‹ L'art de demainChapitre 12 sur 35 · LART · texte numérisé non relu

LART

de la pensée, comme dans celle des êtres, il y a un processus qu'il s'agit de ne pas laisser échapper sous peine de retourner à Tétat primitif.

L'architecte qui voudrait établir un temple grec sur une des hauteurs dominant Paris ; le peintre qui figurerait un Olympe moderne où s'agiteraient et se combineraient les passions humaines; peintre et architecte seraient dignes du cabanon, car une semblable adaptation serait monstrueuse et inhumaine.

Que les peintres italiens du xvi' siècle aient fixé en d'admirables compositions, l'élan mystique de leur âme, magnifiant le dogme à l'aide d'expressions anthropomorphiques puériles : rien là que de très naturel! Le sentiment seul y domine, conclusion d'un dogme abstrait, impossible à résoudre pour ces artistes, admirables harmonistes, mais férus de l'idée religieuse concrète qui plane sur leurs œuvres, leurs efforts étant tous concentrés vers la réalisation plastique de sensations utiles à la religion.

A Florence depuis deux siècles, le Dante était comme le prophète de l'enfer. Toute la variété de tourments inventés par la noire imagination des moines ou du poète, lacs de poix bouillante, feux, glaces, serpents, furent appliqués à des personnes véritables, dont les hurlements et les contorsions donnèrent aux spectateurs la plus grande leçon, profitable aux intérêts de l'Eglise.

Rien donc d'étonnant, à ce que le formidable génie de Michel-Ange ne figurât dans l'enfer du jugement dernier toute la vision fixée par le Dante !

Ces conceptions d'un âge passé, nous apparaissent comme des étapes nécessaires d^me évolution. Vouloir s'en inspirer, serait s'amoindrir; vouloir y chercher une idée correspondante aux besoins modernes, serait puéril! Un grand respect seul, peut s'exercer au contact de ces pages puissantes oii se sont révélés, à une époque déterminée, les besoins moraux d'un peuple.

En exprimant la pensée contemporaine, l'art doit en offrir le symbole à tous les yeux. En s'inspirant de la nature dans la vie réelle et dans Thumanité, elle atteindra son but. En s'emparant de la beauté morale, elle traduira, sous formes plastiques, les pensés de son époque.

A tout art il y a initiation, c'est-à-dire que les portes de la compréhension ne sont pas ouvertes chez tous les spectateurs suivant le même angle. L'éducation de l'organe visuel, une fois accomplie, cela ne suffit pas ; il y a dans toute belle œuvre d'art, un sens caché qui ne livre pas de suite son secret au premier coup d'œil; il s'agit de dégager ce secret et de le comprendre. Il est hors de doute qu'un individu moyen, doué cependant d'une oreille musicale, n'atteindra pas d'un seul coup aux hauteurs sublimes d'un Beethoven; que,

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