‹ L'art de demainChapitre 17 sur 35 · SCULPTURE · texte numérisé non relu

SCULPTURE

L'art du sculpteur consiste à représenter sous son aspect typique, la beauté des objets épars dans l'univers. Ses trois dimensions lui aident à conclure par l'entremise de la matière, à la prédominance du caractère typique sur la physionomie individuelle, du général sur le particulier. L'agitation et la violence doivent être proscrites de sa majestueuse sérénité. L'attitude calme, la sobriété du geste, sont les éléments indispensables à l'œuvre sculpturale. D'autre part, le statuaire repousse la

couleur qui donnerait à ses conceptions, l'apparence de la vie. Ce mensonge ferait bien vite apercevoir l'absence de la création phénoménale et donnerait à Tœuvre, Faspect cadavérique.

Dire à la sculpture qu'elle ne devrait jamais se détacher du bloc, c'est lui rappeler formellement ses origines d'art plastique lié invariablement à l'architecture, confondant le rythme de ses lignes et de ses volumes, soulignant de son symbole naïf, l'abstraction des masses, l'effort de la matière.

Originairement incorporée aux volumes d'architecture, elle devient au temps du paganisme, l'expression anthropomorphique, animant de son souffle plastique les phénomènes de la nature.

Le christianisme, en construisant ses admirables cathédrales, invita cet art plastique à réintégrer sa place première en répartissant sur des socles aériens, les milliers de statues de ses saints. Mais, à mesure que le temple se spiritualise, la simplicité s'accentue et de nouveau, il se dépouille de sa notation sculpturale, pour bientôt s'afi*ranchir de toute surcharge inutile. Cet art se trouvant abandonné et n'ayant plus de toit pour abriter sa durée, descend dans la rue oîi nous le rencontrons actuellement à chaque pas, déshonorant le calme de nos carrefours, de ses gestes désordonnés. En s'asseulant de la sorte, la sculpture devient un semblant, un mensonge de vie. Il faut à tout prix qu'elle redevienne ce qu'elle était aux grandes époques

d'art, la servante intelligente, la fille aînée de l'architecture, ou bien qu'en s'isolant, elle forme un élément à part, ayant sa vie propre et trouvant en elle son commencement et sa fin, transcription nette et précise dans le bloc pétrifié, da drame humain, en des gestes harmonieux.

La première fois que le sculpteur moderne unifia l'allégorie à la commémoration d'un fait, il y eut là une idée jolie ou gracieuse. Depuis que des milliers d'exemplaires sont venus répéter la même volonté d'expression, le geste est devenu banal. Il est temps de rappeler le cerveau des sculpteurs à une compréhension plus moderne, à une originalité plus vibrante. De la simplicité naîtra la grandeur, de la volonté du geste sortira l'idée, et c'est l'harmonie totale qui fondra et confondra ces deux fragmentations issues du cerveau de l'artiste créateur. La connaissance plus complète de la matière employée ne conviera plus l'artiste h s'affranchir des lois primordiales et à constituer des fautes irrémédiables contre les lois immuables de la stabilité des corps, en créant des gestes, des attitudes auxquelles des armatures viennent apporter un supplément de force que la matière seule serait incapable d'assurer.

Nous conclurons donc à la définition suivante : la sculpture est^ suivant certaines lois de stabilité et d' appropriation de la matière employée^ l^éveic dans cette matière, du drame émit de r humanité.

Page 1