EGYPTE
Lucien rapporte que les premiers hommes qui, à notre connaissance, ont quelques notions des dieux, sont les Egyptiens.
De toute antiquité, l'Egypte se trouve admirablement organisée avec ses dieux, ses rois et ses prêtres. Les prêtres qui sont en même temps les savants, détiennent entièrement le pouvoir, tout en laissant le peuple enfant se livrer aux superstitions les plus grossières. Aussi voyons-nous la mythologie adopter ce double aspect ; puérile avec l'homme du peuple pratiquant dans le polythéisme, un culte grossier; savante, au contraire, avec le prêtre et expression vivante, dans sa foi monothéiste, de la multiplicité infinie des attributs de Dieu, dont Amon-Ra est la personnification la plus parfaite : le roi des dieux. Au-dessous de lui se trouve la sagesse qui a enfanté le soleil et
s'est incarnée dans la nature infinie. C'est elle qui dit au temple de Taïs : « Je suis tout ce qui a été, tout ce qui est, tout ce qui sera et nul mortel n'a encore levé le voile qui me couvre ». Auprès de la sagesse éternelle, véritable force créatrice, est placé « l'Homme divin ».
A cette première hiérarchie de la puissance divine, se subordonnent plusieurs autres hiérarchies oix sont groupées de trois en trois, les divinités. En tout on distingue : le principe mâle, élément actif fécondant, le principe femelle, élément passif où se produit la fécondation, et enfin le fruit de leur union.
Dans l'échelle des divinités, le bas de la série des incarnations provenant de l'Etre suprême est réservé aux esprits grossiers. Ces divinités familières, plus accessibles que les autres, sont Isis, Osiris, et leur fils Horus.
Hermès Trismégiste participe de Fêtre suprême et s'est manifesté sur la terre en la personne de Totht, à l'époque où Isis et Osiris civilisaient l'espèce humaine. Thotht, l'Hermès terrestre, enseigne aux hommes le langage parlé et écrit, en même temps que les arts. C'est aux prêtres qu'appartient le dépôt de ces livres sacrés, source de la science des choses divines.
Ce qui frappe en Egypte, c'est le caractère harmonieux des monuments avec le pays qui les çontient. Différente de la Grèce où le paysage forme
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il chaque instant des contrastes si frappants de reliefs imprévus, sommets inégaux et hardis, l'Egypte montre partout des plaines unies et monotones, et les chaînes de montagnes qui les limitent, présentent des hauteurs égales. La pureté du ciel, l'éclat incomparable de la lumière aident aussi à révéler l'admirable symphonie des couleurs dont ces monuments sont revêtus. Et si la splendide masse de leurs monuments nous étonne encore, c'est que les Egyptiens se servaient de la corvée pour en mener à bien l'exécution. Sous la conduite d'architectes, une armée de travailleurs, stimulés par le bâton, dressaient ces masses énormes de granit. Cet effort collectif de toute une population s'acharnant à une seule entreprise, accomplissait et en peu de temps ces travaux gigantesques, les pyramides, que le temps a respectés.
Primitivement, les temples égyptiens n'avaient aucune décoration. On croit avoir retrouvé à Giseh un de ces antiques édifices. Ce temple paraît se cacher aux regards. « Il faut se garder, dit Mariette, de confondre le temple égyptien, avec l'église chrétienne ou la mosquée musulmane. Le temple n'est pas un lieu où les fidèles se rassemblent pour dire la prière en commun. On n'y célèbre aucun culte public ; personne même n'y e^t admis, que les prêtres et le roi. Le temple est un proscynème royal, c'est-à-dire un monument de la
piété du roi qui Ta fait élever pour mériter la faveur des dieux. C'est une sorte d'oratoire, rien de plus. » La décoration du temple n'est alors qu'une série de peintures représentant le roi, offrant à la divinité quelque don, atin d'obtenir d'elle certaine faveur.
C'est dans le temple de Khons, situé auprès du grand temple de Karnak, dans le voisinage de Thèbes, que nous est révélée dans son ensemble, l'unité de conception de l'édifice. Un pylône à murs très épais, forme l'entrée et précède une cour entourée de murailles. Dans l'axe de cette cour et face à l'entrée, se trouve une porte donnant accès à une salle rectangulaire hypostyle, placée dans le sens transversal et qu'on nomme salle de l'assemblée. Une troisime porte, toujours suivant l'axe principal, s'ouvre sur le sanctuaire où le roi et les prêtres sont seuls admis à pénétrer. Ce sanctuaire renferme l'emblème destiné à révéler l'attribut de Dieu. Hérodote nous rapporte que durant les grandes cérémonies, les prêtres traînaient sur un char à quatre roues, cet emblème, enfermé dans une sorte d'arche ou tabernacle en bois doré. Cette tradition existait également chez les Hébreux.
Le sanctuaire ou Secos, consiste principalement en une chambre rectangulaire, isolée du i*este de l'édifice ; de chaque côté s'ouvre une chambre, placée à quelque distance du sanctuaire ; en arrière,
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une autre salle, sorte d'opisthodome, servait sans doute, comme chez les Grecs, de dépôt pour les objets précieux.
Il est curieux de noter que les hauteurs des différents bâtiments composant le temple, diminuent à mesure que l'on s'éloigne de l'entrée, pour atteindre son minimum, à l'épisthodome. Les salles qui la composent sont basses, d'aspect écrasé, et les contrastes de lumière sont frappants. Dans le temple de Khons, par exemple, la cour d'entrée, à ciel ouvert en son milieu, est largement éclairée; la cour hypostyle, déjà plus sombre, prépare au recueillement; enfin le sanctuaire obscur recèle son mystère.
Par de nombreux escaliers, la foule s'épandait sur la terrasse du temple, d'où elle pouvait embrasser l'ensemble des cérémonies.
Ces monuments étaient revêtus de couleurs vives, d'autant plus nécessaires, que l'ornementation était d'une sobriété extrême.
A cette religion supérieure, s'ajoutait pour les Egyptiens, une grande préoccupation de ce qui suit la vie, aussi peut-on affirmer que l'architecture religieuse est presque totalement empreinte de ce caractère et les monuments funéraires, très noni-
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breux en Egypte, sont-ils l'expression la plus haute de cette conception d'outre-tombe, où ce peuple a dépensé tout son admirable instinct artistique en des ouvrages gigantesques qui défient les ravages du temps ! Les Egyptiens croyaient que la vie ne s'arrêtait pas à la tombe, et la mort n'était pour eux qu'un arrêt pendant lequel le corps exhalant quelque chose de lui qui dure plus que la vie, s'incarnait dans ce qu'ils appelaient le double. Ce que Maspero traduit par : un second exemplaire du corps en une matière moins dense que la matière corporelle, la projection colorée mais aérienne de l'individu, le reproduisant trait pour trait; enfant s'il s'agit d'un enfant, femme s'il s'agit d'une femme, homme s'il s'agit d'un homme. Cette idée du double devient l'image, sLccpXov, chez les Grecs et l'ombre, chez les Latins ; mais ce double n'étant pas immatériel comme l'âme, telle que la conçoivent les philosophes, a besoin néanmoins d'une demeure et d'aliments tout comme le corps dont il est séparé. Il a besoin d'un soutien sur lequel il repose sa fragile existence, et c'est ce corps lui-même dont il est détaché qui lui en tiendra lieu. Car au jour de la réincarnation, il faut que le double puisse le retrouver et se réunir de nouveau à lui.
Aussi l'art égyptien s'efForcera-t-il d'imprimer aux monuments funéraires ce caractère d'éternité ! Car c'est dans ce monument que reposera la momie
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rendue indestructible par les préparations multiples auxquelles on la soumet, dessication, embaumement, bandelettes, etc..., et le constructeur emploie tout son génie à la mettre éternellement à l'abri des ravages du temps et des investigations humaines, en accumulant de véritables montagnes de granit, telles que les pyramides géantes élevées par Cheops, Kephren, Mikerinos, ou encore en creusant dans le roc ou dans la terre, toujours à l'abri des crues du Nil, de véritables labyrinthes inaccessibles, destinés h garder éternellement, le secret d'une tombe inviolable.
Le culte des morts est donc chez les Egyptiens, une préoccupation de tous les instants. Les parents et les amis du mort s'assemblent souvent autour de sa sépulture et président à un banquet dont le double a sa part. Mais ceux-ci venant à disparaître, le double n'aura plus pour se soutenir que ce qu'il aura emporté avec lui dans la tombe. C'est alors que les murs se couvrent de peintures naïves le représentant dans sa forme matérielle, accomplissant les multiples occupations de la vie commune. Le mort est censé jouir de ce spectacle, et tous ces gens occupés aux différents travaux, semblent encore lui apporter l'appoint de leurs efforts. Les aliments que ceux-ci préparent, suffisent à l'entretien de celui qui n'est plus que « l'ombre d'un homme ». ((L'Egyptien, dit Maspero, croyait qu'il s'assurait ainsi, au-delà de la vie
terrestre, la réalité de toutes les scènes et de tous les objets qu'il faisait représenter dans sa sépulture. » Il faut évideinment voir du sein de ces figurations ainsi réalisées, poindre un art magnifique, plein de vitalité. C'est de cette croyance en une survie, qu'est née la peinture. La sculpture ne fut pas moins favorisée ; le soutien dont le double a besoin devant donc être un corps qui la complète et la momie, si indestructible soit-elle, devant finir par périr, il faut transmuer en une enveloppe corporelle identique, une ressemblance immédiate, de façon que le double puisse se tromper et incarner l'image de pierre au lieu du corps réel. Cette imitation parfaite, la sculpture seule pouvait la résoudre. Aussi retrouve-t-on dans nombre de chambres funéraires ces monolithes animés par le ciseau de l'artiste, d'un semblant d'existence !