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CHAPITRE II LTNITÉ HUMAINE

MATIÈRE l'homme physique

Avant de considérer les modes : voir, sentir, penser, qui sont le propre de l'homme, il est utile de passer en revue les différentes catégories de sciences qui le déterminent.

La physiologie, la biologie, examinent sa nature matérielle, tandis que la philosophie étudie les facultés de sa nature spirituelle. De cette étude, nous tirerons la conclusion nécessaire à l'expression de ce dualisme harmonieusement uni où la matière et l'esprit séparés et analysés, finiront par se joindre en une unité supérieure, ce qui constituera toute l'harmonie.

D'autre part, l'art représentant l'union du sen-

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timent et de la pensée dans lame de l'individu, s'appuiera sur cette étude destinée à révéler les deux natures constitutives de l'unité humaine, pour affirmer de nouvelles harmonies individuelles.

En reconstituant toute l'évolution passée dans l'histoire de l'espèce, l'art résoudra de nouvelles conceptions adaptées aux besoins moraux collectifs.

Commençons donc par déterminer son caractère physique.

Le corps de l'homme comme celui de la plupart des animaux est composé de deux moitiés accolées dans leur longueur, ce qui fait que nous avons deux yeux, deux oreilles, deux hémisphères du cerveau, etc. (les parties du milieu du corps, comme la langue, etc., sont formées de deux moitiés symétriques réunieset soudéespar le milieu). Cette conformation double dans les organes des sens donnedes sensations physiques doubles, mais parce qu'elles s'opèrent dans le même moment, elles nous paraissent uniques et simples ; car elles se fondent et se confondent en un seul corps, de même que nos organes doubles.

Or nous sentons par des organes doubles qui ont des forces à peu près égales, c'est-à-dire consonnantes ; nos idées et notre entendement sont donc compris par ces sensations doubles et simultanées,

et nous y sommes habitués depuis notre naissance. Par suite de cette habitude et de la conformation double des hémisphères du cerveau, par analogie, nous cherchons hors de nous-mêmes, des sensations doubles. Voilà pourquoi nous aimons la symétrie dans les objets; c'est pour cela que les correspondances nous plaisent, que les comparaisons nous sont agréables, que les rapports, les harmonies, les consonnances nous délectent. Tout ce qui est isolé nous paraît déchiré de la grande trame des êtres; l'unité qui nous plaît est le concours égal de deux semblables, car tout est relatif à quelque chose dans l'Univers, tout a ses liaisons et ses harmonies, jusqu'à la discorde même.

L'union sexuelle paraît émaner de cette conformation double dans tous les animaux, dont le corps est de deux moitiés égales. On sait que si l'on fait vibrer un corps sonore près d'un semblable corps sonore au repos, ce dernier vibrera bientôt à l'unisson. Ainsi une corde tendue près d'une autre corde agitée, une cloche auprès d'une autre cloche ébranlée, entrera immédiatement en vibration. De même que nous avons deux oreilles, deux yeux, qui nous donnent simultanément une même sensation à l'unisson, de même il nous faut des affections doubles. Nous ressentons alors des plaisirs analogues aux consonnances harmoniques. De là naît l'affinité, cette faculté d'attirer, d'être attiré^ de tendre fortement à s'unir à ce qui attire,

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Ce magnifique attrait produit « l'Amour )).Émerson a poétiquement défini cet attrait : « Les atomes marchent en cadence »... et c'est de cette conformation double des sexes opposés que dérive ce principe d'union et de correspondance. Principe dont on retrouve des preuves irrécusables chez tous les animaux dont le corps est de deux moitiés égales; tandis que les coquillages univalves et bivalves, les zoophites, qui ne sont pas formés de deux moitiés symétriques, ainsi que les espèces dont le corps mou n'a pas une figure constamment régulière, manquent de ce principe de sympathie. C'est un fait reconnu que les animaux symétriques, tels que les quadrupèdes, les oiseaux, les reptiles, les poissons, les crustacés et les insectes ont toujours leurs sexes séparés, sur deux individus différents; mais les coquillages, les zoophites, les vers, tels que le colimaçon, la sangsue, le lombric, l'huître, et en générait tous les acéphales, sont tous hermaphrodites ou androgynes. Une huître, par exemple, est parfaitement indifférente, à une autre huître, elle n'a de rapport qu'avec elle seule et peut se suffire à elle-même... Tout l'univers ainsi est animé d'une vie générale qui se distribue en quantités plus ou moins grandes, suivant l'ordre des substances créées, formant une chaîne de vie graduée dans un ordre décroissant depuis l'homme jusqu'à l'anthropoïde, de l'anthropoïde à la plante, et de la plante au minéral.

Au commencement, les êtres naissaient d'autres êtres, par bourgeonnement, par scissiparité, c'està-dire par division de l'individu ou par formation de germes cellulaires. Certains organismes dits inférieurs, se reproduisent encore de cette façon.

Plus la vie est active, plus elle est adhérente à la matière. C'est ainsi que les insectes, les vers, les reptiles vivent toujours longtemps après avoir été coupés en morceaux; les polypes même se régénèrent par ce moyen. Dans le minéral, chaque molécule a son existence individuelle, son moi d'action et d'individualité. Dans les plantes et les animaux les plus simples, tels que les polypes, il y a plusieurs moi agrégés ensemble etqui peuvent être séparés, comme le prouvent les boutures. Dans les animaux compliqués, il n'existe qu'un seul moi de vie; aussi la division les fait périr.

De même que l'âme du monde physique conserve une attraction perpétuelle vers sa source, de même elle communique cette même tendance à la matière avec laquelle elle est unie; en se rapprochant davantage encore de son origine, elle acquiert une prépondérance plus grande sur la matière. C'est ainsi qu'on voit un corps se pénétrer d'autant plus de chaleur à mesure qu'il s'approche davantage du foyer qui la répand. Ainsi le minéral remonte graduellement à l'état végétal, la plante aspire à l'état animal, et la bête aspire à celui de l'homme, à mesure que la matière se pé-

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notre davantage de Fesprit de vie. Nous aspirons de même h un état plus noble et plus relevé; par l'instruction, par les lois, les arts, les religions, les sciences, nous essayons de nous élancer jusqu'à la « Force infinie ». Tout nous y attire, nous cherchons à nous réunir à notre essence; mais le poids de la matière nous retient sur la terre.

La même gradation qui se remarque dans les règnes de la nature, existe de même dans l'homme ; la substance animale y est plus abondante que la matière végétale ou moins animée ; celle-ci est encore plus abondante que la matière brute ou presque entièrement inanimée. Et considérez encore que formé des substances des trois règnes^ l'homme a par conséquent avec elles des liaisons et des relations plus ou moins intimes, selon que ces substances sont plus ou moins abondantes dans sa constitution.

Au sommet de l'échelle des êtres animés, l'homme apparaît donc dans sa radieuse beauté comme une sorte de synthèse des règnes antérieurs. Son esprit est composé de trois facultés principales qui renferment toutes les autres. Ce sont : la Mémoire, l'Imagination et le Jugement. Ces facultés produisent des fictions, véritables créations humaines.

La raison constate des faits en nous et hors de nous, et établit leurs lois. La Conscience se composant de sentiment et de pensée ne peut être

moralisée que par la vérité esthétique et dialectique ; c'est ce qui fait en définitive l'objet de l'art et de la philosophie.

Bichat voit deux vies qu'il nomme vie d'organisation et vie de relation, et montre que chaque genre de fonctions, de relation et d'organisation forme un tout qu'on ne peut isoler, et qui a un but commun : ce tout est la vie.

Il dit aussi que les fonctions de l'animal forment deux classes bien distinctes. Les unes se composent d'une succession habituelle d'assimilations et d'excrétions. L'animal ne vit qu'en lui par cette classe de fonctions ; par l'autre il existe hors de lui ; il est habitant du monde, et non comme le végétal, du lieu qui le vit naître.

Un végétal, dit Buffon, n'est qu'un animal qui dort.

Tout est symétrique dans la vie animale, dit Bichat, et tout irrégulier dans la vie organique ; tout est intermittent dans la vie animale, et tout continu dans la vie organique ; tout est harmonique dans la vie animale,^ et tout discordant dans la vie organique.

11 y a deux yeux, deux oreilles, deux narines séparées par une cloison moyenne ; il y a deux

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mains, deux pieds, deux jambes, deux bras, deux cerveaux ou deux hémisphères.

On a considéré le corps vivant comme étant formé de deux moitiés égales et symétriques, adossées et pour ainsi dire collées vers Taxe du corps.

Bu (Ton a écrit sur Vhomo duplex des pages remarquables. « L'homme intérieur, dit-il, est double; il est composé de deux principes différents par leur nature, contraires par leur action. L'âme, ce principe spirituel, ce principe de toute connaissance, est toujours en opposition avec cet autre principe animal et purement matériel. Le premier est une lumière qu'accompagnent le calme et la sérénité, une source salutaire d'où émanent la science, la raison, la sagesse; l'autre est une fausse lueur qui ne brille que dans la tempête et l'obscurité, qui coule en torrent impétueux et entraîne à sa suite les passions et les erreurs. »

Flourens nous indique que dans la vie il y a des forces qui gouvernent la matière; le grand secret de la vie est « la permanence des forces et la mutation continuelle de la matière ».

Toute la matière, tout l'organisme matériel, tout l'être paraît et disparaît, se fait et se défait ; une seule chose reste : la force qui fait et défait, qui produit et détruit, qui vit en un mot au milieu de la matière, et la gouverne.

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Trembley coupe un polype par morceaux et chaque morceau redonne un polype entier. Bonnet coupe une naïde par morceaux et chaque morceau redonne une naïde entière. La matière n'est, selon l'heureuse expression de Cuvier, que dépositaire de ces forces. La matière actuelle ne les a reçues qu'en dépôt; elle les a reçues de la matière qui les a précédées et ne les a reçues que pour les rendre à la matière qui la remplacera bientôt.

(( Ainsi donc la matière passe et les forces

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