côté un tuyau placé au point le plus bas du vallon ; ou bien, à défont de tuyau à A^orgeoir, on démonte celui qui est an

thalweg du vallon, et Teau, descendant des deux côtés vers cette ouverture, pousse hors du conduit toute la vase qui s'y trouve. Les conduits doivent être nettoyés au moins une fois Tan. ^ Tonte construction qui yene Feau amenée par un conduit est appelée fontaine artificielle. Ces sortes de fontaines n'ont ni formes ni dimensions déterminées. Chacun construit et embellit la sienne comme il Fentend. Cependant, je crois devoir ajouter, pour ceux qui n'ont pas d'autre eau à portée que celle de la source qui est conduite auprès de leurs maisons, qu'il est très-important d'établir autour, ou à côté de la fontaine, un abreuvoir pour les bestiaux; immédiatement n^u-dessous de Tabreu*- Toir, un lavoir; au-dessous du latoîr, une vaste mare pour servir en cas d'incendie ; et enfin, l'eau qui sort de la mare est enn)loyée à arroser les jardins ou les prés. Les abreuvoirs et lavoirs sont pa*-vés de dalles gisantes et clos d'autres dalles, pla-rcées de champ et cramponnées. Toiites les jointures doivent être bien cimentées* ;

Les Fontaines.

n n*j a ordinairement que les villes, les com-*

mânes ou les riches particuliers qui puissent faire la dépense d'un aqueduc pour conduire une source près de leurs maisons. Presque toutes les populations rurales s approvisionnent d*6au de source à des fontaines creusées et construites sur place, ou à des puits. Toutes les fois que, par une cause quelconque,

on ne peut amener une source de loin, el que près (le l'habitation on en possède une qui sort de terre naturellement, ou qu'on y en découvre une très-peu profonde , on établit une fontaine sur la source même. Cette fontaine consiste en un bassin revêtu de maçonnerie, qui tient en réserve une certaine quantité d'eau produite par la source. En creusant ce bassin, on doit l'approfondir au-dessous du niveau de la source, tant parce qu'on pourrait en laisser une partie au-dessous du fond, que parce qu'il est toujours avantageux d'y avoir en réserve une quantité d'eau considérable. Les fontaines étant peu profondes, on leur donne presque toujours la forme carrée sans avoir à craindre l'écroulement des murs, et on leur donne des dimensions proportionnées à la quantité d'eau qu'on veut qu'elles contiennent. Les murs doivent être bâtis à pierres sèches jusqu'à fleur de ferre; car si on y employait du mortier, il empêcherait l'eau d'arriver dans le bassin; ces murs doivent être continués jusqu'à 5 ou 6 pieds hors de terre, et cette dernière partie doit être bâtie avec du mortier. On recouvre la fontaine d'une voûte ou avec des dalles, et on laisse une porte sur le devant. En construisant les fontaines, il faut éviter d'en placer la porte vers le raidi; car j'en ai vu un trèsgrand nombre qui ne contenaient que des eaux tièdes et dégoûtantes, quoiqu'elles reçussent des sources excellentes, par la seule raison que tous les jours chauds, elles étaient exposées aux ardeurs du soleil.

Si quelques années après que la fontaine est fer-

mince, on voit qu'elle ne fournit pas assez d'eau et que l'on reconnaisse que des filets d'eau passent à o6té) on les y mène en creusant^ depuis la fontaine jusqu'à ces filets, uo fossé qtii soi> snlïisammèirt profond, incliné vers la fontaine et perpendiculaire^ au cours d'eau. On remplit le fond de ce fossé de pierrailles jusqu'à la hauteur de deux ou trois pieds^ et on achèvè de le combler a^ec k terre qui en a été tirée. Si ce preinier fossé est illsirffisant, et que Ton reconnaisse que sur le côté opposé il y a encore d'autres filets d'eau, on y en creuse uiLi|utr^et on le comble comme le premier. . V^^' ^^

Les l*uits.

Un puits est un creux profond fait de main d'homme, revêtu de maçonnerie et destiné à fournir de Teau. La majeure partie des habitants de la Fiance s'abreuve avec les eaux des puit».

Toutes les fois qu'une soiuxe ne peut êlrc amenée à portée des maisons parce qu'elle ne se trouve pas assez élevée, qu'elle est trop profonde, trop faible^ ou trop éloignée, qu'elle se trouve dans un terrain trop plat, ou que les propriétaires n'ont pas les moyens de faire les dépenses que nécessiterait une conduite d'eau, on établit un puils sur la source que l'on reconnaît être la plus proche, la plus abondante et la moins profonde. Une source qui serait trop ftiible pour entretenir une fontaine jaillissante, recueillie dans un puits comme dans un réservoir, peut fournir à tous les b<isoins d'un grand nombrq v

de Biaifions, parce que Teau s*y ramaise continuel-

lement et que le puisage est loin d'être continuel.

Le centre du puits qu'on entreprend de creuser doit être sur la ligne que suit la source sous terre.

On creuse ordinairement les puits sur un diftmitre de 3 mètres à 3 mètres et demi. Dès qu'on est arrivé à quelques mètres de profondeur, on établit, à iieur de terre, un plancher sur lequel on dresse un tour avec câble et tinette solides, .

Lorsque le creusement est parvenu au bas de la terre friable, et qu'on trouve le rocher, il faut d'abord le bien déblayer, et s'il est de la nature de ceux dont j*ai parlé, qui laissent descendre Teau à des pro-s fondeurs extraordinaires, il faut sans hésiter abandonner l'entreprise. S'il est de ceux qui, à raison de kur nature et disposition, présagent de l'eau, ilftiut examiner de quelle mauierc il se présente, et s'assurer si ses assises sont inclinées ou horizontales. Si les assises du rocher sont inclinées, et que la li^e d'intersection des deux stratifications passe par le milieu du creux, on continue de creuser jusqu'à la profondeur delà source. Si cette ligne ne se trouve pas passer par le milieu du creux, il faut élargir celui-ci jusqu'à ce qu'elle se trouve au milieu; car cette ligne est le vrai thalweg du vallon, et c'est toujours sous le thalweg que passe la source.

Lorsqu'on est arrivé au rocher, si l'on voit que l'on est tombé sur l'un des deux plans inclinés qui forment la base d'un des deux coteaux, on doit prar* tiquer une petite galerie allant vers l'aval de ce plan, pour savoir à quelle distance est la base àm coteau

opposé. Si la base du coteau opposé n'est qu'à un ou deux mètres du creux que l'on fait, il faut l'élargir suffisamment pour que la ligne d'intersection se trouve à son milieu, et continuer l'approfondissement en maintenant l'excavation autant sur la base d'un rocher, que sur celle de l'autre. Si la base du côté opposé se trouve à plus de 2 mètres du creux, il faut faire un autre creux et le placer de manière qu'il appuie autant sur la base d'un coteau que sur celle de l'autre ; c'est donc quand on est arrive au rocher qu'on peut voir bien plus clairement si l'indication qu'on a faite sur le terrain de transport est sur le vrai thalweg ou non ; et, lorsqu'elle se trouve fautive, on voit comment on doit la rectifier pour ne pas manquer la source.

Lorsque le creux que l'on fait tombe sur un rocher qui a la surface et les assises horizontales, on continue de creuser là où l'on se trouve, parce qu'il n'y a point de raison de croire que la source peut passer à côté.

S'il s'y trouve une crevasse verticale dont la direction soit la même que celle du vallon, on doit, en continuant de creuser, suivre cette crevasse et la tenir au milieu de l'excavation, quand même il faudrait l'élargir ou en faire une nouvelle.

Quand on creuse dans des terrains primitifs où les rochers n'ont point de stratification régulière, si le thalweg y est bien caractérisé, il suffit de placer le milieu de l'excavation sur sa ligne, sans avoir aucun égard aux diverses directions que peuvent présenter les fissures des rochers; parce que, si l'on voit des

iibsures qui amènent l'eau hors de l'excavation, plus bas on en trouvera très-probablement d'autres qui l'y ramèneront.

Dans quelque fouiOe que ce soit, lorsque les ro^ chers ne peuvent pas être levés avec des instruments, on les fait éclater avec la poudre, sans avoir à craindre de compromettre la source.

Lorsqu'on est parvenu à la source, il ne faut pas s'arrêter; mais on doit continuer de creuser au-des* sous de la source de un à deux mètres et même davantage, si les besoins d'eau sont grands et la source petite, afin que, si l'eau venait à reprendre son ancien conduit, il en restât toujours en réserve une . certaine quantité au fond du puits.

J'ai vu plusieurs puits qui étaient traversés au fond par de belles sources dont on ne pouvait tirer aucun parti, parce qu'elles arrivaient d'un côté et s'enfuyaient de l'autre par Tancien conduit, sans jamais s'élever seulement à 4 pouces.

Un autre inconvénient d'un puits qui n'est pas creusé au-dessous de la source, c'est qu'une partie de celle^i peut passer au-dessous de sou fond. Que de puits qui ne sont insuffisants que parce qu'on sW arrêté dès l'apparition de la première source, et qui seraient surabondants, si on les avait approfondis d'un mètre de plus!

Si le terrain est désagrégé et menace de s'ébouler, on étaie avec un clayonnage les parois du puits qui est en creusement. Ce clayonnage consiste à placer autour du puits et contre ses parois des perches dans une position verticale et à la distance l'une de l'autre

d'environ un tiers de mètre. On entrelace ensuite des yei^es longues, fortes et flexibles, que Ton pose une à une en descendant, et que Ton &it passer alternativement derrière et devant chaque perche (i).

On doit donner aux puits que l'on bâtit la forme ronde comme étant la plus solide, un mètre de diamètre dans œuvre au mmns et davantage si Ton veut, tailler les pierres en forme de voussoîrs, eMes bâtir à pierres sèches. Les murs des puits carrés, n'étant appuyés qu'aux angles, peuvent céder facilement à la pression du terrain et s'écrouler. Le mortier ou le ciment'qu'on mettrait entre les pierres ou les briques qu'on emploie à la construction des puits empêcherait Teau d'y arriver, et celle qui pourrait y entrer aurait pendant quelque temps un mauvais goût.

On fait au contraire bien de commencer à mettre du mortier dans la bâtisse dès qu'elle n'est plus qWà un mètre de la surface du sol, et d'en mettre aussi '

(1) C'est pour avoir négligé de prendre ceUe précaution qu'un si grûid' sombre d'ouvriers, de tous les temps et de tous les pays, ont pcri dans des puits en creusement, et que ' d'autres y sont restés plusieurs jours ensevelis vivants. Lors même que ces graves accidents n'arrivent pas, toutes les fois qu'un puits estrecomblc par des éboulements, on est obligé pour le rccrenssr de lui donner un diamètre énorme, et de tripler ou quadrupler les premiers frais de creusement. ' Coiiibicu n'y a*\-il pas de propriétaires qui, découragés pas les fortes dépenses qu'ils auraient à faire pour réparer cette faute, renoncent aux avantages incalculables qu'ils trouveraient à posséder la source. ' / ^

dins la mtrgttUe oùliàtiMe eitéiieuro» qm dotl avoir environ un mètre de hauteur.

MaehineB pour tirer l'eui des puitt.

Les moyens les plus usités pour tirer l'eau des puits sont : la pompe, la bascule, le tour et la poulie.

De ces quatre machines, la pompe est la meilleure, parce qu'elle est la plus facile à manœuvrer et celle qui, dans un temps donné, peut élever le ]^us d'eau ; mais die apour inconvénient d'étiB la plus coùteusa à établir et de se détraquer fréquemment par le simple usage, quelque solide que soit sa construc-i tion.

Après la pompe, la machine que Fou construit à peu de frais et avec laquelle on tire des puits le plus d'eau avec le moins de temps et de peine, c'est la bascule. Elle consiste en un poteau fourchu que Ton plante près du puits et un balancier composé d'une simple tige d'arbre, dont la longueur est proportionnée à la profondeur du puits. Ce balancier est posé en équilibre dans Tcnfourchement du poteau, et y est maintenu par un boulon en fer, sur lequel il lait tel mouvement de hausse ou de baisse que Ton veut. On attache à la pointe de cette tige le bout d'une corde dont la longueur égale la profondeur du puits, et à l'autre bout de la corde on attache un seau. Chaque fois qu'on veut faire descendre le seau dans le puits pour qu'il s'y remplisse, on tire la corde pour faire baisser la pointe de la tige, e( dès qu'il est rempli, le balancier, convenablement

chargé à son gros bout, Télève seul jusqu'à ia hauteur de la margelle. Au lieu de corde, quelques-um emploient une ehatue en fer qui est beaucoup plus durable, et d'autres une simple perche portant à chaque bout une douille avec anneau en fer. Il est à regretter que la bascule ne puisse être appliquée qu'aux puits qui ont moins de 7 ou 8 mètres de pro* fondeur.

Celui qui veut établir un iaur pour tirer Teau de son puits doit en élever la bâtisse de six pieds audessus du sol, y laisser sur le devant une ouverture en form* de fenêtre et le couvrir. Le tour ou treuil est un gros cylindre de' bois, en forme de rouleau, dont la longueur égale le diamètre du puits ; il porte à chaque bout un tourrillon en fer qui s'enfonce dans le mur et vers une de ses extrémités, quatre longues chevilles ou ievierB qui servent à le &ire tourner. Ce cylindre se plaoe horizontalement à h hauteur des épaules de celui qui tire Feau. On atta^ chc à Tune des chevilles le bout d'une corde dont la longueur égale la profondeur du puits, et à l'autre bout on attache le seau. Lorsqu'on monte le seau du fond du puits, la corde s'enroule sur le cylindre, et elle se déroule quand on le descend. Au lien de corde, quelques uns emploient une chaîne en fer, qui dure bien davantage.

La poulie esi un corps rond, plat, tournant sur un axe nommé boulon et ayant la eiiiconférence extérieure creusée en gorge pour recevoir la corde. La pièce dans laquelle elle tourne se nomme chape, La, poulie aiusi que la cbapiî sout eu fer ou eu bois.

La poulie doit être fixée sur le milieu du puits et à la hauteur de la tête de celui qui tire Teau. Quoique pour monter le seau il soit obligé d'employer une force égale au poids du vase, néanmoins cette force est appliquée si avantageusement, que la pesanteur de son corps aide et favorise le mouvement de ses bras.

Quelquefois on met à un tour ou à une poulie dont la chape est tournante, deux seaux, dont Tun monte plein tandis que l'autre descend vide. Cette méthode

a l'avantage d'épargner la moitié du temps et une partie de la force de traction. Le tour et la pmilie ont Fairantage de pouvoir être appliqués à toutes sortes de puits, quelle que soit leur profondeur.

On troui^e encore dans un assez grand nombre de villages des puits communs, qui sont dépourvus de toute espèce de mécanisme pour en tirer l'eauj et dont les habitants n'ont jamais su ou voulu s'enten* dre pour en établir un. Chacun d'eux s'y rend en portant son seau, sa corde ou sa perche armée d'un crochet, et rapporte le tout chez lui dès qu'il a fait sa provision d'eau. Les uns tirent Teau en faisant frotter la corde contre la margelle du puits, d'où résulte plus de fatigue pour Thomme et une plus rapide usure du seau, de la corde et même de la margelle; d'autres, pour tirer l'eau se posent debout sur la margelle, au risque de glisser dans le puits ou d'y être entraînés par le poids du seau. Cet état de choses est digne des barbares ou des premiers hommes qui habitèrent la terre.

Un puits solidement bâti peut durer bien des siè-

des. J'en ai vu près d'Aix, en Provence, qui furent bâtis par les Romains, et qui sont encore dans un état parfait de conservation. Les puits doivent rester continuellement ouverts. Plus on y puise, meilleure est Peau, parce que le puisage équivaut à un écoulement. Ceux qui les terminent en dôme, avec porte devant, doivent laisser une ouverture au-dessus afin que les vapeurs insalubres puissent s'élever librement. Les puits doivent être nettoyés au moins une fois Pan; lorsqu'on néglige cette opération, leurs eaux deviennent souvent désagréables au goût, et quelquefois malfaisantes.

Un puits que l'on fait pour y établir un noria ou roue à godets, doit être creusé et bâti comme un puits ordinaire, avec cette différence que sa forme, au lieu d'être ronde, doit être ovale, et après qu'il est bâti, son grand diamètre doit avoir au moins deux mètres, et le petit, un mètre et demi dans œuvre. Les puits à noria, qui ne sont guère connus que dans le Languedoc et la Provence, oii ils servent à arroser de vastes jardins et même des prairies, devraient être en usage dans toutes les contrées qui ont besoin d'être arrosées, et qui ne peuvent pas l'être par des eaux courantes.

Atîs généraux concernant les fontaines et les puits.

Lorsqu'on choisit l'emplacement d'une tranchée, d'une fontaine ou d'un puits, dont l'eau doit approvisionner des maisons, on doit bien faire attention à ce que la source qui doit l'alimenter ne vienne pas

de passer sous un cimetière, sous un tas de fumier, sous une écurie, sous une étable, sous une fosse d'aisances, sous un égoûi, sous une mare, sous un marais, sous un terrain tourbeut, etc.; on doit même prendre garde de placer la tranchée ou le puits trop près de ces lieux malfaisants ; car il est des terrains si perméables, que les mauvaises eaux (pli s'y trouvent vont infecter, sur les côtés, des sources qui passent à plus de dix mètres. Combien de \illes et de \illagcs n'ai-je pas vus qui avaient vers le bas une source très-abondante, et dont les eaux n'étaient impotables que parce qu'elles passaient sous les inaisons! Si la tranchée ou le puits sont exposés à recevoir des eaux insalubres et super^ ficielles, qui ne coulent que temporairement ou momentanément, on creuse et on conserve un petit fossé de dérivation, qui part du thalweg d'amont, passe à 2 ou 3 mètres de la tranchée ou du puils, et revient an thalvreg d*avat ; ou bien on creuse deux petits fossés qui partent du thalweg d'amont, passent à la même distance et viennent se rejoindre au thalweg d'aval. On peut encore préserver un puits des mauvaises eaux qui marchent à la surface* du soi en creusant autour un fossé circulaire de 2 ou 3 ptedé de large et d'autant de profondeur, et en remplissant ce fossé d'un corroi que l'on continue autour de la margelle jusqu'à hauteur convenable. Ce corroi se foit avec de k terre glaise que Ton dépose par couches épaisses de 2 ou 3 décimètres, quHIfaut mouiller, pétrir et fouler. ...rfr^v., .-

Ceux qui ont à creuser dans le rocher peuvent

exécuter leuis tratanx en toute saison ; mais céux

qui ont à creuser dans des terres désagrégées, ne doivent les exécuter que du mois d'avril au mois d'octobre; car celui qui creuserait en hiver s'exposerait à des éboulements ordinairement fort dange-* reux pottr les ouvriers et très-cûûteox à réparer. Il pourrait aussi rencontrer des cours d'eau trompeurs, qui ne coulent qu'en cette saison, et ne produisent rien en été.

Dès que le creusement d'une tranchée ou d'un puiti est terminé, celui qui voit évidemment que sa Bovrce est suffisante, doit s'empresser de faire tous

les travaux nécessaires pour amener l'eau jusqu'à la surface du sol ; celui qui vient de creuser un puits, doit, dans le même cas, le faire bâtir sans délai; car, en laissant quelque temps une excavation ouverte et non étayée, on s'expose à des éboulements.

Puits artésiens.

lABfmitê arUHens, qui, pendant plusieurs siècles,

n'ont guère été connus que dans quelques cantons de l'Artois, d'où ils ont tiré leur nom, ont été depuis 1816 successivement essayés dans quelques-uns de nos départements, dans plusieurs Ëtats de l'Europe, et même dans d'autres parties dû monde.

La forme de ces puits, leur profondeur et leur manière de fournir l'eau, n'ont rien de commun . avec ce qu'on voit dans les puits ordinaires.

Un puits artésien est\in simple trou rond, ftdl dans la terre avec une sonde; son diamètre ordi*

naire est d'un décimètre à un décimètre et demi, et sa profondeur de 30 à 400 mètres, et quelquefois davantage. Lorsque la sonde est parvenue à la profondeur du cours d'eau souterrain, on la retire; l'eau monte par le trou et continue de couler tantôt au-dessus du sol, tantôt à sa surface, et d'autres fois elle reste au-dessous. Ceux qui n'ont pas vu cette sonde, et qui voudraient en connaître toutes les parties ainsi que la manière de s'en servir, pourront consulter le Manuel intitulé : DeV art duFontainier^ Sondeur, ou Mémoire sur les différentes espèces de . terrains dans lesquels on doit chercher les eaux soutejraines, et sur les moyens qu'il faut employer pour ramener une partie de ces eaux à la surface du sol, à Vaide de la sonde du mineur et du fontainier ; par M, Garnier, ingénieur en chef au Corps Royal des Mines,

Pour qu'un cours d'eau souterrain puisse monter parle trou de sonde, il est nécessaire : V que la surface du terrain qui absorbe les eaux pluviales et fournit le cours d'eau soit plus élevée que le point où Ton fait le percement ; 2° que,la couche dans laquelle il marche ait l'inclinaison ordinaire des cours d'eau et soit éminemment perméable, comme le sont les couches de sable, de gravier, de galets, les roches à texture lâche et celles qui sont fendillées dans tous les sens ; 3° que cette couche perméable soit comme enveloppée dans toute sa longueur par des couches imperméables placées dessus, dessous et sur les côtés; 4" que l'^au n'ait pas d'issue vers le bas de cette couche, ou qu'elle n'y en trouve

que d'insuffisantes, ou qu'elle n*y marche qu'avec difficulté.

L'eau pluviale qui tombe sur les affleurements de la couche perméable, y descend comme dans un vaste conduit incliné, en remplit tous les interstices et en suit toutes les directions, La sonde artésienne, en perçant les couches imperméables et venant à atteindre l'eau contenue dans la couche perméable, ne fait que lui ouvrir une issue par laquelle elle monte toutes les fois que la surface de la colonne d'eau ^ qui descend dans le terrain perméable, se trouve à un niveau plAs élevé que rorifice du trou de sonde $ l'eau sort de terre, et s'élève d'autant plus haut que cette surface est plus élevée. Cette eau se comporte comme celle qu'on fait passer dans un conduit qui, après une descente continue et fort prolongée, se relève vers son débouché.

Un puits artésien qui produit une grande quantité d'eau jaillissante et de bonne qualité, est tout ce qu'on peut désirer de mieux en fait de sources; et quand il fournit l'eau à une grande cité, sa valeur est Inestimable.

' Tout en reconnaissant les avantages sans nombre et les agréments de toute sorte que procurent ces admirables puits, je n'imiterai pas certains auteurs qui, pour encourager tout le monde à en entreprendre, citent bien exactement tous ceux qui ont réussi, mais ne font pas connaître ceux qui n'ont point réussi, ni les grands frais que les uns et les autre» ont occasionnés.

Ne voulant encourager ni décourager personnel

je croîs devoir dire que ces puits ont pour inconvénients : 1" de réussir trop rarement; 2* d'être trop coûteux; car il y a très-peu de communes ou de particuliers qui puissent hasarder cent ou deux cent mille francs pour un pareil puits \ S"" de ne réussir que dans certains sites, qui sont généralement trèsrares et très-restreints ; 4° l'ignorance où Ton est de la profondeur à laquelle il faudra parvenir pour obtenir Feau jaillissante (1), et par conséquent de la dépense à laquelle on s'engage.

On ne doit donc pas s*étonner de ce que, malgré tous les encouragements qui ont été donnés par le gouvernement, il y a environ les deux tiers des départements qui n'ont pas encore tenté un seul puits artésien. Je me bornerai à rapporter les dits que j'ai vus, laissant à chacun le soin d'en tirer les conséquences qu'il jugera à propos.

Dans les quarante départements que j'ai parcourus dans le plus grand détail, j'ai rencontré dix-neuf

{i) Tontes les fois qa'mi puits artésien a é\è fsatrepris^ si les pYoniDstiqueurs y font yenns au nombre de cent pour décider quelle serait la profondeur de la nappe d'eau, il y a eu cent prédictions différentes. Parmi elles, une s'est trouvée à peu près exacte, ce qui ne pouvait guère manquer. Aussitôt SOI) auteur s'est mis à proclamer bien haut la justesse de ses prévisions, et les autres quatre-vingt-dix-neuf se sont tus. Mais pourrait-on en citer un qui ait obtenu seulement trois ou quatre réussites semblables et consécutives? Aussi les plus instruits et les plus prudents ont franchement reconnu leur impuissance, et se sout abstenus de toute décision à cet égard.

localités dans chacune desquelles on jivait foré un puits artésien à la profondeur de 40 à 1 50 mètres. A

Elbeul, j'en ai vu un qu'on venait de terminer, et qui avait parfaitement réussi; un autre à Tabattoir de Grenelle, à Paris, qui a 548 inètre^ de profondeur et a co4té 403,000 francs. place de Saint-Seyer, à Rouen ; sur celle de Saint-Ferréol, à Marseille ; et à Béchevelle, en Médoc, j'ai vu trois autres puits artésiens, qui avaient coûté chacun de 15 4 40,000 francs, produisant chacun un petit ûlet d'eau qui coulait la hauteur de 2 ou 3 piedsau-des9us du sol par un robinet moins ^ros que le petit doigt. Dans les autres quatorze localités, que je n^'abstiens de dé^igmv pQur ne pas noire à la réputation de ceux qui g^t conseillé ou entrepris ces^i^ito, on a complétemeot échoué, après avoir d^nsé de 20 à 1 50,000 francs.

En examinant les 14 puits artésiens qui n'ont p^iat réu^ j'ai remarqué que tous avaient été piaeéi m ixmét A qu'w eh<lÉllftP||(>"tty empliîce^ ment on a'atatt eu abspluopdidMro guidci qu^^ la commodité y puisque tous étaient placés au point culminant de la locaijté et dans la position la plus commode possible. .

^^aiaiil de iMamâiicÉrJle toi^» d^ g^qlwfN mt ¥4lnii§ fidre edûnattre b Mtuie du hqI èiitîii^-

nant, aucun d'eux n'a eu égard ni à la configuration du sol, ni à l'inclinaison des couches intérieures, qui «ont pouvt^At ks. dlM' PWf^ipsdes et les {^^s itemio^ioiliaiis qii'M pnsae d^ tiHilKjJneherche de sources. Cinq fois j'ai été appelé tes

des villes fo^r décider si à un point donné, qui était toujours le point le plus élevé de [la ville, un puits artésien devait probablement réussir ou non, et toutes les fois, après les études du terrain faites, j'ai été obligé de me prononcer pour la négative. Je regrette vivement de n'avoir pu trouver l'occasion d'indiquer un certain nombre de puits artésiens d'après ma théorie, et rendre ici compte de leurs résultats. Je crois bien sincèrement que ces puits, ainsi indiqués, auraient réussi à peu près dans la même proportion que les milliers de fouilles que j'ai fait faire.

On n'a donc qu'à lire le chapitre XYI, dans lequel sont signalés tous les points à choisir pour placer les fouilles ordinaires, et prendre les mêmes points pour y placer le trou de sonde. Il y a cependant cette différence à observer, c'est que pour fournir assez d'eau à un puits ou à une fontaine ordinaire, une petite source suftit, et que cette petite source peut se former dans un bassin de quelques hectares d'étendue ; au lieu que pour un puits artésien^ qui ne doit jamais être pratiqué que sur une grande source, il faut un bassin long de 2 ou 3 lieues au moins, et large d'une heue. Je résume donc ceci en disant que le trou de sonde doit être totgottrs placé dans une vallée ou un grand valUmy et sur la Ugne du thalweg smiterrahu Hors de cette ligne, on ne peut rencontrer que des cours d'eau déviés dont nous avons parlé, qui courent sous les collines, et ne donnent à Textéri^ur aucun signe de leur présence. S'attendre à rencontrer des cours d'eau hors des

thalwegs,, c*cst compter sur l'exception et non sur la règle. .

Les terrains que j'ai désignés comme défavorables à la découverte des sources ordinaires, le sont aussi

à Fégard des puits artésiens; par exemple, dans les calcaires caverneux, on aurait beau rencontrer le ruisseau souterrain qui marche dans une grotte, et même plonger la sonde dans ses eaux, elles ne quit« teront pas leur libre cours pour 8*élancer à la voûte de la caverne, enfiler le trou de sonde et jaillir hors de terre.

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