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L ÉVOLUTION GÉNÉRALE

encore àTheure actuelle, l'organe par quoi s'exprime le caractère fonctionnel de l'édifice. L'artiste n'a pas encore pu substituer à cette forme vieillotte la conception adéquate aux institutions nationales. Or, à côté de son caractère de maison commune, où tous les droits sont également défendus devant un conseil spécial, n'est-ce pas en même temps le temple civil, où viennent se condenser les trois grands actes de la vie de chacun : la naissance, le mariage, la mort?

Autre exemple : le Panthéon, ce temple désaffecté, ce monument éclectique qui, tour à tour, abrita le culte catholique et la dépouille des grands philosophes et savants ; monstre à double face toujours dans l'expectative de l'un ou de l'autre de ces deux cultes, sinon des deux à la fois, est-il capable de représenter le monument grandiose où la France enferme les splendides dépouilles de ses enfants glorieux? Si l'on cherche à l'intérieur, à s'identifier le mystère que révèle son âme, et à lire aux parois du temple, les pages glorieuses où devraient être transcrites pour l'éternité, les hautes pensées de ces admirables poètes, savants, artistes, philosophes, qui reposent éternellement sous ces voûtes, rien ne se révèle! A part l'évocation puissante et adorablement troublante qu'un peintre génial a su tirer de la légende de la bergère de Nanterre, rien ne surgit des nombreuses peintures serties dans la pierre que notre époque troublée

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et inconsciente a incitées. Et si c'est là le geste harmonieux destiné à élever au-dessus de la demeure des hommes, l'apothéose des magnifiques penseurs qui ont enserré l'univers de leur gigantesque étreinte, eh bien, avouons-le! le geste est emphatique, mais il est incomplet. Le temple est vide, qu'on le rende au plus vite à une destination plus utilitaire !

Ne voyons-nous pas tous les jours nos monuments, nos maisons même, envahies de motifs décoratifs surannés, empruntés aux époques antérieures, sans compter les non-sens qui superposent dans un inélégant fatras, tout le mensonge de motifs périmés? Il y a donc lieu de réagir contre cet état d'engourdissement. L'artiste en général devra franchement entrer en lice, afin d'exprimer bien haut, la vérité d'art si malheureusement fardée. Il lui faudi'a surtout un courage moral à toute épreuve, faisant abstraction des besoins qui l'obsèdent et l'embarrassent, pour affirmer, par un effort de tous les instants, la haute intensité de fonctions de Fart majeur sur lequel portera ses activités.

En outre, dans l'expression architecturale, il lui faudra trouver un langage, où la foule puisse lire autre chose qu'un mensonge ou une hypocrisie h laquelle s'habitue trop facilement son jugement. Les langues mortes dont nos artistes ont perdu la clef et qu'ils ressuscitent constamment sans en comprendre le sens, déploient trop souvent leurs

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arabesques sur nos monuments. — C'est ainsi que certains ornements s'emploient couramment, qui racontaient il y a deux mille ans environ, tout le drame humain exprimé dans une langue symbolique naturelle.

Au milieu de l'époque troublée que nous traversons, parmi l'indifférence générale pour les arts majeurs, on chercherait vainement les monuments synthèses à opposer h ceux des époques antérieures.

Mais il est permis de supposer, en se fiant à ce perpétuel recommencement des peuples que nous donne l'histoire, que l'humanité par suite de l'évolution ethnique, tend de plus en plus vers l'unification des races. Arrivés aux carrefours de paix et de loisirs que donnera l'apaisement des luttes économiques, les peuples redevenus simples et conscients, reprendront la tâche laissée par leurs aînés, et exprimeront par le marbre et le granit, dans une stupéfiante cristallisation, la vérité inconnue, correspondant au type incréé du beau.

C'est alors que dégagée de tout lien, l'architecture dira au monde étonné, la majestueuse gloire de la pensée et son essence divine, en inscrivant au plus profond du marbre, l'aspiration, le désir, en un mot « la conscience religieuse » des peuples.

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