RESTENT
La loi, la grande loi qui fixe les rapports des forces avec la matière dans les corps vivants, est donc d'une part, la permanence des forces, et de l'autre, la mutation continuelle de la matière.
Gall a définitivement établi dans la science la véritable et fondamentale doctrine : le sens ne reçoit que l'impression, et c'est dans le cerveau seul que se fait la perception. C'est dans le cerveau seul que siège la faculté supérieure, « la faculté intellectuelle ». C'est dans le cerveau seul que l'esprit, que l'âme réside.
La vie est un principe d'activité, principe complexe par l'ensemble des forces qui le composent, simple par son essence, et par l'unité même du nœud vital où ce principe réside.
Chacune de ces forces peut être éteinte séparément, chacune étant indépendante. — L'intelli-
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gence réside dans un organe déterminé, le cerveau proprement dit, (( lobes ou hémisphères cérébraux », et la vie dans un autre organe, la moelle allongée ou nœud vital.
En conséquence, l'intelligence se trouve située ailleurs que là où est la vie, et la vie, ailleurs que là où est Tintelligence. Il est donc parfaitement possible de séparer et d'abolir l'organe de l'intelligence et rintelligence, par ce fait, sans altérer la vie le moins du monde. Si donc on opère Tablation des lobes du cerveau, toutes les facultés qui survivent, sont des facultés vitales d'où dépendent les fonctions de nutrition (c'està-dire la digestion, la circulation, la respiration, etc.), les fonctions de mouvement, de locomotion et même de sensation : toutes les facultés qui se perdent par suite de cette ablation sont des facultés intellectuelles, d'où dépendent toutes les fonctions, tous les actes d'entendement, tels que : la perception, la mémoire, le jugement, la volition.
En résumé, se mouvoir, se nourrir, sentir, tout cela c'est t^it^r^; percevoir, juger, vouloir, tout cela c'est penser,
On peut dire que l'homme réunit toutes les qualités extérieures des règnes organisés; il en est
en quelque sorte le cerveau, la partie intellectuelle et sensible « par excellence », car ilal'intelligence, c'est-à-dire la faculté de concevoir des rapports, et d'établir leurs lois. Placé au sommet de réchelle des règnes organisés, dont il est en quelque sorte le résumé, l'homme a reçu, en naissant, comme un apport naturel, des perceptions vagues, indéfinies qui ont pour point de départ, la cause première et pour point d'arrivée : Dieu, la force, l'infini.
Sommes-nous semblables à certains êtres inférieurs qui, destinés à subir plusieurs métamorphoses, présentent, dès les premières phases de leur développement, des organes rudimentaires sans utilité directe, et n'avons-nous pas en nous, en notre cerveau, des facultés incomplètes, des cellules qui perçoivent et emmagasinent obscurément des form.es, des idées, des sensations qui dépassent les limites du monde sensible ?
Or, la science ne résout pas les problèmes que se pose toute âme humaine en état de penser.
Ces problèmes, aussi vieux que l'humanité, quels sont-ils ? C'est l'origine et la destinée de l'homme, en un mot le but de la vie. Si on accorde à la vie une quantité finie placée entre — oo et-j- oo, on peut raisonner sur ces limites finies, et c'est là le rôle de la science. C'est dans le monde fini que la science se saisit des faits, les observe sous toutes leurs dimensions, en détermine les rapports
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et les lois, et en classe les diiïérents systèmes. Tous ces enchaînements de phénomènes étudiés et classés, forment une sorte de science positive qui exclut toutes recherches sur les causes premières et l'essence des choses, conception subjective de Tesprit.
L'homme forme donc psychologiquement parmi les êtres animés, un règne à part. De Quatrefages le définit : u Un animal moral et religieux », supériorité sur les animaux qui partagent avec lui la sensibilité, l'intelligence, l'activité volontaire. Jouffroy ajoute qu' (( il croit par instinct et doute par raison ».
M. de Quatrefages nous donne à constater bien des faits généraux qui, à eux seuls, séparent rhomme des animaux. D'après lui, ces derniers n'ont que des besoins physiques, ils y satisfont le plus complètement possible. Mais ce but atteint, ils ne vont pas au delà. L'animal livré à lui-même ne connaît pas de superflu ou le soupçonne à peine. Par suite, ses besoins restent longtemps les mêmes; qu'il s'agisse de l'esprit ou du corps, Thomme au contraire court sans cesse après le superflu^ bien souvent aux dépens du nécessaire. Il résulte de là que ses besoins grandissent depuis ce jour. Le luxe de la veille devient pour lui l'indispensable du lendemain. Ce fait se retrouve aussi bien chez les sauvages que chez les peuples civilisés. Il faut donc voir en lui, un de ces caractères qui tiennent
à la nature même des êtres humains. Envisagé systématiquement et à ce point de vue, l'homme pourrait être défini : un animal qni a besoin de superflu^ à aussi juste titre qu'on l'a appelé un animal raisonnable.
Les moralistes ont de tout temps blâmé sévèrement cette tendance et condamné ces appétits insatiables qui demandent toujours plus et autre chose qu'ils n'ont. On ne saurait partager cette manière de voir. Loin de blâmer ce principe, ce qui n'est au fond qu'un désir de mieux ^ on ne peut y voir qu'un des plus nobles attributs de l'homme. Cette faculté est en réalité la plus sérieuse cause de grandeur. Le jour où l'homme serait pleinement satisfait, le jour où il n'aurait plus de besoins, il s'arrêterait et le « Progrès », cette grande et sainte loi de l'humanité, s'arrêterait aussi. En réalité, c'est le besoin du superflu qui a développé toutes nos industries. C'est lui qui a enfanté les sciences et les beaux-arts, sans lesquels vivent fort bien tant de races, tant de nations, et au milieu de nous, des populations entières.
Son sens esthétique augmente en raison du développement de l'intelligence. Là où le rustre, où l'homme vulgaire ne voit qu'un spectacle banal, l'homme doué d'intelligence comprendra tout de suite la splendeur des harmonies de la nature.
Ce sens n'existe pas chez les animaux ; car si Ton voit des fourmis, des castors, des singes, ani-
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maux réputés supérieurs dans l'échelle des êtres animés, se construire des maisons, des cellules compliquées, ce que l'on ne verra jamais, c'est le développement. Je perfectionnement apporté à l'édification de ces dernières cellules, ou des instruments destinés à les élever.
En un mot la supériorité de l'homme sur l'animal, c'est qu'il pense, généralise, abstrait. Suivant M. Vacherot : « L'homme, être moral, a une raison et une volonté. La raison lui montre le but à poursuivre dans le développement de sa vie physique et psychique, et sa volonté l'oblige à en poursuivre Taccomplissement. »
L'homme, être religieux, a une raison et une imagination. La raison qui lui fait concevoir l'invisible et l'intangible. L'imagination qui confond ces deux objets de sa pensée en une représentation symbolique.
En langage de philosophe, le premier point est de séparer même par les mots ce qui est du corps de ce qui est de l'âme; ce qui est vital de ce qui est intellectuel; les sensations, des perceptions, elles perceptions, des pensées.
L'instinct est à peu près toute l'intelligence* des animaux inférieurs ; l'intelligence proprement dite commence avec les animaux supérieurs; la raison n'appartient qu'à l'homme.
11 y a donc trois faits : l'instinct, l'intelligence et la raison.
L'instinct agit sans connaître ; rintelligence agit et connaît; et la raison seule connaît et se connaît. Et c'est parce qu'elle se connaît, que la raison se voit et se juge ; et que se jugeant, elle s'élève de l'intellectuel au moral.
Le moral n'appartient qu'à l'homme.
La raison se voit; la raison se juge; la raison s'étudie, et l'étude de la raison par la raison, l'étude de l'esprit par l'esprit est toute la philosophie humaine.
En résumé, l'homme peut être ramené aux deux conditions essentielles de sa nature. Par son instinct, il perpétue dans la race, le génie de l'espèce; par son intelligence, il développe en lui et hors lui, l'essence divine dont il est le reflet, « et transporte du monde interne qui l'agite, les notions et les ambitions qui s'élèvent bien au-dessus du monde fini, les notions d'infini, du beau, du complet, de l'éternel ».
Les modes, les mœurs et les sociétés meurent ou se transforment, l'ame reste identique a ellemême. Seuls les moyens d'expression se modifient.
le sens. — l'œil
La science ne peut être divisée en catégories. Les frontières, qui en semblent les limites, sont
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en réalité des barrières toutes fictives. Il est matériellement impossible de conclure à une spécialité quand il faut toutes les passer en revue, afin de fixer parmi les méthodes, l'expression physique, physiologique, psychologique, de Thomme.
Cependant, nous sommes amenés pour la clarté de cette étude h analyser les différends points de contact qui s'établissent entre l'homme et les phénomènes extérieurs.
Par rintermédiaire des sens, Fhomme communie avec la vie extérieure.
Ces organes des sens sont, comme nous l'enseigne la physiologie, sous la dépendance d'organes particuliers connus sous le nom de nerfs, dont l'ensemble constitue le système nerveux sensitif.
Les deux principaux, l'ouïe et la vue, sont les deux sens supérieurs, véritables organes du beau par l'intermédiaire desquels se révèle l'essence des objets.
L'œil est l'organe sensoriel qui nous met en rapport avec l'agent extérieur que nous appelons : lumière. Il fera l'objet principal de cette étude. Mais, tout d'abord, voyons ce qu'est la lumière.
Les deux systèmes destinés à expliquer la nature de la lumière sont :
l"" Le systèQie de l'émission, dû à Newton, définitivement abandonné ;
2° Le système des ondulations, dû à Descartes, est celui que nous conservons ici. La théorie des
ondulations, contrairement à la théorie de rémission, rejette toute idée de mouvement de translation dans la matière lumineuse; par elle, la lumière se propage par un mouvement de vibrations, se communiquant de proche en proche, avec une grande vitesse au sein de l'éther; substance très subtile uniformément répandue dans l'univers.
L'éther est pour la lumière ce que l'air est pour le son, c'est-à-dire le véhicule nécessaire à sa transmission. Les idées de Descartes, bien qu'antérieures à celles de Newton, furent rapidement oubliées; c'est qu'elles avaient pour base de simples spéculations philosophiques , où l'imagination jouait un plus grand rôle que l'observation et la critique des faits. En présence des arguments opposés par Newton, elles furent, à une certaine époque, classées au rang des conceptions poétiques, et par là, incapables d'apporter un soutien suffisant, aux théories scientifiques. Dans la suite, cependant, elles triomphèrent.
On peut comparer le mouvement qui produit la lumière, à celui qui engendre le son. Aussi est-ce dans l'étude des lois de l'acoustique qu'a pris naissance le système des ondulations, et c'est par une comparaison rigoureuse des phénomènes sonores et lumineux, que ce système s'est fortifié!
La lumière est, d'après les travaux de Fresnel, un état vibratoire de la matière. Le siège de ce mouvement vibratoire se trouve dans une subs-
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lance non pesante dénommée éther, qui existe partout où n'est pas la matière pesante et remplit les interstices que laissent entre elles les molécules de cette matière.
C'est ainsi que la lumière se propage dans le vide le plus parfait. Dans l'éther, la vibration lumineuse parcourt ce fluide avec une vitesse de 300 à 330 kilomètres à la seconde, tandis que le son ne parcourt environ que 330 mètres dans le même temps.
Par le phénomène connu des interférences^, Fresnel a réussi à éteindre l'un par l'autre, des rayons lumineux de phases contraires, en les superposant de façon convenable.
Cette expérience nous convainc définitivement de la justesse de la théorie considérant la lumière non plus comme une projection de particules colorées, mais comme une vibration, un mouvement ondulatoire.
La lumière blanche du soleil n'étant pas simple, le physicien la décomposa à l'aide du prisme en une gamme de nuances différentes,
1. On sait qu'en acoustique on exprime par succession des ondes condensantes et des ondes dilatantes, l'action de la vibration sur l'air ambiant, et que si, par un artifice réalisé de plusieurs manières, on fait arriver au même endroit de l'air, des vibrations sonores de même fréquence, de même longueur d'onde, produisant par conséquent le même son, mais à des phases opposées de la vibration, l'air sera soumis en même temps à des efforts opposés qui s'entredétruisent ; au lieu de sons on aura le silence. C'est à cette extinction de son qu'on a donné le nom dïnterférence;
pouvant se rapporter à six couleurs typiques.
Chaque couleur simple possède sa couleur complémentaire. Les couleurs complémentaires sont celles qui, prises deux à deux, produisent le blanc par leur mélange.
Cette expérience nous amène à la conclusion suivante : c'est que Fœil est incapable par luimême de faire l'analyse de la lumière composée. Contrairement à l'oreille qui analyse les sons, l'œil est un appareil synthétique.
La couleur de la lumière peut être mise en parallèle avec la hauteur des sons ; l'une et l'autre sont sous la dépendance du nombre de vibrations. La série des nuances spectrales forme une gamme comme une série de sons échelonnés dans un ordre croissant de rapidité vibratoire. En comparant à ce point de vue, les couleurs spectrales avec les notes de la gamme, on arrive même à saisir de curieuses relations. Le rouge, le jaune, le vert, le bleu, le violet, exécutent un nombre de vibrations dont le rapport est le même que celui des notes : ut, ré, mi bémol, fa et sol. Remarquons en passant que les sons musicaux perceptibles comprennent une étendue de dix octaves; tandis que la gamme des couleurs extrêmes embrasserait seulement une quinte. Sous ce rapport, l'oreille est supérieure à l'œil.
L'œil se compose essentiellement d'une cornée, membrane transparente et convexe, d'une cour-
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bure presque sphérique qui limite en avant, un liquide, a l'humeur aqueuse », de même réfringence que l'eau. Les rayons lumineux se concentrent sur cette cornée : mais comme l'humeur vitrée, d'indice de réfraction semblable à l'humeur aqueuse, laisserait passer les rayons lumineux qui finiraient par se concentrer bien en arrière de la rétine, il était nécessaire qu'il y eût sur leur passage, une lentille sensiblement plus réfringente qu'eux et placée entre ces deux milieux liquides, dont le pouvoir convergent forçât à cette concentration; cette lentille est le cristallin.
Sous forme d'une fine corde de filets nerveux, s'épanouit au fond de l'œil et sur la choroïde, le nerf optique. L'expansion terminale constitue la rétine ou membrane sensible de l'œiL
L'œil humain est construit de telle sorte qu'il puisse voir nettement des objets placés à des distances très diverses. A cet effet, il concentre sur la rétine, naturellement et sans efforts, les rayons émanés d'objets très éloignés; il obtient le même résultat pour des distances successivement décroissantes, par une accommodation particulière. Pour cela, il doit faire varier sa force réfringente suivant la distance de ces objets, à l'aide du changement de courbure des faces du cristallin. Cette variation s'opère par l'action du muscle ciliaire qui, entourant le cristallin, peut augmenter la
convexité de cette lentille, afin d'émettre un plus grand pouvoir convergent.
Cette adaptation de la force dioptrique de l'œil qui s'opère d'une façon inconsciente, s'appelle « accommodation ».
L'iris, cloison membraneuse verticale, perpendiculaire à l'axe de l'œil, percée en son centre d'une ouverture circulaire nommée « pupille », est, en réalité, un diaphragme contractile, qui peut, suivant les cas, se rétrécir ou s'élargir, de manière à n'admettre que plus ou moins de rayons lumineux; l'iris est en définitive le régulateur de la sensibilité lumineuse et protège la rétine contre une intensité de rayons trop vifs.
Les nerfs se ressemblent tous, quant à leur structure. Chacun aboutit à une région particulière du cerveau et possède une fonction déterminée d'où dépend son activité propre.
Le nerf optique est apte seulement à recevoir les impressions lumineuses. Il transforme en sensations de lumière, tous les ébranlements qu'il reçoit.
Un choc, une piqûre, une brûlure de la rétine, ne provoquent ni douleur, ni sensation de chaleur. Toutes ces sensations se traduisent toujours par l'apparition de phénomènes lumineux.
La rétine, expansion terminale du nerf optique, constitue une membrane nerveuse de structure assez complexe, qui tapisse environ la moitié pos-