‹ L'art de découvrir les sourcesChapitre 26 sur 28 · SESSION DE · texte numérisé non relu

SESSION DE

Séanee du 81 tu/ét»

« Le Conseil général, après avoir entendu le rapc porteur de la Conunission nommée pour exami-* « ner le mémoire présenté par M; Paramelle, rek-

<r tif aux moyens de découvrir des cours d'eau sur le a sol calcaire du départementi applaudit au zèle de c ce digne ecclésiastique pour remédier à un des

< fléaux les plus funestes à de vastes contrées, et c reconnaît que ses vues sont appuyées sur des ob- € servations aussi justes que savantes. Espérant que c sa théorie sera justifiée par les faits, et que, dès € que Texpérience en aura démontré la justesse, les € propriétaires du départementi dont les habitations c seront situées près des localités où doivent passer € des cours d*eau souterrains, s'empresseront de c faire les travaux nécessaires pour en profiter; € arrête : I* qu'une somme de 000 francs sera mise € à la disposition de M. le Préfet, pour être em« « ployée, sous la direction de M. Pararaelle, à décou-

< vrir des cours d'eau dans les localités où il croira

« devoir faire Tapplicaiion de sa théorie; 2° que € M. le Préfet sera prié de faire connaître au sieur c Paramelle la décision du Conseil général, et de le « remercier de la communication qu'il a bien voulu c lui faire.

c Pour eipédition, collationnée conforme, le Se* « crétaire général de la Préfecture.

(Ici est le sceau de la Préfecture.) « RETGAffiB. >

Ën conséquence de cette délibération, M. Baumes, alors Préfet du Lot, adressa à MM. les Maires des nombreuses communes qui étaient privées d'eau, la

circulaire suivante :

€ Préfecture du département du Lot.

« Le Préfet du département du Lot, Chevalier de c laLégion-d'Honueur, s'empresse de ftire connai-

€ tre à MM, les Maires du département que Thono- « rable M. l'abbé Paramelle, auteur d'un système qui m a pour objet de procurer des eaux toujours frat- € ches, saines et abondantes daiis toutes les com- « munes qui en manquent, système qui a reçu les o encouragements du Conseil général et Tapprobac tion du Gouvernement, doit parcourir successivec ment toutes les communes du département pri- € vées d'eau, afin d'y faire Tapplication de sa € théorie.

« £q conséquence, en ayant Thouneur de réc commander d'une manière toute particulière c H. l'abbé Paramelle auprès de MM. les Maires

t des communes où il aura occasion de faire des

« essais, il les invite h le seconder de leur mieux, et c à lui procurer tous les moyens qui sont en leur « pouvoir afin de &ciliter Texécution de ses^itiles € projets.

« Le Préfet se plaira, en cas de succès, à signaler « à la reconnaissance du public, les communes, les c adminlstrateuTB et même les particuliers qui, d*a« c près les rapports de M. Tabbé Paramelle, auront « fourni gratuitement le plus grand nombre de « journées d'hommes, et auront mis le plus d'em- € prcsscment à l'aider de tous leurs moyens.

« Fait à Cahots, en l'h6tei de la Préfecture^ le « 23 juin 1828. »

Le Préfet du Lot :

c Bauiibs. »

' La persuasion qu'il était impossible de trouver des sources sur les plateaux calcaires était si géné*

ralement établie, qu'il n'y eut que huit communes qui voulurent hasarder des fonds pour ces tentatives. M'étant rendu dans ces communes pour y faire les indications demandées, il fut dressé par MM. les Maires un procès-verbal sur chaque indication, dans lequel étaient énoncés le point où la source avait été indiquée, sa profondeur et son volume. Ce procèsverbal était en triple original, et signé de plusieurs témoins ; l'un fut envoyé immédiatement à M. le Préfet, Tautre resta devers M. le Maire de la commune, et l'autre devers moi.

Sur ces huit communes, il y en eut trois qui ne creusèrent point du tout, et cinq qui exécutèrent les

travaux que j'aui^ tnisés* Toutes lee cmq obtiomit un plein fuccès. Une de ces déoouverteg était l'énorme source de Rocamadour, qui, au dire des habitantSy fournirait assez d'eau pour tout le déparle^menl. Selon la recommandation du Préfet, les Maires envoyèrent des procèirverfiaux 4iè»<înianstanciés sur ces découvertes inattendues, et qui comblaient;, de joie les habitants du voisinage. < ,

Sur la fin d'août 1829, M. le Préfet, d'après le désir exprimé par le Cpnseil général, m'écrivit pour m'inviter à me rendre au aein de ce Conseil» afin de lui exposer de vive voix cette théorie, lui proposer les moyens que je croirais les meilleurs pour la propager et l'étendre à toutes les communes du département qui manquaien t d'eau. Le i*' septembre 1829, je me réndis au Conseil, qui consacra toute la séance à entendre les explications que je lui donnai, tant sur la théorie que sur les moyens de la propager. Je lerminai mes explications en lui répétant que ces cinq premiers rési^llats ne devaient pas porter a croire que toutes les tentatives réussiraient, mais que je persistais à croire que je réussirais au moins dans les deux tiers. Quand vous ne réussiriez que la moi" tié des fûiSf dirent phi^çuru membres de TAssem^- J)lée» vous rendrka^ au iefortemeiU des semces tm* jma$es. Après que je me fus retiré^ le Conseil prit Ipi délibération suivante. : , ;

« Préfecture du département du Lot.

Elirait 4tt Registre à»% délibérations du Conseil f énér«i.

SESSION DB IW.

Séance du septmère,

€ Le Conseil général, composé des membres qui

< ont délibéré à la séance de la veilla, ai da M. Th^ « ron, a repris sas travaux à huit haureà du matin.

f Après la lecture du rapport des procès-verbaux « de la séance d'hier, dont il a adopté la rédaction, c le Conseil a entendu un rapport de M. le Préfet « sur las résultats déjà obtenus da Tapplioation da € la théorie de M. Fabbé Paramalla, è la reebereha <i des sources. Cet administrateur a fait connaître a que ce n'était que dans cinq communes qu'on c étaitparventtàlaprofondeurindiquéeparM.rakbé « Pâramatta, et que, dans toutes las eiuq, on avait « trouvé un cours d*eau. Ce succès a donné au Gon* « seil l'espérance que la théorie de ce savant ecclé- « siastique parviendrait à procurer la découverte « d*eaux vives à de nombreuses localités, qui, jus-

< qu'ici, n'avaient eu que des citernes insuffisantes « et des mares qui ne pouvaient servir à désaltérer

< les animaux domestiques que pendant une faible c partie de l'année.

c Un membre ayant annoncé que M. labbé Para- « malle désirait soumettre au Conseil les bases de « sa théorie, il a été invité à se présenter. 11 a « exposé la série d'observations d'après lesquelles il c avait cru pouvoir suivre la direction des cours

€ d'eau souterrains, et les faits qui viennent à Tap*

< pui des conséquences qu*il tire de ces observa- « tions. Le Conseil a entendu avec le plus vif intéc rêt les développements qu'a présentés M. l'abbé € Paramelle , et il a reconnu que sa théorie est con- € forme aux principes de la physique; il n'a pas

< moins admiré son généreux désintéressement que 4 le zèle infatigable qu'il met à diriger les fouilles « entreprises pour la recherche des sources.

c Interprète des sentiments du Conseil, M. le

« président lui a payé un juste tribut d'éloges, et

€ l'a remercié des importants services qu'il se pro*

€ pose de rendre au département, dont il mérite

« la reconnaissance.

« Sur la proposition de M. le Préfet, le Conseil,

« persuadé qu'on ne saurait trop encourager la re-

« cherche des sources, a ensuite voté deux raille

« francs pour indemniser M. l'abbé Paramelle de ses

« sacrifices, ou pour aider les communes qui vou-

« dront faire l'essai de sa théorie. Ci. . . 2,000 fr.

« Pour extrait certifié conforme, le Secrétaire gé- « néral de la Préfecture,

(Ici €8t le sceau de la Préfeclure.) ^^ ReTGASSE. >

La révolution de 1830 ayant empêché le Conseil général de s'occuper de la question des sources^ en 1831 il prit la délibération suivante :

« . Préfecture du département du Lot.

Extrait des Registres des dé Libérations du Conseil générai du département du Lot.

«bmmu m 1S31.

Séance du 14 mai,

« Le Conseil général, etc.

« n est résulté du rapport sur l'applicatioo de « la théorie de M. l'abbé Paramelle à la décou-

c verte des sources, que Ton est parvenu dans dix-

< sept localités à la profondeur où il avait indiqué

< un cours d'eau souterrain, et que dans seize on c a constaté l'existence d'une source sur l'espace c désigné. Le Conseil voulant seconder le zèle de « ce vénérable ecclésiastique, pour procurer à des c contrées qui en avaient été privées jusqu'ici Té- « lément le plus indispensable à la vie» à la salu-» c brité et aux besoins de ragriculture, délibère qu'il « lui sera alloué dix francs pour chaque source qu'il € découvrira, et que le Conseil municipal de la c commune où la découverte sera faite s'obligera c de les rechercher jusqu'à la profondeur indiquée, € dans l'année qui suivra la désignation.

c Pour extrait conforme :

« Pour le Secrétaire général de la Préfecture ab- < sent,

c Le conseiller de préfecture,

(Ici est le weAtt de U Préfecture.) ^ J^^^ CaVIOLE, B

D*après cette délibération et les nouvelles circulaires que M. le Préfet adressa à MM. les Maires, je continuai de me rendre dans toutes les localités qui jugeaient à propos de m'appeler. Comme ce ne fut que la quatorzième tentative qui échoua dans la commune de Carennac, le bruit de ces premiers succès courut rapidement de proche en proche, et s'étendit bientôt à tout le département. La confiance croissait de jour en jour; on me prétait même une infaillibilité que je désavouais continuellement et de toutes mes forces, en citant les non réussites qui m'arrivaient de loin en loin; n'importe, ces non réussites n'étaient réputées rien en comparaison des immenses avantages que procuraient les découverttes, dont le nombre et l'importance étaient partout exagérés.

Je n'avais jamais eu en vue que de procurer de leau à mon département; mais avant d'en avoir fini l'exploration, je me vis appelé dans les départements de la Corrèze et de l'Aveyron, où les réussites firent autant de bruit que celles qui avaient eu lieu dans le département du Lot; les non réussites étaient comme non avenues. Aous nous estimerions trèsheureux y me disait-on souvent, quand même nous ne fouirions réussir que la moitié des fois ; car une source découverte vaut vingt fois et souvent cent fois ce quelle coûte.

Voyant que le nombre des demandes allait toujours croissant, je soumis ma démission à mon évêque, qui fut d'avis que je ferais encore plus de bien en allant procurer de l'eau aux malheureuses popu-

laitons qui ii*en ataient point, qvfhn rêtiaitt à mon

poste.

Après avoir visité ces trois départements, je fus appelé dans celui de la Dordogne, oit le besoin d'eau était si général, que dans presque toutes les communes on me fit des demandes. Les mêmes succès accompagnant les indications, les journaux de ce département, à défaut d'autres nouvelles, se mirent à publier jour par jour et avec les plus grands dé<^ tails les résultats qui parvenaient à la connaissance de MM. les rédacteurs. Leurs articles furent reproduits par les journaux des départements voisins, et même par plusieurs journaux de Paris. Il n'en fallut pas davantage pour m'attirer des demandes de tout les côtés.

Pendant les trois ou quatre premières années de mes explorations le vulgaire, qui ne connaît d'autre physique que le merveilleux, à la vue des prédictions qu'il voyait s'accomplir tous les jours, était dans l'ébahissement : ce monsieur, disait Tunv trouve les sources, parce qu'il est né à l'heure qu'il fallait pour cela; un autre en ferait autant s'il était né à la même heure. — C'est un don de Dieu que lui seul a reçu, disait l'autre. — Non, disait celui-ci, il est vraiment sorcier, ne voyez-vous pas qu'il devine parfaitement la position, la profondeur et la grosseur de chaque source, ainsi que toutes les espèces de terrain qu'on doit traverser pour y arriver 1 — Il n'est ni inspiré ni sorcier, disait celui-là, c'est qu'il ala vue plus perçante que tout autre homme, et qu'il voit à travers la terre tout ce qu'il y a dessous. — Il

a la vue meilleure que nous, disait encore un autre, lui êeul voit sortir de terre une colonne de fumée qui s'élève de dessufi chaque source; et cent autres balivernes semblables.

Quelques-uns de ces quasi-savants qui sont persuadés que nul ne peut savoir ce qu'ils ne savent pas eux*ménies, quoiqu'ils n'eussent jamais vu aucun des résultats obtenus, décidaient souverainement que les découvertes qu'on racontait étaient impos' sibles (i ). Ceux d'entre eux qui avaient occasion d'en

(4) Au mois d'octobre 1834, je me rendis à Lavalelte, cheflieu de canton (Charente), ville qui tous les étés, était obligée d'aller puiser l'eau à plus d'un kilomètre de distance, et où deux propriétaires seulement m'avaientappelé. Amon arrivée, l'un d'eux me prit en particulier et me dit : Prenez bien {/nrdej Monsieur, à tout ce que vous ferez et direz ; vous êtes ici dans un pays de philosophes, où Von refuse de croire à votre art à cause de votre qualité, — Soyez tranquille, Mon» iieur, lui répondis-je^ vouêiurrez bientôt twê vot philmphei â quia»

Âla première source que j'eus occasion d'indiquer à une cen* taine de mètres de la ville, j'étais suivi d'une trentaine de bourgeois et d'un grand nombre d'autres personnes. Le propriétaire MMiscripteur m'ayant demandé l'indicalion, je dis : Zia ioiiree et/Mtfs ce poini^â, veuillez le marquep; elle ett à 10 piedê de profondeur ei grme comme mm po/uee» Prenant ensuite une position nn peu élevée et nu ton de voix asses haut, je dis : MeeeieurSt je ne me donne mille part pour infmllible^ cependant ti çuel^'m de vous veut parier 300 /ranee gue ce que f annonce n'eei pai^fe parie 000 francs gue les trois dé^ eletrations gue je viens de faire se trouvent vraies. Nouspow 9ons sur^le^kêemp consigner les deux sommes f et dons trois /oiir< mwt MttroNt fw' a <jra(;fi4 A CCS paroto

OOglP

voir quelques-unes disaient que ces sources auraient été trouvées par hasard. D'autres disaient : cette

source, il est vrai, coule bien pour le moment, mais elle ne tardera pas à discontinuer. D'autres disaient: c'est bien de l'eau qui sort de tene et qui coule dans ce ereuXf mm ce n'est pas de l'eau de source

teace^preniae toasles visages s'allongèrent et pâlirait. Après quatre oa cinq minutes de silence, une Toixs'âeTa du mOiett de la Ibule et dit : £h Hen I parle^ tèi^ à pré$mt! parlé! tu distâs que tu voulais le eonfimdre quand il serait arrivé; ffagne là 000 francs! Après ces paroles, même silence; au bout de quelques antres minutes d*attente, je repris et dis en souriant : Il est des hommes qui jureraient bien tPune ehosê^ mais qm ne parieraient pas; moi, au contraire, sadlonf que je suis faillible, je parierais bien- que ce que je dis sera, mais je ne le jurerais point.

Dans quelques jours la source fut en effet découTerle à k profondeur et sous le volume annoncés. Avant de quitter les environs de cette ville, on me fit plus de cent demandes, et j'^ indiquai trente-sept sources.

Ce que je fis à Lavalette, je l'ai fiût pendant toutes mes tournées. Presque partout où j'ai indiqué des sources, j'ai effort de parier double contre simple que les trois déclarations que je iUsais se trouver^ent vraies, et je n'ai rencontré personne qui ait voulu accepter ce pari.

(I) Voici ce que rapporte & ce sujet le Courrier de la Drùme, 27 novembre 4842.

a Dans une importante commune du département de ■» « l'abbé Paramelle fut un jour appelé à l'effet d'indiquer une c source suffisante pour alimenter une fontaine jaillissante « publique. Le géologue accourut, et le jour même de son ar- « rivée, la source était trouvée {indiquée). Ce résultat si beu- « reux pour la ville, ne fut pourtant pas également apprécié, c Chez le peuple travailleur, ce furent pendant trois jours des

Dans un grand nombre d'endroits ces esprits forts me tendirent des pièges : les uns me menaient dans un endroit où était une source que l'on conduisait

a danses et des rigodons à n'en plus finir. Mais chet quelques a gros bonnets il en fut autrement... On se mit à discuter s'il a était bien possible qu'il y eût une source là où Tabbé Pac ramelle l'aYait indiquée^ et cela sans que personne s'en fût • douté avant lui.

c Cependant le Maire fit creuser, et on trouva la source préa cisément comme l'avait annoncée le savant hydroscope. « Mais les opposants ne se tinrent pas pour battus, au cona traire, ils eurent la majorité au sein du Conseil municta pal, qui déclara que, la source inventée par M. V abbé Pat ramelle n étant pas une source, il n'^ avait pas lieu de cona itruire la fontaine projetée.

a Le Maire fort embarrassé de cette délibération singu- « lière, écrivit à Saint-Céré, priant M. l'abbé Paramelle de « vouloir bien l'aider, par une démonstration syntbétique, à a réfuter victorieusement les objections de la majorité ; mais le a géologue n'en fit rien. Il se souvint du margaritas,.. de « l'Évangile, et jugeant que l'eau, la source, la fontaine, la c science, étaient choses étrangères à la délibération prise, il c répondit simplement au Maire : a M. le MairCy votre opi' c nion est conforme à la mienne. Oui, Veau qui dans l'espace a de quatre heures put remplir le creux de cinq mètres de c profondeur qu'on venait de terminer dans l'enceinte de a votre villCy et qui depuis seize mois n'a cessé de couler sur m û la surface du sol, est une eau de source véritable; en con-

€ iéquence, je suis d'avis que la commune fasse bâtir la fon- « taine. Ceux qui croiront que son eau est de l'eau de source c pourront y puiser ; les autres pourront aller à l'abreuvoir, « J'ai l'honneur d'être, etc. »

« La lettre fut lue en Conseil municipal, et personne, dit-on, c ne voulut aller à l'abreuvoir, b

au loin par le moyen d'un aqueduc, et sur laquelle il ne restait pas le moindre vestige de fouille à la surface du sol, ou bien ils cachaient très-habilement les bassins de leurs fontaines et me disaient : il y a par ici une source; on est-elle? Pour toute réponse je me rendais sur la source. On m'a conduit à des puits privés de toute source, dans lesquels on avait jeté de Teau quelques moments avant mon arrivée, et on me disait de l'air le plus sérieux : Notre puits a une bonne source, mais il est trop profond . — Votre puits napas la moindre source, répondais-je; et on m'avouait, en riant, tout ce qui en était. D'autres me conduisaient dans un enclos où il avait été creusé des puils très-nombreux et très-profonds sans aucun succès, pour voir si je ferais une indication sur un de ces puits entièrement comblés. Au moment de mon arrivée, le plus savant du village m'a souvent dit : Monsieur, pourriez-vous nous dire où est notre fontaine? Oui, Monsieur, répondais-je; et au même instant je m'y rendais aussi directement qu'aurait pu le faire un habitant du village.

Grâce à Dieu, tous ces stratagèmes et autres semblables ont été partout préparés en vain. On m'a même fait grand plaisir chaque fois qu'on a jugé à propos de me mettre à ces épreuves, je les ai toujours prises en très-bonne part. Peu à peu les esprits forts, ayant reconnu l'inutilité de tous ces pièges, y ont enfin renoncé, et, pendant les vingt dernières années de mes courses, je n'ai remarqué qu'une ou deux fois qu'on ait cherché à m'en tendre d'autres.

Dès que plusieurs centaines de tentatives eurent

prouvé que le nombre des réussites dépassait de beaucoup celui des non réussites, MM. les Préfets et les Sociétés d'agriculture publièrent des circulaires, et les journaux un très-grand nombre d'articles, pour provoquer les souscriptions dans leurs départements' et me les transmettre. C'est pour satisfaire à ces nombreuses demandes que j'ai exploré successivement et dans Tordre qui suit les départements de la Charente, Lot-et-Garonne, le Cantal, la Vienne, la Gironde, la Savoie qui formait, du temps de l'Empire, le département du Léman et celui du Mont-Blanc, la Seine-Inférieure, le Cher, Loir-et- Cher, la Charente-Inférieure, les Basses-Alpes, le Gers, les Bouches-du-Rhône, le Var, les Hautes- Alpes, THérault, le Gard, Vaucluse, la Drôme, la Loire, l'Ardèche, le Doubs, le Jura, la Haute-Saône, Saône-et-Loire , les Vosges, la Meurthe, la Côted'Or, la Haute-Marne, la Moselle, la Meuse, le Haut- Rhin, l'Aude, la Haute-Garonne et l'Ariége, en tout quarante départements. J'ai en outre fait des explorations dans certaines parties de cinq autres départements, et quelques excursions dans les États voisins de la France.

Dans tous les départements, le nombre des demandes a été au-dessus de 300; dans quelques-uns il s'est élevé jusqu'à 1,000, 1,500 et même au- . dessus de 2,000. Dans les déparlements où le terrain était le plus favorable, j'ai pu indiquer des sour- • ces pour le tiers ou le quart des souscripteurs; dans . d'autres je n'ai pu faire d'indications que pour le . ' septième ou le huitième de ceux qui m'avaient ap- -

pelé. Les propriétaires chez lesquels je reconnaissais qu'il n'y avait point de source avaient au moins l'avantage de savoir qu'ils ne devaient jamais faire aucune dépense pour en chercher, et que pour se procurer de l'eau il ne leur restait que l'un des quatre moyens qui ont été indiqués dans le chapitre précédent. J'avais toujours soin de leur conseiller celui qui convenait le mieux à leur position.

Depuis 1832 jusqu'à 1853, mes tournées ont duré régulièrement du 1" mars au 1" juillet, et du 1" seiv tembre au 1" décembre de chaque année. Tous les jours, excepté les dimanches et fêtes, je travaillais depuis le lever jusqu'au coucher du soleil, allant d'une localité à l'autre à cheval, et ne m'arrêtant qu'une heure par jour, entre dix heures et midi. Toutes les sources que j'ai indiquées ont été enregistrées. Chaque acte d'indication énonce la position de la*source, sa profondeur, son volume, et est signé par le propriétaire de la source et par plusieurs témoins. Il a été délivré à ce propriétaire un extrait de mon registre, dans lequel je me suis obligé à lui rembourser les honoraires, si au lieu cl à la profondeur déclarés il ne se trouvait pas une source telle que je l'avais annoncée, à la condition que le creux serait fait dans l'année.

En 1851, parvenu à l'âge de 04 ans et atteint d'infirmités qui ne m'ont plus permis de voyager, j'ai été obligé d'en donner avis aux 37 départements qui m'avaient fait parvenir plus ou moins de demandes. Je me suis occupé depuis à réviser l'ouvrage que j'avais composé, en 1827, sur VArt de découvrir les

sources, et j'ai trouvé que ce premier travail contenait, comme toutes les théories qui n'ont pas reçu d'application, quelques principes trop absolus, que la pratique m'a appris à modifier, et qu'il y manquait un très-grand nombre de faits et d'observations que les voyages m'ont mis à même d'y ajouter.

Je ne puis terminer ce chapitre sans céder au besoin que j'éprouve d'adresser mes remercîments à Nos Seigneurs les Archevêques et Évêques; à MM. les Pairs, les Députés, les Préfets, les Sous- Préfets, les Membres des Cours royales, les Juges des tribunaux, et aux hommes célèbres par leur science que j'ai rencontrés dans mes voyages, pour la bienveillance et les honnêtetés dont ils ont bien voulu m'honorer ; à MM. les Souscripteurs et à MM. les Curés, pour la cordiale hospitalité qu'ils ont bien voulu m'accorder ; ils m'ont traité, non comme un étranger, mais comme un intime ami ou un parent qu'ils auraient revu après une longue absence ; à MM. les Membres des municipalités et aux populations de presque toutes les communes qui ont bien voulu saluer mon arrivée par des démonstrations si sympathiques, et suivre mes explorations avec tant d'intérêt et d'empressement.

Les innombrables traits de bonté qui m'ont été prodigués partout, que je me plais à repasser dans ma mémoire et à raconter à mes amis dans le fond de ma retraite, excitent en moi les sentiments de la plus vive reconnaissance, et je puis assurer qu'ils ne s'éteindront qu'avec ma vie.

L'empiesiement que les populations des communes que je i^teb ont mis à suivre et à obserrer eelui qu'elles sHmtfgineient être un peisonitge à tFoir, me porte à croire que ^ueJqqef-un^ de ceu^ qvù b9 Vont pas m lèvent peut-étie curieux (je liif l§s po|rbrails qui en ont été tfpi4» dans quelques journaux, dont toiitisfois auront 1^ retrencfaer plusiçur^ traits évidemment flattés*

i'Unbfmmêé CaihêKquêi tome K, féniev 1840 :

f Le savant et modeste abbé arrive escorté des f notabilités de la comiuune y qui sont allées le rec cevoir à leurs limites; on le presse, on Teatoure, < on rezamine; on est surpris de voir» voyageant € seul à dmal , m boflime d'une haute etrotoste «( taille, vétu de noir, d'une figure franche et ouf verte, au front vaste, au regard pénétrant, qui f sourit avee bienveillance et s'empresse de déclarer f aux habitants qui lui ttaojgnefit une flatteusé f impatience qu'il n'a pas le don des miraeles, mais € seulement un peu d'habitude à découvrir les € moyens dont se sert la nature pour transporter et € faire circuler lei eaux recélées dans le sein de la ^ terre.

< Rien de plus simple et de plus modeste que € l'extérieur et les manières de ce bon prêtre, qui < sait cependant être intéressant sur d'autres objets c que ceux de sa science ^éciale. »

l'Êehù. d«f Çévemm^ 29 mai 1844 :

c La modestie de M. Paramelle ne le cède niiUe* c mei^t à la simplicité iiesqp pQ^ty^iâ^ D'uuQ bau^e

c et robuste taille, d'une figure intéressante et € douce, sa physionomie annonce l'intelligence et f la sincérité. Sa conversation n'est ni brillante ni « reoberdiée, mais toujours solide el utile. Doué € d'une grande pénétration d'esprit , il a Fart de € juger les hommes. Très-laconique dans ses ré— c ponses, il n'aime pas qu'on lui adresse des quesf tiens multipliées, intempestives et wnes.

c GeMifclroscope, plus utile à la société que te c plus grand conquérant, passe sa ^ie sans bruit, c sans éclat, sans ostentation^ il découvre partout ç de précieux. tré!i^« »

. Le Cmtrrier de la Drûmej 27 novonbie 1842 : c fc'abbé Paramelle a 52 ans environ. Sa faille

€ est haute et droite, et sa santé si robuste, qu'il a c toute la verdeur, toute la force musculaire d'un € homme beaucoup plus jeune. La simplicité de son € costume est extrême et devient proverbiale. U c porte ordinairement des vêtements noirs qui rap- € pellent toujours sa qualité de prêtre, et qui cer- € tainement ne doivent guère le gêner que par leur c ampleur. Sa figure est calme, intéressante et € douce, son regard iuTestigateur et perçant ; ses c manières simples, mais partout aisées. Sa physio- € nomie annonce l'intelligence et la sincérité. Il y 4 a bien un peu de rudesse montagnarde dans l'enc semble de la personne ; mais elle déplait d'autant c moins que, sous cette rustique enveloppe, on de- € vine tout de suite une belle âme, un esprit fin et t délié. K>a conversation n'est ni brillante, ni re-

t cherchée, en revanche elle est brève, lucide, tou- « jours utile et solide. L'abbé Pararaelle n'aime ni

< les phrases ni les phraseurs.... Il coupe court à c toutes les questions oiseuses dont on l'accable.

« Souvent, dans les pays qui manquent d'eau € surtout, l'annonce de l'arrivée de M. Paramelle € est un événement. On croit voir venir un homme c envoyé d'en haut comme un autre Moïse , et la € population se porte au-devant de lui . On le presse, € on l'entoure, on l'examine, on l'interroge. Mais, € lui, il reste impassible, il regarde plutôt le pays, « le sol, ses accidents, sa végétation, que les braves € gens qui s'empressent autour de sa personne. Ce

< premier moment passé, il sourit avec bienveilc lance, et déclare tout d'abord, presque partout € invariablement, qu'il n'est ni un saint, ni un sor- € cier. »

Le Journal de VAin, 14 avril 1845 :

< L'abbé Paramelle est âgé d'environ 55 ans.

c Réunissant à une taille élevée une constitution € presque athlétique, la vie pénible qu'il mène ne € paraît pas altérer sa santé. Sa physionomie porte « un ensemble de franche bonhomie et de finesse. € Son front est large, son œil expressif, et son teint c fortement coloré. Son costume noir est surmonté « d'un chapeau rond à larges bords. »

L'Espérance de Nancy, 18 novembre 1847 :

< Au premier abord, la physionomie de M. Para- € melle, comme sa tournure, a quelque chose de

< fort ordinaire. Mais quand on l'examine de près,

< surtout pendant ses explorations, on voit luira f dan^ 8â& yeux bleus et aiédiU(Ufs le rayoi) ^ l'in- € telligence.

< Quand il arrive à M. Paramelle 46 causer, pes f traits prennent un air enjoué et fin qui déride le € front du penseur... Son regard investigateur se f promène s\ir la surface des terres; il les étu4i6| % lœ soqde, kl çonnatt pour dire em un dii|

< d'esîl... Vou#le voyez, en parcourant le imUwe, € vous indiquer de bien loin les sources déjà exis- € tantes, le volume de leurs eaux, etc., et cela avec « une précision, une ei^atitude qui vpus «urpçeiidy c qui vous le regaider comme une mfèe^ à%

< devin* »

La Tribune de J^eotme, 4 avril 1819 :

t M. Tabbé Paramelle est un homme vêtu sim- € pleraent, portant sur une figure colorée le cachet c de l'homme de bien. Il mène une vie très-frugale

< et fort «ictive. Il port de son gtte de grand matin f à jeun, et chevauche en lisant son h^vîaire vert € le lieu où il est attendu. Il déjeune vers onze c heures, et choisit les mets les plus simples... Il a c Tesprit tourné à la plaisanterie, et dit volontiers

< le mot pour rire. 9

Le Spectateur de Dijcfif 12 mai 1849 :

< Sous Textérieur simple et facile de M. Tabbé « PftramelleapL devine facilement une intelligeiice « forte et profonde, quoiqu'il se compare modeste- ^ ment au^ bâtons flottants. Sa conver^tion ré-

< vêle un esprit cultifé|, nop-seulement per T^^^

< de la géologie, mais par celle de plusieurs autres c sciences. U a beaucoup lu et beaucoup retenu. Sa « frugalité \a si loin, que manger et boire ne comp» « tent presque pas dans sa vie... La vérité est le n fond de son caractère; il peut se tromper, mais, « au moins» il ne trompe pa$ sciemment. >

Page 1