CHAPITRE V
Les surfaces des plaines dans lesquelles serpentent nos rivières et ruisseaux, étaient jadis à des niveaux bien inféneun. Il est telle plaine tous laquelle les denz coteaux iront se joindre à plusieurs eentaines de pieds de profondeur , et qui sont recouverts par un terrain de transport jusqu'à une hauteur plus ou moins considérable. La vallée primitive a été comblée peu à peu par une masse de pierres, de sables et de terres que les eaux y ont déposée. Les eaux de la mer, pendant leur séjour sur nos continents, ont d'abord comblé les parties les plus profondes des vallées, et les cours d*eau actuels continuent de les combler en y transportant les débris des régions supérieures. Ces terrains sont nommés par les géo* gnostes antédilwnens ^ dilumens, dy miens ifinondalion^ d'alluvion, d\Ulcrrisscment, de trans* port, etc. ; ils sont composés de fragments dont le volume et la forme sont extrêmement variés. Leur nature participe toujours des terrains qui composent
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la partie du bassin qui est au-dessus du dépôt. Oà peut y distinguer six modifications, savoir : les ro^ ches congloinérées, les gros débris, lés dépôts cail^ louieux , le gravier , les sables et le limon ; mais ces modifications se lient et se mêlent si intimement entre elles, qu'il est difficile d'y établir des limites y et de les trouver séparées Tune de J'autre.
Tous les habitants des bords des rivières et des ruisseaux remarquent journellement que le sol s'exhausse successivement ; les portes de leurs maisons, bâties il y a deux ou trois cents ans au niveau du sol, sont aujourd'hui, en tout ou en partie, audessoiisdece niveau. 0e Imn en loin^ ils sont obligés d'abandonner les appartements inférieurs pour se loger dans les étages supérieurs, et d'ajouter à leurs maisons exhaussements sur exhaussements. Dans les excavations qu'ils ont occasion de faire, ils trouvent, à des profondeurs plus ou moins considérables, des restes de constructions, de nombreux fragments de briques, de tuiles, de poterie, de verre, de fer, des ossements, des arbres renversés, etc. ; voici comment s'opère cet exhaussement.
Tout le monde sait que la culture, les plufes et les gelées désagrègent et brisent sans cesse les parties solides et superficielles des plateaux élevés et des coteaux; que ces fragments sont entraînés par les eaux pluviales dans les bas-fonds; que les ruisseaux et les rivièm, lors de leurs débordements, les charrient et vont les déposer dans les plaines inférieures. Les plus gros blocs sont les premiers qui
s'arrêtent, les moyens vont un peu plus loin, et lea graviers encore plus loin ; enfin les débris les plus légers sont ceux qui Tont se déposer le plus loin sous
forme de vase .A leur départ, tous ces fragmen ts étaient anguleux, et présentaient toutes sortes de formes; mais comme en descendant il s ne se mouvaient qu'en roulant, bondissant et s'entredioquant, leurs angles se sont peu à peu émoussés, et ils ont pris la forme, plus ou moins sphérique que nous leur voyons actuellement. En remontant un cours d'eau et ses affluents, on peut presque toujours trouver la roche d'où a été détachée chaque pierre roulée qu'on ten- ^ntre dans la plaine.
Après chaque débordement, il reste sur toute la partie de la plaine, qui a été occupée par les eaux, une couche de pierres, de sable et de vase, plus ou moins épaisse, selon que Tinondation a été plus ou moins forte, plus ou moins prolongée. La plus grande épaisseur de cette couche est vers les bords du cours d'eau, et elle diminue à mesure qu'on s'approche des lignes côtières. Après un certain nombre de siècles, la différence de cette épaisseur devient si sensible, que le cours d'eau se trouve placé sur la partie la plus élevée de la plaine ; rompant alors les levées qu'on a construites pour l'y maintenir, il quitte ce faîte, qui n'est plus son vrai thalweg, et va dans la partie la plus basse de la plaine se creuser un nouveau canal, qu'il quittera encore plus tard, loi9fpi'il aura exhaussé ses bords au-dessus du l'esté de la plaine*
Les progrès de cet exhaussement des plaines va-
rient beaucoup* d'ane vallée à Tautre, et même dans les différents points d'une môme vallée. Dans certains endroits, les plaines ne s'exhaussent que de quelques pouces par siècle, et, dans d'autres, elles s*élèYent de quelques pieds. A Figeac (Lot), dont la fondation remonte à Tan 755, il y a trois aqueducs,' places Tun sur l'autre, qui attestent que, depuis cette époque, la rivière du Ccllé y a déposé uu atterrissement de dix-buit pieds d'épaisseur , ce qui donne un exhaussement d'environ un pied et demi par siècle. I>ans la ville de Saînt-Géré, qui fut fondée vers Tan 1040, on découvre de temps en temps des bâtiments dont les anciennes portes d'entrée ont le seuil à huit pieds sous terre ; ce qui prouve que la Bave a exhaussé le terrain d'alluyion, sur lequel repose là ville, d'environ un pied par siècle.
Toute basse plaine a ordinairement trois pentes : une qui va depuis son origine jusqu'à son embouchure, et que je propose de nommer pente longitudinale; les deux autres, qui partent des deux lignes oôtières adjacentes, et vont en s'abaissant se joindre au thalweg, peuvent être nommées penses latérales de la plaine.
Les pentes longitudinales des basses plaines sont très-variables. Les unes ont leur commeucemeat dans une plage élevée, très-peu inclinée, composée d'un creux arrondi et fort peu sensible, sans thalweg marqué, et dont cependant toutes les parties convergent vers un point de son extrémité inférieure; les autres prennent naissance dans une plage pareillement élevée, très-peu inclinée, faiblement dé->
primée, unis qui présente un ou pluaieun plit de ierrain evec ibalweg. Chaque pli est composé de
deux petites pentes ou versants qui épanchent leurs eaux dans le thahvefï ; d'autres partent du fond d'un ereux qui a la forme d'un vaste cirque plus ou moins profond. Ce cirque est parfois placé à Textrémité supérieure du yallon^ et n'est précédé d'aucun pla^ teau. D*autres fois, il est précédé d'une plage éle-* vce, disposée en forme de croissant et inclinée vers te cirque, dans lequel elle verse toutes ses eaux. Cette plage élevée a ordinairement une pente douce et asse« uniforme jusqu'au bord du cirque ; maisi à partir d& ce bord, elle détient tout à coup trèsrapide jusqu'au fond du cirque , du moins beaucoup plus rapide que dans tout le reste du vallon.
La plus forte pente du fond d'un vallon est ordi-. nairement vers son origine. Quoique dans le reste de son parcours elle soit loin d'être uniforme, on peut cependant réduire à deux ses variétés principales : l'une, qui se compose de pentes alternativement rapides et radoucies. Les pentes rapides et les cascades se trouvent partout où il y a étranglement» banc de roches ou terre compacte au niveau du sol ; les pentes radoucies se trouvent dans les élargissements, là où les deux coteaux sont écartés, laissant entre eux une plaine plus ou moins étendue, inclinée dans le même sens que la pente générale du vallon, et dont le fond est encombré de terres de transport. D'autres vallons ont la pente de leur fond presque uniforme, cependant tous l'ont plus rapide en couunençant, moins rapide un peu plus bas, et
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moins rapide encore en continuant de descendre ; en sorte que leur pente 7a toujours en diminuant depuis leur origine jusqu'à leur embouchure. Dans les
hautes montagnes, le fond de la plupart des vallons n'offre pas la moindre plaine ; les bases des coteaux se touchent, la pente est partout très-rapide et souvent interrompue par den cascades* 11 y a encore des vallons qui redeviennent rapidès vers leur embouchure, mais ils sont en petit nombre, et cela n'arrive que lorsque leur fond est rocheux.
Outre ces descentes naturelles, il en est encore qui sont formées de main d'homme. Tout mur bâti 4 tfavers un vallon pour dore un héritage ou pour en soutenir les terres, occasionne un encombrement qui se forme peu à peu vers le bas de la propriété. La simple limite entre deux héritages, l'un supérieur, l'autre inférieur, produit le même e&ei. Le propri^ iu fond fiupérieur, m Toulant. jamais 1«|^ descendre sa terre sur le fond inférieur » par le (ait de la culture, il dégarnit le haut et accumule insensiblement la terre sur le bas de sa propriété, à tel point qu'en beaucoup d'endroits, qui sont cultivés depuis bien des siècles, on voit au bas des champs et des vignes des talus de terre végétale qui ont jusqu'à quatre ou cinq mètres de hauteur. Les eaux pluviales contribuent aussi à dénuder le haut de
chaque héritage, et à faire descendre les terres meubles vers If bas.