CHAPITRE XXVI
SOURCES DONT l' APPARITION EST TARDIVE, ET NON RÉUSSITES.
La plupart des indications qui ont été faites d'après ma théorie, dès que les fouilles ont été exécutées, n'ont laissé aucun doute sur leur pleine réussite; néanmoins il y a eu, de loin en loin, quelques puits ou tranchées qui, venant d'être creusés sur de petites sources, ne présentaient pas un résultat satisfaisant, et qui, quelques mois plus tard, ont montré la source désirée. C'est une observation constante que, lorsqu'une source apparaît dans une nouvelle excavation, il ne s'en manifeste d'abord qu'une partie; que quiconque creuse en temps de sécheresse ne trouve ordinairement que peu d'eau, et quelquefois pas du tout. Ce n'est que les longues et fortes pluies de l'hiver qui peuvent ouvrir et élargir les canaux des sources ou veines d'eau qui passent auprès des nouveaux creux; et quand une fois les passages leur sont ouverts, elles continuent d'y afiluer, et leur volume va toujours en augmentant
pendant quatre ou cinq ans. Puisqu'on ne peut connaître le véritable résultat d'une nouvelle excavation qu'après qu elle a traversé un hiver, celui qui n en est pas d'abord satisfait doit la laisser dans l'état où elle est jusqu'à l'été suivant, ayant soin d'en étayer les parois s'il y a danger d'éboulcment. Si l'été suivant il y a quelques filets d'eau permanents, on peut compter sur la réussite, et on doit faire les constructions prescrites dans le chapitre précédent. S'il n'y en a point, il est à propos de creuser encore un peu plus profondément, parce que l'estimation de la profondeur peut quelquefois se trouver erronée, comme on le verra plus bas. Si après cette augmentation de profondeur et les pluies d'un nouvel hiver, il ne coule pas du tout d'eau dans l'excavation , il devient évident qu'il a été commis une de ces erreurs qu'il est impossible d'éviter dans toutes les opérations.
Pour s'assurer si la première eau qui arrive dans un nouveau creux est de l'eau pluviale ou de l'eau de source, on fait l'expérience suivante : Un jour d'été, lorsqu'il n'a pas plu depuis quelques semaines, on tarit entièrement le creux. Si le lendemain à la même heure on n'y trouve point d'eau, c'est une preuve que celle qu'on a tirée la veille n'était que de l'eau qui s'y était amassée lors des pluies. Si le lendemain à la même heure on y trouve une certaine quantité d'eau, on l'enlève entièrement; le surlendemain on en fait autant; et si pendant plusieurs jours de suite on y en trouve une certaine quantité, cette eau est évidemment le produit journalier de la
source, soit qu'elle arrive par une ou plusieurs ouvertures, soit que, dispersée par le terrain, elle arme par une infinité de petites veines. Dans les commencements ce produit est souvent bible, quelquefois môme il discontinue au fort de la première sécheresse; néanmoins, dès qu'une fois on l'a vu durer plusieurs semaines, dans peu d'années il devient ordinairement indtfectibley et s'accroît considérablement.
Je \iens de dire qu'il est impossible de ne pas commettre quelque erreur dans l'indication des sources ; en eilet, les données géologiques, vraies en général et dans la très-grande majorité des cas, restent toujours dans la catégorie de ces fortes probabilités qui ne peuvent pas être mises au nombre des vérités démontrées et exemptes de toute exception. Après l'examen le plus attentif de la surface du sol, le géologue le plus habile ne saurait toi\jours et partout connaître exactement quelle est sa constitution et disposition à l'intérieur; car, sous un terrain dont la surface est très-régulière, il existe parfois des désordres et accidents qui n'offrent pas le moindre indice au dehors. Le désordre du terrain met nécessaircmcnt le désordre dans le cours des sources qu'il renferme, et tout désordre dans le cours des sources qui ne peut être prévu , cause ordinairement une non réussite. Voici les principales causes des erreurs qui peuvent se commettre dansFindication des sources, et qui ne £e manifestent par aucun signe extérieur :
r Un banc de rocher ou de terre imperméable se
. trouve' quelquefois placé à travers le thalweg sou-
terrain, et force la source à le quitter pour faire le tour de cet obstacle. Si roii vient à creuser peu audessous de cette déviation et avant que le cours d'eau soit rentré dans le thalweg, on ne le rencontre pas.
2° Lorsqu'au thalweg de la roche imperméable, qui devrait porter le cours d'eau souterrain, il y a une crevasse qui laisse l'eau se précipiter à une profondeur extraordinaire et que Ton place la fouille sur cette crevasse, on ne peut plus trouver le cours d'eau à la profondeur présumée.
3** La source se trouve quelquefois coupée au-dessus du point oîi Ton fait la fouille, et amenée par un aqueduc près d'une maison ou dans un pré pour Farroser; ce détournement de la source étant Mi de main d'homme, ne peut être connu que par des renseignements qu'il faut avoir soin do prendre auprès des anciens habitants de l'endroit.
4''Xia difficulté de bien reconnaître le thalweg souterrain dans certaines basses plaines qui, quoi* (lue inclinées vers l'aval, sont parfaitement unies d'une côtière à l'autre, et ne présentent pas le moindre vestige de thalweg.
5' La perturbation causée dans les couches infé^ ricures par les explosions des gaz souterrains, les couches superficielles étant restées intactes. Ces accidents sont plus nombreux qu'on ne le croit communément.
Lorsqu'on place la fouille peu au-dessous d'un
dépôt de tuf. La source qui l'a formé, et qui coutiuue
de Taugmenter, obstruant sans cesse son passage, ne suit pas du tout le thalweg.
V Lorsque de la terre ou des pierres tombent dans
le conduit d'une source en assez grande quantité pour l'obstruer, elle est refoulée vers l'amont, et se jette dans la première crevasse ou fente qu'elle rencofitre sur le côté. La même chose arrive lorsque la source charrie de la Tase, qui s'accumule sur un point de son conduit naturel et finit par l'obstruer.
Dans la plupart des indications qui ne m'ont pas réussi, on a trouvé les conduits des souhses fort réguliers, à parois très-glisses et à demi-pleins de sable lavé; preuves évidentes que les sources ont passé autrefois par ces conduits, et qu'elles en ont été détournées par quelques-unes des causes qui viennent d'être signalées. Il est donc certain qu'une source peut changer de conduit, mais il est certain aussi qu'elle ne peut jamais s'anéantir, et que, lors même qu'on la manque, son existence près du creux qu'on a fait d'après les données que contient ce Traité, est toujours assurée. Il m'est arrivé bien des fois d'obtenir pleine réussite en faisant élargir le creux de quelques pieds sur un des côtés. C'est lorsque la fouille est faite qu'on voit clairement si la source est restée à côté et de quel côté, ou si elle est encore plus profonde que le creux pratiqué.
Mais, dira-t-on, puisqu'il y a des chances de non réussite dans la recherche des sources, est-il prudent de hasarder les frais des fouilles?
Si la prudence consistait à n'entreprendre que ce que nous savons devoir réussir infailliblement, nous
n'entreprendrions presque rien ; car presque tout ce que nous faisons est accompagné de quelques chances d'insuccès. Ainsi, le cultivateur prépare labo« rieusement ses terres et leur confie un grain précieux , sans être assuré de récolter -, le père de famillo fait de frrandes avances, souvent même au-dessus de ses moyens, pour faire instruire ses enfants, quoiqu'il sache très-bien que peut-être les enfants ne retireront aucun avantage de Tinstmc^ tion; celui qui entreprend un procès n*est jamais bien assuré de le gagner; quiconque acheté peut se tromper sur la qualité et sur le prix de la marchandise; tout n^ociant hasarde ses capitaux, etc.
Ce n'est donc pas parce qu'il y a possibilité dé non réussite dans une entreprise, que nous devons nous en abstenir. La prudence veut rw'avant de nous y engager, nous en examinions mûrement>les avantages et les inconvénients; que nous pesions les probabilités de succès et d'insuccès, et toutes les fois que les avantages à obtenir sont d'une valeur incomparablement plus grande que les frais que nous exposons, et que les chances de réussite sont beaucoup plus nombreuses que les chances de hon réussite, la prudence vent que nous agissions eomtne si nous étions assurés du succès.
Ainsi, tout propriétairo qui n'a point d'eau à sa portée, qui voit qu'une source devant sa porte vaudra dix, vingt ou trente fois la sommé qu'elle peut lui coûter à mettre au jour, et qui sait, par exemple, que sur dix, vingt ou trente tentatives, il n'y en a qu'une qui manque de réussir, ne doit pas hésiter,
en a les moyens, à faire les travaux nécessaires
pour s'en procurer une.
Avant de commencer, ii n'a qu'à compter les ' heures et les quarts d'heure que perdent chaque joor ses domestiques et ses bestiaux pour aller s'approvisionner d'eau, et multiplier ces heures par les trois cent-neuf jours ouvrables de l'année; il sera étonné du nombre de journées qu'ils perdent annuellement et de la somme à laquelle s'élève le montant de ces journées, estimées même au plus bas prix possible. Par exemple, celui qui va puiser l'eau à cinq minutes de distance, qui cii consomme six seaux [)ar jour pour les besoins de sa maison, et qui emploie à cet usage un domestique qui lui coûte 1 franc par jour, dépense au moins 30 francs par an pour le transport de cette eau ; car chaque voyage , aller et retour, prenant dix minutes, les six voyages prennent une heure; cette heure, étant la dixième partie de son travail journalier, coûte 10 centimes; ces 10 centimes dépensés pendant les trois cent-neuf jours ouvrablesde l'année, montentàlafinà30francs 90 centimes. Si le même propriétaire a dix bctes de labour, dont le travail journalier vaille 10 francs, étant obligé de les conduire à Teau deux fois par jour, chaque voyage durant environ un quart d'heure, ces dix animaux perdent cliaque jour une demiheure qui vaut ôû centimes; ces 50 centimes perdus pendant les trois cent-neuf jours ouvrables de Tan* née, montent à i 54 francs 50 centimes, lesquels ajoutés aux autres 30 francs 90 centimes forment un total de 185 francs 40 centimes. Cette dépense étaut au-
nuelle représente un capital de 3,708 IV., qui est la valeur réelle d'une source que ce propriétaire pourrait trouver devant sa porte, ou de toute source qu'il pourrait trouver à cinq minutes plus près que celle qu'il If. Nous ne comptons pas les moments qui se perdent à la fontaine, parce qu'ils sont les mêmes quand elle est près que quand elle est loin.
Telles sont les dépenses d'une maison rurale ordinaire qui va prendre l'eau seulement à cinq minutesde distance. Cette dépense annuelle, augmentant à proportion de la distance de la source et du nombre d'animaux domestiques, est pour un très^ grand nombre: de pn^riétaires douMe, trîpl0,.dé^ cuplcy parce que leurs sources se trouvent à dix , à quinze, ou à cinquante minutes de distance. Mais si c'est un bourg ou une ville qui va s'approvisionner d'eau a cinq minutes de distance, la dépense augmentera encore proportionnellement au nombre des maisons et des animaux domestiques qu'on y en-* tretient, et paraîtra incroyable à tous ceux qui n'ont pas fait ces calculs. Que sera-ce, si la source à laquelle on va puiser se trouve beaucoup plus .éloi-; gnée!
C'est en faisant des calculs semblables, que l'on
peut comparer les avantages que procure une bonne source à portée, avec la modique somme qu'elle coûte à mettre au jour. Cette somme, qui est ordinairement de 10 à 200 francs, est la seule qui soit quel*-
que peu exposée ; car les frais de construction ou de conduite n'étant faits qu'après qu'on s'est bien assuré de la quantité et de la qualité de la source, ne
sont pas du tout hasardés. Les frais qu'occasionne l'éloignement d'une source établissant la véritable valeur de celle qu'on peut se procurer près des mai- 80D8| valeur qui egt décuple et souvent centuple de ce qu'elle coûte, tout homme sage doit creuser avec confiance et persévérance, se souvenant qu'une infinité de fouilles n'ont manqué de réussir que parce qu'on n'a pas voulu creuser un ou deux pieds plus has. Si une première tentative ne réussit pas, oïi en tut une seconde sur un point difiérent. Quand on cherclie une eau qui est absolument nécessaire : Il faut, comme le dit H. Uéricart de Thury en parlant des puits artésiens, êire animé de la ferme vohnté de faire et éPabtemr.