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LE BEAU DANS L'ART

Créer de la beauté, n'est-ce pas traduire pour rhumanité et sous forme abstraite, l'immensité des mystères, en empruntant à la nature ses formes essentielles. N'est-ce pas, à travers les formes impeccables de la matière, faire vibrer l'âme émue de l'humanité tout entière? Ce qui est vraiment beau, vraiment grand, est éternel et général.

L'art se perd autant par le but pratique qu'il veut atteindre, que par la reproduction exacte des phénomènes qui nous environnent et qu'il transcrit étroitement.

A l'inverse du chimiste qui conçoit la nature comme un ensemble de forces invisibles et idéalement conçues, dont il faut surprendre les habitudes et les lois ; l'art ne procède ni de l'expérience, ni du raisonnement mathématique, mais s'adresse à V imagination et détermine ïérnolion plutôt que la certitude ou la conviction.

Le beau, c'est la splendeur du vrai, a dit Platon. — C'est la qualité de l'idée se reproduisant sous une forme symbolique (Plotin).

De nombreuses définitions ont été données ensuite de la beauté, on peut même dire que chaque philosophe nous a donné la sienne. Passons donc en revue les plus intéressantes de ces théories d'esthétique.

Kant établit que : (( L'homme a la connaissance de la nature en dehors de lui, et de lui dans la nature. Dans la nature, il cherche la vérité, et en lui-même, la bonté. La première se soumet entièrement au contrôle de la raison pure, la seconde, au contrôle de la raison pratique. En face de ces deux moyens de perception, se trouve la capacité de jugement qui peut produire « des jugements sans concept, et des plaisirs sans désir ». Capacité qui forme la base du sentiment esthétique.

Sa définition du beau en soi « la forme de la finalité sans la conception d'une fin » ; le goût n'étant lui-même qu'une forme de la sensibilité, une sorte de « sens commun » qui manque de critérium. Le caractère subjectif est partout, et Kant prétend que le beau n'a pas de réalité, en dehors de l'esprit qui le perçoit. La théorie Kanthienne nie le côté objectif, et donne de l'art cette définition : « On ne sait ce qu'il est. Son but est d'entretenir le jeu libre de nos facultés. »

Du moins, pouvons-nous dégager de cette esthétique, une pensée profonde : c'est que dans le beau s'opère l'accord du particulier et du général ; la fa-

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culte d u. beau s'intercalant entre les deux grandes facultés, la sensibilité et la raison.

La beauté, suivant Kant, est au point de vue subjectif ce qui plaît d'une façon générale, sans concept et sans utilité pratique.

Voici comment Fichte juge de l'art : sa mission est de contribuer pour sa part, à Taffranchissement moral de l'homme par Tennoblissement de ses facultés, d'entretenir en lui, sa liberté. Fichte subordonne et asservit l'art à la morale. La vertu consiste pour lui, dans le combat de Thomme contre la nature, dans le maintien et le triomphe de la liberté qui doit transformer celle-ci à son image. L'art reproduit cette lutte et en donne le spectacle. Il est donc une préparation à la morale et son but est de révéler la force créatrice du moi-

Pour Fichte, la beauté ne réside pas dans le monde, mais dans « l'âme belle ». L'art est la manifestation de cette âme belle. Il a pour but l'éducation, non seulement de l'esprit, non seulement du cœur, mais de l'homme tout entier.

Schiller conçoit le beau comme réalisant l'accord de la sensibilité et de la raison, mais il va plus loin, jusqu'à l'objet. La beauté, elle, habite deux mondes : la région du sensible et celle du suprasensible qu'elle unit à l'aide d'un lien invisible. Les deux activités fatales et libres se combinent entre elles et il propose cette formule : « L'unité de la forme et de l'idée ».

L'art, pour lui, éclot d'un penchant qui, ayant pour but le jeu libre de l'esprit, réalise l'harmonie des puissances de l'âme. Son action a pour effet de réconcilier dans Fhomme, les éléments de l'être dont il est composé, d'établir le règne de la liberté. En accordant ces termes séparés, le devoir et le plaisir, la raison et la sensibilité, son action doit contribuer au perfectionnement de l'humanité.

Suivant Schelling : « La beauté est la perception de l'infini dans le fini. » L'art est donc avant tout, l'union du subjectif et de l'objectif, de la nature et de la raison, du conscient et de l'inconscient.

11 conçoit une philosophie dans laquelle s'élève radieux, un idéalisme s'adaptant le côté objectif, jusque-là nié et bafoué, qui prétend se concilier avec le côté subjectif des systèmes précédents.

La théorie fondamentale de cette philosophie, c'est de concilier les principes opposés, en les faisant rentrer dans un principe supérieur.

L'infini et le fini, l'idéal et le réel, le subjectif et l'objectif, tous les termes de l'existence et de la pensée, isolés ou opposés dans les systèmes précédents, s'unissent et se confondent au sein d'une imité suprême^ dont ils sont la manifestation et le développement.

Cette conception du système de l'identité qui consiste à saisir les analogies secrètes et l'harmo-

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nie des choses de FUnivers moral et physique, est propice aux idées sur le beau et sur l'art, puisque le beau est justement l'harmonie des deux principes de l'existence, de l'essence et de la réalité, de l'idée et de la forme, de l'invisible et du visible. L'art ainsi compris, en animant la nature et la considérant comme la manifestation de la pensée divine, n'est plus une simple copie, ni l'extériorisation d'un concept issu de la pensée pure, mais la représentation du mystère qui s'érige au sein des choses... L'art imite la nature, qui elle-même imite les idées et représente la vie de la pensée, avec des symboles plus clairs. L'art a donc pour fonction de révéler cette force divine qui agit dans le monde et nous transporte dans un monde idéal, tout en restant l'interprète et le révélateur des mytères divins.

Hegel . — Le caractère général et la base de sa philosophie peuvent adopter le nom d'idéalisme absolu. Son esthétique comprend trois parties qui contiennent, comme les catégories de la Logique : le général, le particulier, l'individuel, et qui décrivent :

l*" L'idéal en soi ou dans sa généralité ;

2"" L'idéal dans les formes particulières de son développement historique ;

S'' L'idéal réalisé dans l'œuvre d'art individuelle ou le système des arts.

Le caractère théosophique prédomine également

dans l'ouvrage. Hegel voit partout sinon Dieu, du moins le divin, non pas le divin comme Fauteur, le théiste, mais sous la forme de Fidée, qui pour lui, est divine. Le monde est l'évolution de Fidée. Elle est immanente dans la nature, dans Fhomme et l'humanité.

L'art qui exprime l'idéal est une révélation. Ainsi Fidée divine et l'esprit divin sont partout : le divin, comme il le dit, est le centre des représentation de Fart.

Voici quelques fragments tirés de son Esthétique : « La vie animale et la vie humaine, ne peuvent réaliser l'idée sous sa forme parfaite, égale à Fidée elle-même. Elle est le principe pour lequel Fesprit ne pouvant trouver dans la sphère de la réalité et dans ses bornes, le spectacle immédiat et la jouissance de sa liberté, est forcé de se satisfaire dans une région plus élevée. Cette région est celle de Fart, et sa réalité, Fidéal

La nécessité du beau dans Fart se tire donc des imperfections du réel. La mission de Fart est de représenter sous des formes sensibles, le développement libre delà vie et surtout de Fesprit, en un mot, de faire l'extérieur semblable à son idée. C'est alors seulement que le vrai est dégagé des circonstances accidentelles et passagères, affranchi de la loi qui le condamne à une manifestation extérieure qui ne laisse plus voir le besoin du monde prosaïque de la nature, à une représentation digne

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de lui qui nous offre le spectacle d'une force libre ne relevant que d'elle-même, ayant en elle-même sa propre destination et ne recevant pas les déterminations du dehors

Ce qui existe dans la nature, est quelque chose de purement mrfz^zV/?^^/ et particulier, La représentation au contraire est essentiellement destinée à manifester le général

Le véritable artiste a un penchant naturel et un besoin immédiat de donner une forme, à tout ce qu'il éprouve et à tout ce que son imagination lui représente. Un musicien ne peut manifester ce qui l'émeut profondément, que par des mélodies, le peintre emploiera des formes visibles et des couleurs, le poète revêt les images, des mots et des sons articulés de la voix. »

Ensuite Hégel rattache à trois formes principales l'expression d'art :

1^ La forme symbolique. — Ici l'idée cherche sa véritable expression dans l'art sans la trouver, parce qu'étant abstraite et indéterminée, elle ne peut se créer une manifestation conforme à sa véritable essence. Elle se trouve en face des phénomènes de la nature et des événements de la vie humaine, comme en face d'un monde étranger, aussi elle s'épuise en inutiles efforts pour faire exprimer à la réalité des conceptions vagues et mal définies; elle gâte et fausse les formes du monde réel qu'elle saisit dans des rapports arbi-

traires. Au lieu de combiner et d'identifier, de fondre ensemble la forme et l'idée, elle n'arrive qu'à un rapprochement superficiel et grossier, ces deux termes ainsi rapprochés, manifestent leur mutuelle hétérogénéité et leur disproportion.

2° Mais l'idée, la vertu de sa nature même ne peut ainsi rester dans l'abstraction et l'indétermination. Principe d'activité libre, elle se saisit dans sa réalité comme esprit. L'esprit alors comme sujet libre est déterminé par lui-même, il trouve dans son essence propre la forme extérieure qui lui convient. Cette unité, cette harmonie parfaite de l'idée, et de sa manifestation extérieure constitue la deuxième forme de l'art : la forme classique.

Ici l'art a touché à sa perfection, autant que s'est accompli l'accord parfait entre l'idée, comme individualité spirituelle, et la forme réalité sensible et corporelle. Toute hostilité a disparu entre les deux éléments pour faire place à une parfaite harmonie.

S"" L'esprit, néanmoins, ne peut s'arrêter à cette forme qui n'est pas sa réalisation complète. Pour y arriver, il faut qu'il la dépasse, qu'il arrive à la spiritualité pure, que, se repliant sur lui-même, il descende dans les profondeurs de sa nature intime. Dans la forme classique, en effet malgré sa généralité, l'esprit se révèle avec un caractère particulier déterminé, il n'échappe pas au fini. Sa forme, extérieure comme toute forme

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visible est limitée. Le fond, l'idée elle-même, pour qu'il y ait fusion parfaite, doit offrir le même caractère. Il n'y a que l'esprit fini qui puisse s'unir à la manifestation extérieure, pour former une indissoluble unité. Dès que Tidée du beau se saisit comme l'esprit absolu ou infini, par cela même, elle ne se trouve plus complètement réalisée dans les formes du monde extérieure, c'est seulement dans le monde intérieur de la conscience, qu'elle trouve comme esprit sa véritable unité. Elle brise donc cette unité qui fait la base de l'art classique; elle abandonne le monde extérieur pour se réfugier en elle-même. C'est là ce qui fournit le type de la forme dramatique. La représentation sensible avec ses images empruntées au monde extérieur, ne suffisant plus pour exprimer la libre spiritualité, la forme devient étrangère et indifférente à l'idée, de sorte que l'art romantique reproduit ainsi la séparation du fond et de la forme par le côté symbolique.

En résumé, Xart symbolique cherche cette unité parfaite de l'idée et de la forme extérieure ;

\^art classique la trouve par les sens et l'imagination, dans la représentation de l'individualité spirituelle;

h' art romantique la dépasse dans sa spiritualité infinie qui s'élève au-dessus du monde visible.

L'histoire abrégée de l'art est une histoire des religions. L'idéal symbolique et ses monuments,

ce sont les croyances religieuses de la Perse, de rinde, de l'Egypte qui en donnent le sens.

L'idéal classique c'est le polythéisme et ses divinités.

L'idéal romantique est l'idéal chrétien. La foi de l'idéal romantique est la foi de l'idéal religieux. Ce qui manque aux artistes aujourd'hui, c'est la foi. Toutes les formes religieuses étant tombées, l'art, pour retrouver sa force épuisée, doit se consacrer à un nouveau culte, celui de l'humanité.

Hégel définit le beau : la manifestation sensible de ridée. Le beau, c'est l'idée, non l'idée abstraite, mais concrète. Celle-ci apparaît dans une forme extérieure ou sensible à laquelle elle est étroitement liée et qui la manifeste. Les deux termes non seulement s'accordent, mais se pénètrent. Leur fusion est intime et réciproque, le lien qui les unit est un lien d'identité.

Le beau réside dans l'apparence, il apparaît ; l'idée rayonne à travers la forme.

L'idée ici est l'idée platonicienne.

La forme au sens métaphysique, c'est la pluralité opposée à l'unité ; Lindividualité à la généralité; la matière à l'essence; c'est aussi la nécessité opposée à la liberté, le sensible au rationnel.

Darwin fait de l'art une fonction presque naturelle, instinctive, puisque les animaux en font cas dans leurs relations sexuelles.

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Herbert Spencer cherche rorigine de l'art, dans le jeu. Chez les animaux inférieurs, toute Ténergie vitale est employée à l'entretien de la vie individuelle et de la vie de la race; mais chez l'homme, quand ses instincts ont été satisfaits, il reste un surplus de force qui se dépense en jeu, puis en art.

Du symbole, terme qui reviendra souvent sous notre plume, au cours de cette étude, nous allons chercher à donner une définition claire et précise. Nous demanderons donc au philosophe de nous fixer définitivement sur sa haute signification. Voici à ce sujet, comment il s'exprime L'idée étant vague et indéterminée, incapable d'un développement libre et mesuré, ne peut trouver dans le monde réel, aucune forme fixe qui lui réponde complètement ; dans ce défaut de correspondance et de proportion, elle dépasse infiniment sa manifestation extérieure.

Hégel définit le symbole : un objet sensible qui ne doit pas être pris en lui-même tel qu'il s'olfre à nous, mais dans un sens plus étendu et plus général. Il y a donc dans le symbole, deux termes : (( Le sens et l'expression ». Le premier est une conception de l'esprit, le deuxième un phénomène sensible, une image qui s'adresse aux sens. C'est donc « un signe »... Lorsque l'homme pressent dans les phénomènes de la nature quelque chose de grand, de mystérieux, une puissance cachée

qui se révèle, alors il éprouve aussi le besoin de se représenter ce sentiment intérieur d'une puissance générale et universelle. »

Tous les artistes peuvent donc revendiquer le droit au symbole et son emploi, car c'est lui qui exprime le plus totalement et on peut dire d'une façon toute instinctive les sentiments, les rêves que la matière plastique ne peut révéler, n'ayant à sa disposition que l'expression concrète fournie par la nature. C'est en un mot le verbe suggestif qui aide à la perception de l'inexprimé. Du symbole ainsi compris, on peut dire qu'il est éternel, car il suscite de l'âme de Tartiste dans l'âme des hommes le mystérieux prolongement de l'idée réalisée. C'est donc par excellence le seul mode représentatif de l'abstrait, de l'absolu.

En résumé, l'œuvre d'art doit être conçue en plein enthousiasme par le seul désir de perfection qu'a en lui l'artiste. Car le devoir de chacun de nous est de se tracer un idéal aussi élevé que possible et de le réaliser. C'est l'extériorisation matérialisée du trop plein Imaginatif d'un cœur débordant de bonté et de sensibilité, destiné à retléter en une large synthèse, les harmonies de l'univers.

L'œuvre ou notation matérielle, peut donc être considérée comme la projection sur un écran, de la résultante intellectuelle de l'artiste; ou encore, la forme adorante d'une religion dont la base.

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dont le besoin inné chez Tartiste, est la représentation : la marche ascendante vers l'unité.

L'esthétique pousse à la recherche des rapports les plus simples employés dans les notations d'art.

En définitive, l'œuvre d'art pourrait se définir : L'extériorisation matérialisée d'un enthousiasme destiné à devenir en quelque sorte « le lieu géométrique de l'idéation humaine ».

La pensée ne crée rien qui n'existe déjà, mais elle comprend tout ce qui est créé, elle domine la création parce qu'elle la comprend.

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