INDE
L'histoire de l'Inde est encore aujourd'hui fort peu connue. C'est vers le xv'^ siècle avant notre ère, que pénétrèrent dans l'Inde les Aryens venant du Turkestan. Ils vivaient à l'état pastoral, leur culte tout primitif s'exerçait en plein air, sans le secours d'aucun temple. Avant d'étudier l'architecture si grandiose de ce peuple, il y a lieu de se rendre compte des développements des anciennes doctrines auxquelles il demanda sa force morale. Toute l'évolution de la pensée indienne peut se résumer à trois périodes, qui sont : la période védique, où elle atteint son développement poétique, la période brahmanique, où elle atteint son développement théologique et la période bon-
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dhique, où elle atteint son développement moral. Les recueils d'hymnes qu'on appelle les Védas, ou livres de la Sagesse, appartiennent à cette première période. Mélanges de subtilité profonde et d'imagination exhubérante, ces hymnes nous montrent le génie aryen, divinisant toutes les forces naturelles, identifiant aux déités spirituelles, les qualités physiques des choses qu'elles concentrent et amplifient. De cette infmité de déités, ils arrivent à tirer une espèce de trinité matérielle où sont figurés « la vie, le mouvement, la pensée », et réduisent cette trinité elle-même, à l'être absolu, qui voit tout, qui soutient tout.
La croyance primitive de l'Inde, fut donc un polythéisme naturaliste, essentiellement distinct de l'anthropomorphisme grec, où germe l'inspiration monothéiste. Les Brahmanes entreprirent de constituer en une espèce de bible, les élans de foi naïve, expression lyrique du sentiment religieux et convertirent toute cette poésie philosophique, sorte de résumé d'hymnes sublimes, en un système de formules sacrées.
Selon le code de Manou, il existe quatre classes d'hommes. L'homme de la prière, qui occupe le premier rang dans cette hiérarchie ; au second rang, vient le guerrier, qui apporte au prêtre sa force et son courage ; au-dessous de ces deux castes, viennent : l'homme du peuple qui travaille, s'enrichit, paye et obéit et enfin le paria, homme
de rien, qui est destiné toute sa vie à pâtir et à servir.
Dans le concept indien, tout naît, périt et renaît; tout sort de l'unité, y rentre et en sort encore. Les Indiens, afin de mieux marquer ces trois phases de la vie universelle, et figurer l'accord de la multiplicité avec l'unité, imaginèrent les deux doctrines de la Trinité et de l'Incarnation.
Brahma se divise en trois forces : celle qui produit, celle qui détruit et celle qui reproduit. Brahma est la personnification de l'énergie créatrice ; Shiva le dieu destructeur qui résout les êtres dans l'Etre et enfin Vichnou,le dieu réparateur et sauveur, qui dégage de nouveau la multiplicité de l'unité et engendre l'universelle renaissance. Telles sont les fonctions des trois dieux de la trinité brahmanique. Vichnou représente donc dans cette trinité, le lien entre Brahma et Shiva. Il en est le centre, le médiateur toujours prêt à secourir et à sauver le monde qui le réclame. Il ne dédaigne pas alors de s'incarner sous la forme de la créature. D'âge en âge, il naît pour la protection des hommes de bien et pour le rétablissement de la justice. Dans les constructions métaphysiques brahmaniques, le dogme de la Trinité et le dogme de l'Incarnation ou plutôt des Incarnations, se complètent l'un l'autre.
C'est vers le vii^ siècle avant l'ère chrétienne, qu'on voit se diriger par tous les chemins de
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rinde, des hommes du peuple répétant les hymnes et les enseignements d'un merveilleux apôtre, dont la parole enchantait les multitudes et qui se proclamait le libérateur des âmes. Cet apôtre se nommait Boudha, c'est-à-dire le sage, celui qui sait. Il eut le talent de substituer h la science des livres, le sentiment du cœur. Ainsi, bien que le boudhisme admît les castes, il cherchait cependant à les rapprocher, s'éloignant de certaines prescriptions odieuses du code de Manou, et s'offrait à employer la douceur, là où la violence était d'usage. Il arriva par cette méthode, h un résultat singulièrement nouveau ; celui de provoquer un prosélytisme ardent, sans mélange d'intolérance. Ce prodige fut accompli par le boudhisme qui n'avait cependant pour fondement que la morale et non la théologie.
Mais cette théologie devait fatalement se constituer et lui servir de couronnement. Elle eût pour premier fonds, le panthéisme brahmanique que les sectateurs de Boudha s'adaptèrent, en y introduisant beaucoup de variations sur la diversité des temps et des lieux. Moraliser et affranchir les âmes, telle était la religion de Boudha.
C'est seulement vers le m'' siècle que le culte boudhique devint le culte officiel. Parmi les états
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désunis, Alexandre établit facilement sa conquête. Toutefois menacé d'abandon de ses troupes, le vainqueur s'arrêta sur les bords de THyphase. Cette courte apparition eut une certaine influence sur l'architecture. De nombreux rivaux ne tardèrent pas à se lever, le célèbre Asoka conquit tout le nord de l'Inde, et laissa une grande quantité de monuments. Nikramaditya s'empara à son tour, de la presque totalité du territoire indien, environ cinquante ans avant notre ère, et repoussa les Scythes qui avaient occupé la partie septentrionale del'Inde. C'est alors que s'élevèrent des villes considérables comme Kanoudji, qui avait, au dire des voyageurs, 5 kilomètres de long. 11 n'en reste plus le moindre vestige. Une période magnifique, prodigue en monuments merveilleux, s'ouvrit alors sur l'Inde tout entière. C'est vers le v*" siècle que se produisit cette rénovation, accordant la supériorité à la religion brahmanique, avec prépondérance du culte de Vichnou dans certaines contrées, et du culte de Sliiva, dans d'autres.
Au vii^ siècle, commencèrent les premières incursions des Musulmans et c'est au xi' siècle qu'ils prirent définitivement possession de ce pays. La richesse y était alors très grande et les villes y étalaient un luxe inouï.
Plus de mille édifices, la plupart en marbre, se pressaient dans la ville de Muttra. Partout des idoles en or massif, constellées de gemmes merveilleuses.
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A Somnath les pierres précieuses étaient serties aux flancs des piliers recouverts d'or, des temples. Deux mille Brahmanes, cinq cents danseuses, trois cents musiciens formaient le personnel du temple. Un trésor d'une valeur de 250 millions de francs, y était enfermé.
Jusqu'à la fin du xiv' siècle, époque à laquelle eut lieu l'invasion mogole, ce furent des dynasties afghanes qui se succédèrent. Le célèbre Abkar, fut un des représentants les plus remarquables de cette invasion mogole. Il régna au xvi' siècle. Sous son règne, s'élevèrent de nombreux temples appartenant à tous les cultes. Delhi fat la capitale de la nouvelle dynastie des grands Mogols. Avec Aureng Zeb, leur puissance prit fin dans l'Inde.
Les monuments religieux de l'Inde peuvent se ramener à trois séries principales :
l"" Les monuments souterrains ;
2"" Les monuments monolithes creusés dans le roc et indépendants de lui ;
S"* Les monuments construits.
1° Les monuments souterrains. — Bien qu'il ne nous reste plus guère de fragments d'architecture antérieurs au ui^ siècle avant notre ère, à la période primitive dite brahmanique, correspond
une architecture bien spéciale, obtenue à Faide de refouillements dans le roc. Sous la pleine domination de la religion boudhique, au ii' siècle avant notre ère, des cellules de religieux boudhistes se creusent dans le flanc des rochers, à une certaine hauteur au-dessus des vallées. D'abord isolées, ces cellules finissent par se grouper autour d'une salle commune, dans l'axe de laquelle s'érige en une niche, la statue de Boudha. A côté de ces sortes de monastères, appelés viharas, tel celui deKenheri, sont bientôt creusées des chapelles souterraines, dites chdîtyas. Ces chapelles se composent d'une nef terminée par un cul de four, et d'une galerie latérale qui contourne la nef, formant ainsi des bas côtés, isolés de la nef par une rangée de colonnes cylindriques ou à pans. Au fond de la nef, dont la voûte en plein cintre est garnie de nervures en bois de teck, s'érige le maître autel en forme de dagoba, au centre duquel se détache l'image de Boudha. Le dagoba, est lui-même un petit édifice très spécial qui semble tirer son origine du Tope ou Stoupas, sorte de tumulus hémisphérique en maçonnerie pleine, recouvert d'un enduit blanc (le tope sert de piédestal à un édicule en pierre, sorte d'autel destiné à recevoir les reliques du Boudha vénéré). La base circulaire entourée d'une balustrade à plusieurs portes atteint jusqu'à 120 mètres de diamètre; on conçoit l'efl'et grandiose que devaient produire ces petits édifices
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isoles, sous le soleil intense de Tlnde, avec la crudité laiteuse de leur enduit.
L'entrée du temple est formée d'un mur droit percé d'une ou plusieurs ouvertures. Au-dessus de la porte centrale, s'ouvre une large arcature, en forme de fer à cheval. Cette baie donne seule, un peu de lumière à l'intérieur du temple, encore est-elle originairement fermée de claires-voies. Telles sont les dispositions d'ensemble des anciens chaïtyas de Pandu Lena et de Bhaja Karli.
D'autres temples datant du vi^ siècle, comme ceux d'india et d'EUora, diffèrent un peu dans leurs plans, en ce sens que des avenues parallèles, séparées par des piliers lourds et trapus avec, au centre de l'avenue principale, la statue de Boudha où celle de Vichnou, constituent la disposition intérieure de ces édifices.
2° Les monuments monolithes creusés dans le roc et isolés. — Une époque de transition suscite des monuments monolithes dégagés de la masse rocheuse, par une tranchée. Ce bloc ainsi détaché est ensuite creusé et sculpté. Le Kailâsa d'EUora, paraissant dater du vin^ siècle, est l'un de ces édifices. Le plan de ces monuments religieux est, à quelques variantes près, toujours le même.
Une entrée flanquée de deux petites pièces rectangulaires. Au-dessus, une baie centrale contourne un petit balcon occupé par les musiciens, pendant les fêtes religieuses. Ensuite une cour,
entourée de portiques formés de piliers carrés^ donne accès à des salles creusées dans la roche. Un pont, partant de l'entrée du temple, franchit cette cour et aboutit à la chapelle consacrée au bœuf Nandy. On pénètre ensuite dans la grande salle consacrée à Shiva, salle composée de plusieurs nefs et de porches latéraux. Enfin, situé au fond de l'édifice, le sanctuaire resplendit du symbole de la génération universelle. C'est là qu'est enfermé le lingam sacré.
On voit ici apparaître le premier type des gopuras, sortes de portes monumentales destinées à accompagner obligatoirement les temples des pays du Sud.
Extérieurement, ces édifices sont surmontés de dômes de plus en plus élevés, dont la forme ovoïdale est destinée à rappeler la forme du lingam sacré. Des canons très rigoureux fixent les proportions des diflerentes parties du temple, etForientation de la façade principale se fait ordinairement vers Test.
A Mahavellipore, quelques temples sont simplement taillés dans des rocs isolés, émergeant du sol. Ces pagodes contiennent un sanctuaire et quelques salles annexes. Aux alentours du temple, des blocs plus petits sont taillés en forme d'éléphants et de lions. Ces édifices monolithes, datant du VI® siècle, sont consacrés au culte néo-brahmanique. L'accumulation des édicules qui, de la base
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aa sommet, s'élancent dans an geste de plus en plus affirmé, vers le centre, rendent ces édifices particulièrement curieux à étudier.
3*" Les monuments eonstvuits. — Le premier monument de ce genre à signaler, est la pagode élevée au i'' siècle de notre ère, dans la ville sainte de Boudha-Gaya. Malheureusement, cet édifice restauré ne peut donner qu'imparfaitement l'idée de la conception primitive; cependant, il est permis d'en tirer le type qui servira de modèle à un grand nombre d'autres monuments, tels que ceux de la côte d'Orissa. Ce type est constitué à l'extérieur, par une pyramide élevée sur plan carré et à arêtes curvilignes.
Au x^ siècle, se produit un schisme important de la religion boudhique. Une secte religieuse, le Jaïnisme, supposée originaire de l'Iran, apporte avec elle les traditions d'une architecture qu'elle cherche à appliquer à la construction des temples de son culte. C'est ainsi qu'un des plus étranges monuments religieux, dressé en plein centre de l'Inde^, à Khajurao, réunissant en un faisceau unique les styles orissiens et jaïniens, érige un sanctuaire d'une allure majestueuse, formé d'une pyramide centrale flanquée de pyramides en progression descendante, à mesure qu'elles s'éloignent du sanctuaire. Une profusion de portiques, de colonnettes, de motifs richement sculptés, s'étagent au-dessus des chapelles, des salles de danse, des
réfectoires qui accompagnent et entourent le sanctuaire, et font de ce petit édifice une pure merveille. Si ce n'était le défaut de surfaces unies où Tœil pût se reposer, Fensemble serait un pur chefd'œuvre. Cette profusion d'ornements est bien la caractéristique de l'art hindou, qui devient de plus en plus fantastique, pour arriver au xvii" siècle à faire de l'intérieur du temple de Shiringam, l'ensemble le plus inouï de bêtes cabrées, s'érigeant en piliers tout enguirlandés d'une flore et d'une ornementation envahissante, vrai débordement de la nature.
De tous CCS monuments passés en revue, on retire la notion très nette, des différents états religieux et philosophiques par lesquels l'Inde a passé. L'idée panthéistique, unie à un sentiment profond delanature, domine partout. Tout le vague et l'immensité du panthéisme s'y révèle. Du sentiment relatif à la nature, naît le temple, des entrailles mêmes de la terre; bientôt il s'en sépare, pour s'affirmer isolément et faire rentrer en soi, l'infini et l'indéterminé; aussi l'Indien traduit-il par le ciseau, l'infini multiplicité des êtres, des choses, et fait éclore dans le monument ainsi isolé, le poème de l'infini!
Les scènes fantastiques de l'épopée védique, ne
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lui suflisent pas, il faut que s'affirme partout Tidée de Timpérissable, de l'innombrable, de l'indéfinissable. Ce gigantesque ellort étreint la pierre, ranime d'un soufile universel, embrasse l'édifice total de sa flore, de son humanité exhaussée à la hauteur d'un mythe, et révèle en une puissante extériorisation, sa part de la vérité universelle.