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GRÈCE

La Grèce reçut de l'Egypte, des idoles symboliques et des notions confuses de philosophie et de morale. Elle sut en déduire des théories dont l'application produisit le résultat le plus admirable de Tintelligence humaine; le développement des arts et de la philosophie.

Platon dit que les anciens Grecs n'adorèrent point d'autres dieux que ceux que révéraient alors, la plupart des peuples barbares. Le soleil, la lune, les astres, qu'ils nommaient dieux naturels. Après les dieux naturels, s'introduisit le culte des hommes mis au rang des dieux.

Orphée, ancien disciple des prêtres d'Egypte, fut le principal inspirateur de la théologie grecque, pendant les premiers âges. Il institua ces mystères, dont les initiations exercèrent une si grande in-

fluence dans l'antiquité. Le culte grec était à cette époque, une espèce de culte de la Nature.

Les Grecs eurent vite fait de substituer aux forces naturelles ou à l'idée d'un dieu unique et abstrait, l'idée de la divinité se résumant dans sa créature.

De là à créer ce polythéisme qui alluma au plus profond de la conscience humaine, le plus beau souffle poétique, il n'y avait qu'un pas. Bientôt chaque force naturelle, chaque puissance revêt la forme humaine divinisée. Partout s'épandent les divinités, et l'univers paraît peuplé de génies symbolisés en des formes multiples. Une foule de puissances en progression descendante, établissent entre l'Olympe et la terre, un contact continuel, formant les maillons d'une chaîne sans fin, unissant ainsi les dieux aux hommes. Et la protection de ces divinités célestes s'étend sur les trois choses saintes : la patrie, le tombeau et le foyer, qui sont la trinité cultuelle de chaque habitant.

Cette promiscuité rapproche le Créateur de sa créature ; celle-ci y gagne une sécurité, une joie qui se donne libre cours. La vie hellénique est une expansion continuelle, parfaitement harmonieuse et pondérée. Partout les fêtes invitent le peuple à contempler pendant une bonne moitié de l'année, des eurythmies.

Aux flancs de l'Acropole se développe les longues théories de jeunes filles. Les Panathénées déroulent

le cordon de leur cortège, le long de laroute Panathénaïque, inondée de ce soleil radieux qui semble étendre sur toutes ces contrées comme un long voile d'or. Vers Eleusis et par la voie sacrée, au sixième jour des mystères, le défilé somptueux des jeunes vierges accentue, de leur courbe gracieuse, le rythme des chantset des polychromies. Les fêtes olympiennes, pythiques, néméennes et isthmiques, créent au milieu des populations de TAttique, autant d'harmonies oii se lève grandiose, le culte tout humain de ce peuple enivré de beauté. Cette religion du reste, plus Imaginative que dogmatique, libérait l'âme grecque des conceptions abstraites et la maintenait et la délimitait entre les fictions poétiques qui s'épanouissaient. Aussi, à part rin vincible Destin qui plane sur les dieux comme sur les hommes et les notions de justice qui reportent sur une existence postérieure, la récompense ou les châtiments de faits accomplis en ce monde, l'âme grecque se meut-elle tout entière dans une sorte d'esthétique qui prime la morale ! Nulle part comme ici nous n'assisterons à cette éclosion du sublime, s'érigeant au-dessus du Destin fondu dans l'homme, de ce sens inné de la variété, de la multiplicité dans l'unité, du fini et de la mesure, qui préside à toutes ces œuvres : gigantesques et immortels monuments, dressés en face de la nature splendide, pleine de lumière et d'harmonie.

Les temples grecs, comme les formes impeccables qui circonscrivent les idées aux mains des Phidias, des Chersiphron, des Callimaque, des Alcamène et des Scopas, délimitent dans l'espace, d'admirables symphonies, majestueuses et glorieuses, ou s'embellissent en une auréole de beauté, la somptuosité des marbres pentéliques.

Ces deux sentiments, de l'humain et du beau, expliquent les conséquences, art et religion, qui furent les bases de l'admirable floraison de Tarbre grec. Ce sentiment de l'unité domine partout. Cette unité, c'est la cité, c'est la famille à qui incombe la tâche de fournir des citoyens pour défendre les libertés menacées de la patrie, c'est la contrainte du citoyen et la compression de la liberté individuelle, en laissant peser sur lui l'autorité de l'Etat. Mais il ne faut pas croire que cette unité absorbât toutes les énergies au point de les submerger. Les droits du citoyen restent tout entiers et c^est de cette exaltation de la personnalité accrue au bénéfice de l'État, que sort toute la force de prospérité et de grandeur du collectif, de la cité en un mot.

Admirable terrain que celui sur lequel s'exerçait la culture du beau et du vrai ! De quelles moissons splendides les traditions humaines n'allaient-elles pas se gonfler au contact d'une civilisation aussi complète! L'admirable trilogie Art, Poésie et Philosophie, devait bientôt faire s'épanouir au cœur de

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rhumanité, la divine fleur toute jeune et toute harmonieuse de la connaissance.

Aux poétiques fictions qui éclairent les premiers pas de la Grèce de leur pâle clarté, viennent bientôt se grouper les divers éléments d'élaboration, d'analyse, qui ouvrent entin à la philosophie, un plus vaste champ d'action et c'est vers le v' siècle que se produit chez les Grecs, Tavènement de la libre recherche de la science indépendante. C'est alors que la religion populaire, battue en brèche est remplacée par une philosophie plus transcendante. C'est vers cette époque que Xénophane de Colophon proclame cette vérité, que si Dieu existe, il a toujours existé, qu'il est nécessairement ce qu'il y a de plus puissant et de meilleur, qu'il doit être unique, et que multiplier les dieux, c'est nier la divinité. Ce premier coup porté au polythéisme, devait s'accentuer dans la suite.

Les Grecs finissent par se demander si leur Olympe est peuplé de créatures homériques ou de visions sacerdotales, et s'ils doivent prendre leurs dieux pour des métaphores poétiques, pour des concepts philosophiques ou pourdes êtres sensibles. Socrate trouvant encombrante toute cette gent olympienne, décide de la disperser; mais, ce faisant, il irrite la superstition et l'envie, en inspirant le mépris du polythéisme, en démocratisant la vérité philosophique et se met à dos tous les esprits égoïstes qui veulent faire de lareligion, un privilège

LE TEMPLE ANTIQUE %iZ

réservé à une aristocratie intellectuelle. Devant un tribunal populaire, le rhéteur Mélitus l'accuse d'égarer Tesprit des jeunes athéniens et de combattre la religion établie. Il est condamné h boire Ja ciguë et paye de sa vie, au milieu des lamentations de ses disciples, Criton, Phédon, Appolodore, l'afFranchissement de son intelligence et la liberté de sa pensée.

C'est à Ycivt que la Grèce doit sa philosophie, c'est à sa philosophie qu'elle doit son art. L'un eût été impossible sans Fautre. Les idées durent rester incomplètes, mais la conscience y posa nettement le principe philosophique, en élaguant le symbole pour chercher la vérité au moyen du mouvement dialectique.

Et c'est en définitive des progrès incessants dans l'étude de la nature de l'homme, que Tartiste sut tirer à Taide des monuments, les formes adéquates aux conceptions plus subtiles de la philosophie, et l'effort de l'artiste put, en s'instruisant des leçons des Pythagore, Socrate, Platon, Aristote, amplifier sa compréhension et donner une réalité sensible et une direction parallèle, au Verbe révélé par ces philosophes.

C'est dans ces colonies que la Grèce voit s'élever les premiers temples. L'Artémisium d'Éphèse

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et rHoereum de Samos étaient déjà connus du temps d'Hérodote et, dès le vi^ siècle, existaient les temples de Syracuse, de Sélinonte et trois des temples de Pœstum.

Vers cette époque, il s'opéra un changement total de situation. Les colonies périclitent et sont peu à peu envahies par des nations voisines. La Grèce, recueillant alors l'héritage de ses colonies, devient de plus en plus florissante. Le Parthénon, les Propylées, TErechtéion, l'Odéon, le temple d'Eleusis, celui de Phigalie, datent du v^ siècle. A cette époque, la suprématie du pouvoir passe des mains de Sparte, dans celles d'Athènes. Cette dernière ville devient alors le centre important de toute la Grèce. Avec ses mines d'or de Thrace et ses mines d'argent du Laurium, elle devient le centre de fabrication des monnaies.

L'architecture religieuse édifiant en Grèce ses premiers édifices au v' siècle, les Grecs, à rencontre des peuples primitifs, se réunirent pour les cérémonies religieuses dans une enceinte sacrée ou hiéron, placé très probablement sur un lieu élevé. A mesure que le dieu auquel s'adressait le culte, prenait un caractère de plus en plus défini, le constructeur s'achemina vers la réalisation dans l'enceinte même, d'une demeure séparée qui fut (( le Naos ». Ce furent là les origines du temple qui, chez les Grecs comme plus tard chez les Romains, n'eut d'autre attribution que celle

d'édifice consacré à la divinité et aux cérémonies. Ils en firent donc, avant tout, une enceinte exclusivement réservée au prêtre, mais sans place définie pour les fidèles. Aussi le temple n'avait-il que de très modestes proportions, alors qu'à l'entour, le péribole contenant toutes les annexes du temple et destiné à recevoir la foule, prenait souvent une extrême importance. Etant toujours l'abri destiné à revêtir l'image d'un dieu, les dimensions du temple étaient souvent très restreintes. C'est ce qui explique les petites dimensions du naos intérieur du Parthénon.

Les sacrifices, comme le montre une peinture de Pompéi, devaient se faire en dehors de l'édifice. Les processions aussi, s'accomplissaient probablement en dehors de la cella et même des portiques, car il eut été impossible à une foule de se livrer d assa gre à travers ces sraleries étroites. Nous trouvons des modifications à cet état de choses, en Sicile et plus tarda Piome, modifications permettant à la foule d'entrer dans le temple. Les escaliers deviennent praticables sur toute la largeur de l'édifice, et les galeries s'élargissent par la disposition pseudo-diptère. Le temple grec avait encore une autre destination. A part la destination de lieu sacré respecté à cause de la présence du dieu, là s'enfermait le trésor. Aussi dans la cella divisée en deux, la partie postérieure ou opisthodome, servait-elle de caisse pour les

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deniers publics, tandis que le naos qui était le sanctuaire et renfermait l'idole, recevait en même temps les ornements sacrés, les lampes, cassolettes, etc.

Au sommet du rocher acropolitain, élevant h 150 mètres au-dessus de la plaine, Torgueil de sa couronne de monuments immortels, vaste synthèse de Fart grec dans sa pureté impeccable, s'érigent les temples de Diane Brauronia, de Minerve Ergané, de la Victoire Aptère (ainsi représentée « afin qu'elle restât toujours parmi les Athéniens »), de l'Erecthéion, ce merveilleux joyau à double chaton contenant l'un, le temple de Minerve Poliade, dans lequel on vénérait la (( Minerve tombée du ciel » (statue grossière pour laquelle les vierges athéniennes brodaient le peplos); l'autre, la divine tribune des Eréphores, et lapetite cour intime oii se trouvait Tolivier sacré.

En regard de l'Erecthéion et séparée par la voie Panathénaïque, se dresse dans sa divine beauté, le Parthénon, exhaussant vers l'azur radieux Teurythmie de ses admirables formes, aux flancs desquelles de puissantes saillies architecturales et sculpturales s'accrochent, le faisant vibrer d'une harmonie unique.

Quarante-six colonnes, du pentélique le plus

pur, composent le péristyle. L'entablement déroule entre l'architrave et la corniche, l'épopée grandiose de la lutte des Athéniens contre les monstres, et des sujets mythologiques comme la guerre des Lapites et des Centaures, magnifiquement ciselés à la face des métopes, atténuent les ombres trop épaisses portées par la corniche. La légende héroïque ainsi décrite, est morcelée par des triglyphes monumentaux.

Le fronton oriental, œuvre de Phidias, raconte la naissance de Minerve et de Neptune, se disputant l'Attique.

Les murs du naos, à l'intérieur et à l'extérieur, sont revêtus de peintures, ornés de statues. Dans la cella et au fond du sanctuaire, se dresse la statue chryséléphantine de Minerve, haute de 13 mètres.

Entre l'Erecthéion et le Parthénon, deux pyramides tronquées rappellent l'œuvre d'Aristide. Sur les quatre faces, sont inscrits les noms des villes tributaires d'Athènes et les sommes qu'elles ont envoyées à la métropole. Aristophane prétend que « milles cités reconnaissent l'hégémonie d'Athènes ».

Enfin, ce rocher escarpé, inaccessible de tous côtés sauf à l'ouest, érige à l'entrée, les Propylées ; en arrière, la statue colossale de Minerve Promachos tournée vers les Propylées, semble vouloir en garder l'issue.

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Telle est, brièvement résumée, l'énumération des joyaux dispersés sur ce vaste écrin, formant la couronne la plus suave et la plus humaine qui soit sortie des mains de l'homme.

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