‹ L'art de demainChapitre 24 sur 35 · ROME · texte numérisé non relu

ROME

Trois peuples, les Etrusques, les Latins et les Grecs, recueillirent la pensée grecque, et lui laissant franchir les portes de l'Italie, lui permirent de s'infiltrer lentement au cœur des Romains. Ces derniers, poussés vers l'action plutôt que vers la spéculation, firent de cette philosophie, le rameau puissant auquel ils attachèrent une nouvelle branche touffue de commentaires; là morale parut seule devoir s'amplifier au contact de ces hautes conceptions, et donner au Romain une plus vaste sécurité de conduite dans la vie, tout en devenant le pivot de renseignement philosophique. Les dieux romains ont, en général, une supériorité morale très marquée sur certaines divinités grecques ou orientales. Vesta, la vierge gardienne du foyer domestique et du foyer public ; les dieux pénates, protecteurs de la vie humaine et de la cité; Jupiter, arbitre du monde physique et du monde moral; le dieu Terme et

la bonne Foi, qui punissent les fraudes; les mânes, qui rendent la vie aux êtres qu'on a aimés.

A Rome comme à Athènes, deux religions se superposent; les dieux ont des fonctions doubles, celles qui concernent l'Etat, dont les rites sont accomplis par les prêtres dans les temples de la cité, celles qui concernent le citoyen et qui sont observées dans chaque maison. Tout chef de famille est prêtre chez lui, pour sa femme, ses enfants, ses clients, ce qui ne l'empêche pas après les dieux du foyer, d'honorer ceux de l'Etat, de sacrifier à leurs autels. Au-dessus de la collectivité et les dominant, se trouve le roi élu à vie, chef de la religion et de l'armée. Après le roi, viennent le comice et le sénat, enfin les trois classes qui forment l'ensemble de la nation : le patriciat, la plèbe et les esclaves.

Dans rOlympe, les principaux dieux qui président aux destinées des Romains, se classent ainsi : Janus, le grand dieu italique, qui voit tout; Saturne, le dieu de l'âge d'or; Jupiter, le roi du ciel; Mars, le symbole de la force virile ; Junon, la secourable; Minerve, la déesse du bon conseil; Cérès, la protectrice des moissons. Tous, ils ont un temple et un culte particulier. Aux statues figuratives de ces divinités, viennent bientôt se joindre les effigies des hommes illustres dont le mérite surpasse le niveau moyen. Tout ce peuple

220 l'évolutïon du temple

aimé, déilic au seuil des temples, la gloire des hauts faits et des actions nobles.

Aristote et Platon avaient essayé de faire de la science des principes, Tâme de toutes les autres sciences, mais s'étant contredits dans quelqu'une de leurs spéculations les plus hautes, le découragement gagna les écoles grecques. Bientôt sur les ruines de l'Académie et du Lycée, se fondent deux courants créés par l'école cynique et l'école cyrénaïque, qui, en s'accusant, engendrent deux nouveaux mouvements, le stoïcisme et l'épicurisme. Avec Epicure nous sommes conviés à une voluptueuse indifférence et avec Zénon, c'est une insensibilité orgueilleuse qui prédomine. Avec Sénèque, Epictète et Marc-Aurèle, le stoïcisme atteint son apogée. Tous ces penseurs s'essaient à faire prédominer un Dieu vivant qui est « notre protecteur, notre père, notre guide », mais en lui ajoutant une multitude d'autres dieux qui, comme ceux de la Grèce, se partagent les quatre éléments constitutifs d'un dieu unique, incarnant tour à tour les astres, les forces naturelles, les forces morales. Au sommet de cette hiérarchie se trouve Jupiter, auquel ils adressent des prières et des sacrifices. Avec le stoïcisme romain, nous voici arrivés à un des points culminants de l'histoire philosophique antique. L'Orient et l'Occident semblent vouloir fusionner et se résoudre en une unité, et l'esprit entrevoit h Thorizon la montée

splendide d'une nouvelle religion qui doit bientôt pénétrer toutes les âmes et subjuguer les consciences.

Les Juifs, après la captivité de Babylone, vécurent au milieu d'une civilisation qui leur était étrangère. Leur pensée s'en accrut et bientôt survinrent de grandes dissidences de doctrines. Trois sectes s'élevèrent au-dessus de ces conflits, parmi les adorateurs de Jéhovah : les saducéens, les pharisiens et les esséniens.

Les sadacéens, fidèles à la lettre du Pentateuque, repoussaient toute idée de vie future, ils easeignaient que ce n'est pas la crainte, mais le pur amour de Dieu, qui doit servir de base à nos actions.

Les pharisiens affirmaient, au contraire, et à l'exemple des mages, la réalité d'une vie postérieure. A ridée de résurrection des corps, ils ajoutaient l'idée de châtiments et de récompenses. Gomme les Perses, ils admettaient la présence de bons et de mauvais anges, et professaient la doctrine du Verbe, c'est-à-dire de la sagesse coéternelle à Dieu.

Parmi les docteurs de cette nouvelle religion se trouvent Jésus, fils de Sirach, et Hillel, qui semblent avoir été les précurseurs et les annonciateurs du christianisme, avant la naissance du Christ.

Habiles à susciter mais non à pratiquer cette

222 l'évolution du temple

charité dont ils étaient les ardents prédicateurs, ennemis de toute nouveauté, les pharisiens furent les sectaires intolérants, bourreaux inconscients de l'admirable Essénien qui levait en face de leurs prétentions, l'humble et timide revendication des petits et des opprimés.

Les esséniens formaient en face des saducéens et des pharisiens, une sorte de secte socialiste ayant pour idéal la communauté des biens. Cet idéal fit lever parmi eux la moisson fortifiante et consolante de la solidarité et de la fraternité qui devaient être pour l'humanité, les deux grands leviers de l'Apostolat chrétien.

C'est alors que Jean-Baptiste s'exile au désert de Judée, et sortant de sa solitude s'envient flétrir les prêtres et les grands, détenteurs du pouvoir et chefs du pharisianisme, annonçant partout que le royaume de Dieu est proche. A son tour, Jésus baptisé par Jean, se met à parcourir la Galilée et, escorté de ses disciples, vient enseigner dans les synagogues la parole d'amour. Les scribes et les pharisiens le laissent même exposer ses doctrines, en plein temple de Jérusalem où se presse une foule avide d'entendre tomber de sa bouche, les paroles d'espérance.

Esdras et Néhémias profitèrent d'une recrudescence du malheur public, pour mettre au service d'une restauration mosaïque, le sentiment religieux qui cherche à se faire jour. Ils identifièrent

la religion et la législation, et partant, le droit civil découla du droit théologique. Ce sont ces mille prescriptions qui formèrent, en une espèce de scolastique, le Talmud, recueil de récits relatifs à la Bible. Outre de belles actions, le Talmud raconte de belles leçons morales.

Beaucoup de Juifs rejetèrent le Talmud, pour s'en tenir à la Bible; mais ces dissidents de l'interprétation du texte mosaïque se groupèrent tous autour d'un ensemble de traditions, qui sous le nom de Kabbale, fut le résumé philosophique de la théologie et de la cosmogonie juive. Le Talmud était donc à la pratique, ce que la Kabbale était à la spéculation. Avec Philon, le judaïsme se platonise et prépare le dogme chrétien; avec les précurseurs des pères de l'Eglise, ce dogme prend corps et synthétise toutes les philosophies antérieures, tâchant de fondre l'Orient et la Grèce, ce que Proclus s'essaie à faire en mêlant Hermès, Zoroastre, Orphée, Pythagore, Platon, Aristote. Dès l'époque où s'ouvre l'ère chrétienne, les âmes inquiètes et affamées de nouveauté, cherchent avec anxiété le phare splendide qui doit les illuminer. Et Alexandrie, milieu propice aux controverses où toutes les doctrines étaient commentées, représentait alors une image assez fidèle du monde romain.

Quelques années avant Jésus-Christ, un homme né en Gappadoce, Apollonius de Tyane, imbu des

224 l'évolution du temple

idées pythagoriciennes, se meta visiter les mages de la Perse, les brahmanes de l'Inde, les gymnosophistes de l'Egypte; il se fait l'interprète de ces doctrines et peut à juste titre passer pour le précurseur, sinon l'égal du Christ, comme un des adversaires des pères de l'Eglise. Hiéroclès, aimait à le comparer et même à le préférer à Jésus, et l'empereur Alexandre Sévère plaçait l'image d'Apollonius à côté de celle de Jésus, d'Orphée et d'Abraham.

L'empereur Julien tente alors de rendre la vie au paganisme, mais sans succès; voulant soumettre le christianisme, il commença par le traiter en religion tolérée, insensiblement il arriva à le persécuter. Cette force morale qu'il lui donnait, attendait l'occasion de se révéler. A la mort de Julien, un chrétien le remplaça et la réaction fut terrible. C'en était fait du paganisme.

Il y avait beau temps, depuis Lucrèce, que les classes cultivées de Rome, n'accordaient plus de confiance aux fables polythéistes, capables tout au plus d'amuser le peuple. Les augures eux-mêmes, n'osaient se regarder sans rire et César plaça au rang de contes, les vaines inquiétudes des âmes désolées. Plus prudent, Auguste mit le culte en honneur, et les fêtes religieuses se multiplièrent, nombreuses et pleines de réjouissances. Les honnêtes gens incrédules et intolérants, bien que n'ayant aucune foi, jugeaient qu'il fallait au

peuple des croyances et qu'il ne pourrait plus être gouverné, si les passions cessaient d'être réfrénées par le sentiment religieux. L'épicuréisme vint alors airranchir l'âme romaine, en libérant les consciences, de toutes les angoisses dont le paganisme l'oppressait; néanmoins, bien des superstitions subsistaient encore, et beaucoup de Romains qui se sentaient soulagés du joug de ces divinités, obéissaient à des ordres subséquents aux pratiques de Fastrologie. Le scepticisme aussi avait son franc-parler, et l'empire se montrait libéral envers les divinités exotiques, pourvu qu'elles se soumissent aux divinités romaines. Seuls, le judaïsme et le christianisme, à cause même de leur intransigeance, n'étaient pas toujours tolérés. Aussi les divinités de l'iVfrique et de l'Asie finirent-elles par envahir le Panthéon romain et par opposer à l'imagination populaire, le mystère et l'attrait de leurs cérémonies! Gela devint un tel enchevêtrement, une telle complication, qu'un seul acte souvent, suscitait l'effort de trois ou quatre dieux différents, chacun spécialisé dans une tâche déterminée. Des pompes théâtrales rehaussaient l'éclat de ces fêtes et cachaient la décomposition d'une religion à son agonie ; tout ce que comportait de sensibilité et d'exaltation, l'âme humaine, se dépensait autour de prétendus miracles. Bon nombre de paysans étaient attirés aux feux brillants de ces magnificences, car ce fut

226 l'évolution du templl

dans les campagnes que la superstition polythéiste s'implanta le plus profondément. Les villes semblaient au contraire rejeter toutes ces pratiques du paganisme. Plus ouvertes que les campagnes aux nouvelles idées, elles étaient admirablement préparées à recevoir le christianisme tout débordant de puissance future et de sérénité immédiate.

Après avoir commencé sous les souverains étrusques la Cloaca Maxima, se construisirent ensuite les deux temples de la Fortune, le temple de Diane sur l'Aventin, celui de Jupiter Latialis, enfin le célèbre sanctuaire qui couronnait le Capitole et qui subsista jusqu'aux grands incendies de Rome. Vitruve nous en a laissé une suggestive description. Ce sanctuaire renfermait en réalité, trois sanctuaires consacrés à Jupiter, à Minerve et à Junon, enveloppant un péristyle commun. Toute la décoration était étrusque. L'incendie de Rome par les Gaulois fut le signal d'une restauration complète de la ville. Déjà, au v' siècle avant notre ère, un art florissant, dérivé de la primive tradition étrusque, élevait le grand temple de Jupiter Capitolin, ceux d'Hercule, de Saturne, des Dioscures, de Cérès, de Bellone. Quant à l'architecture publique, elle devint très florissante. Voies, ponts.

aqueducs, forums, cirques, etc. Les Etrusques a vaient transmis aux Romains l'arc et la voûte en plein cintre qui leur servirent pour construire les ponts, les aqueducs et les arcs de triomphe, véritable création de Fart romain. Cependant, même sous l'influence définitive de la Grèce, le Romain sut tirer, pour son architecture civile, des types, où s'imprime la marque caractéristique et originale d'œuvres en rapport avec les besoins nouveaux.

Esprits essentiellement dominateurs, les Romains concevaient tout dans des dimensions gigantesques. Pour eux, l'art s'ofl'rait comme un instrument de conquête, destiné à affirmer leur volonté de possession sur les pays asservis. Aussi la Rome impériale, capitale du monde, était-elle avant tout une ville de grand apparat ! Elle comprenait 14 régions divisées en plus de 300 quartiers, près de 500 temples, 28 bibliothèques publiques, 10 basiliques, 11 forums, 8 ponts, 9 théâtres, 5 naumachies et 11 nymphées, 34 arcs de triomphe, 37 ports, une vingtaine de casernes et camps militaires.

Les maisons se pressaient aussi nombreuses que dans une de nos grandes capitales. Même dans les quartiers populeux de Saburre, des Esquilles, le nombre des étages était égal, souvent supérieur à celui de nos maisons modernes.

Les empereurs, prêteurs, proconsuls, enrichis par les tributs des pays rattachés à l'empire, consacrèrent une grande partie de leurs fortunes à

rembellisseDient de la ville. Construire des édiiices, donner des fêtes, procurait alors aux puissants, le seul moyen de se distinguer et de marquer leur rang.

Auguste, Tibère, G. Caligula firent des dépenses extraordinaires aux embellissements de Rome. Après eux, Néron fut celui qui eut au plus haut degré, l'amour de la décoration colossale et démesurée. On sait comment, au 19 juillet de l'an 64, Rome fut livrée aux flammes.

Il faut donc chercher, au moins au cours de ses premières années, l'origine de l'art romain dans l'architecture étrusque. Vitruve nous rapporte que les premiers temples de TEtrurie et de la Toscane, présentent à peu près la même ordonnance que ceux de la Grèce.

En avant, un portique de six colonnes; ensuite la cella, sur plan rectangulaire, est divisée en trois nefs ou cellas distinctes : celle du milieu consacrée à la divinité principale et les deux autres, à des divinités inférieures dans la hiérarchie. C'est ainsi que dans le temple primitif de Jupiter Capitolin, la cella centrale était dédiée à Jupiter, les latérales, à Minerve et à Junon.

En Grèce, les premiers symboles de la divinité furent une pierre, une poutre et une colonne. A Rome, on ne retrouve pas ces symboles antiques. Rien ne nous est resté des figures barbares par lesquelles les artistes exprimaient les types divins

primitifs ; sauf pourtant les statues en gaine et en forme de momies qui représentent la Diane d'Ephèse.

On peut supposer, que tous les temples qui furent élevés avant la prise de Syracuse étaient de style étrusque, et que le style grec se montra pour la première fois, dans le double temple érigé à l'Honneur et à la Vertu, par Marcellus, temple qu'il avait rempli des dépouilles de la première ville grecque tombée au pouvoir des Romains.

Il y a, à proprement parler, un style romain, mais on ne peut pas dire qu'il ait existé un art romain. Tous les éléments dont les Romains se sont servis dans leur architecture civile, sont empruntés à Farchitecture grecque. Ils les ont modifiés, souvent altérés, en confondant les trois ordres d'architecture que les Grecs en général séparaient soigneusement.

Le dorique du Pœstum est modifié dans toutes ses parties; l'élégance de l'ionique grec, attribué à Ghersiphron, s'alourdit dans les lignes de son chapiteau et substitue aux courbes gracieuses, la rigidité rectiligne. Le Gorinthien lui-même, dont Gallimaque avait déterminé la pure esthétique, s'altère et combine à des fonctions nouvelles, ses éléments primitifs.

Les Romains n'ont, en somme, créé que deux formes d'architecture: l'amphithéâtre, qui suppose des gladiateurs, et Tare de triomphe, qui suppose

230 l'évolutioin m temple

des victoires. On peut dire que toute la vie romaine s'agite autour de ces deux fonctions de la vie civile. Pour le reste et pour le temple en particulier, les Romains restent tributaires des Grecs. Le forum, le lieu romain par excellence, procède certainement de l'agora grecque, comme la piazza italienne du moyen âge procède du forum romain. L'agora, comme le forum, était avant tout un marché. Bien qu'à Athènes le Pnyx servit de forum politique où parlèrent Thémistocle, Aristide, Périclès, Ah^ibiade, Phocion, Démosthènes, etc., et Pagora plus spécialement un marché; à Rome, ces deux fonctions s'équilibrent dans le forum.

Non contente de s'assimiler les beautés grecques, Rome emprunte à la Grèce les procédés de la peinture en même temps que l'art annexe auxquels ils s'idmtifient.

L'usage de la peinture murale, peinture à la détrempe et à l'encaustique, passe d'un pays dans l'autre, comme le font les tableaux sur bois et même quelquefois les superficies des murailles peintes. — La peinture sur toile « in sipario », était déjà connue des anciens.

Le culte des morts était en honneur chez les Romains, et les stèles qui forment l'accompa-

gnement presque nécessaire des tombeaux égyptiens, se rencontrent presque également dans les sépultures grecques et romaines.

Les tombes romaines, à l'exemple de celles des Grecs et des Egyptiens, représentaient l'idée de rhabitation après la mort, dans la maison funèbre. Car les Romains étaient religieux et admettaient une existence quelconque après la mort; mais cette croyance était bien vague puisque les symboles des bas-reliefs funèbres, expriment tour à tour l'idée de destruction, d'anéantissement ou bien Tidée de durée, de renaissance.

En résumé, les monuments de la Rome antique, cette synthèse de l'Univers, produisent Timpression de grandeur, et non l'idée de beauté. Peuple essentiellement guerrier et politique, tout chez lui se borne à la domination. Supérieur en cela, à d'autres peuples conquérants, il est amené par un sentinîent confus et intuitif, à diriger ce pouvoir vers l'unité oii tendent les peuples. Il se borne donc à emprunter à la Grèce, son art et sa philosophie, en les combinant à ses mœurs. Mais ce que Ton ne trouve pas à Rome, c'est la divine harmonie, la grandiose simplicité des monuments grecs. Nuls plus que les Romains n'ont

232 l'évolution du temple

attaché l'idée d'énormité et de haute majesté, à la plupart des édilices. Il suffit de voir, pour s'en convaincre, les admirables eaux-fortes du chevalier Piranèse. Ces ruines monstrueuses et gigantesques atteignent au sublime par la grandeur, mais ne soulèvent pas le spectateur d'une parfaite émotion religieuse. La masse seule l'obsède, l'anéantit et ce sentiment seul, n'est pas suffisant pour affirmer l'orgueil d'un art qui chercha par les efforts de stabilité, h défier le temps et à rendre impérissables, les monuments destinés à glorifier les hauts faits des Césars.

CHPaSTIAiMSME

Nous voici arrivés à ce sommet de l'histoire où le paganisme s'effondre pour laisser la place au christianisme rayonnant de plus en plus, et s'épanouissant dans une entière plénitude de vie. Il faut remarquer cependant qu'à la mort de Jésus, il se forma plusieurs sociétés religieuses le regardant, les uns comme un Dieu, les autres comme un prophète. Ces sociétés n'avaient qu'un point de vue commun, c'était la reconnaissance du peuple d'Israôl 'comme race privilégiée. Un homme remarquable, Paul de Tarse, vint donner au chris-

tianisme, J'élan puissant de sa parole et de ses forces combattives ; il entreprit de briser les barrières et défaire de cette religion, la religion universelle. (( La lettre tue et l'esprit vivitie » fut sa grande maxime. Il y ajouta l'idée égalitaire et voulut former de toute l'humanité, les membres d'un seul corps. Son éloquence fut si forte qu'à Athènes, il put faire quelques prosélytes parmi ce peuple élevé cependant aux discours magnifiques, qui autrefois avaient retenti dans l'Académie et le Lycée. Sa parole y était d'autant plus écoutée que les Athéniens devenus sceptiques, avaient élevé un autel sur lequel était écrit : « Aux dieux inconnus ». Ces hommes, auditeurs attentifs, appartenaient aux basses classes poui* lesquelles les subtilités de la philosophie grecque présentaient trop d'obscurité pour qu'ils pussent les goûter. Une élite de délicats était seule admise à en surprendre les finesses. La sagesse platonicienne appartenait aux riches et aux aristocrates ; la sagesse chrétienne s'adaptait aux humbles, au peuple. Le Christ et les Apôtres n'avaient-ils pas prédit aux pauvres et aux dénués, les divins espoirs d'un monde meilleur? N'avaient-ils pas relevé le courage de beaucoup d'hommes vaincus par la souffrance ? Aux paroles de haine, ils répondaient par des paroles pleines de mansuétude, le pardon était partout, là où s'élevait la haine enfacede l'égoïsme. Et c'était moins aux satisfaits que le Christ

234 l'évolluon du TEMPLË

s'adressait, qu'aux pauvres et aux ignorants. I)e cette religion, on pouvait dire qu'elle s'élevait sur des bases éternelles et qu'elle durerait autant que l'humanité.

Bien que le platonisme ait servi de terrain sur lequel prit racine la religion chrétienne, cette dernière y avait ajouté un accent particulier, un charme indéfinissable, conquérant ainsi les cœurs et les élevant au-dessus du mépris et du ridicule. C'est qu'elle était tout amour. Comme l'àme du boudhisme, comme l'àme des mystères du polythéisme, la religion chrétienne exaltait l'altruisme, principe de toute grande religion. Aussi suscitat-elle bientôt une ardeur d'apostolat vraiment remarquable ? Et la communauté des biens qui se fit entre les membres des sociétés chrétiennes, ameuta contre elle les foudres de l'opinion commune; ce qui permit aux apôtres dénués de richesses et vivant péniblement du travail de leurs mains, de lancer l'anathème contre les oisifs et les riches.

Aux supplices infligés aux martyrs de la foi nouvelle, succéda une période d'accalmie où la pensée put se retremper. C'est alors que se forma et prévalut une phalange d'hommes supérieurs qui mirent l'éloquence, la philosophie, la politique, au service d'une pensée commune. Les apologistes et les pères de l'Eglise, furent ces hommes.

LE Temple ajn tIque , 23B

Origène clot cette liste, et après lui, nous entrons au lY^' siècle, dans le siècle florissant de l'église chrétienne.

C'est alors que se déroula en une longue succession de sommets, le mémorable défilé des penseurs admirables, édificateurs superbes de Tun des plus vastes édifices de théologie connus, et où s'incrustent en gemmes éclatantes, les matériaux splendides d'une rénovation complète.

En Orient : Les Athanase, Basile, Grégoire de Nazianze, etc.. En Occident : les Hilaire, Jérôme, saint Ambroise, saint Augustin en sont les fondateurs illustres.

A partir de Néron, le christianisme fut souvent persécuté. Du reste l'aristocratie romaine méprisait complètement cette religion naissante; réduite à se cacher, elle vécut longtemps dans les catacombes, anciennement tombeaux et carrières, et fit de ces galeries souterraines, les premiers lieux de réunion où montèrent en commun les prières des premiers persécutés. C'est là qu'ils ensevelissaient leurs morts et leurs martyrs.

Le culte nouveau, devenu avec Constantin la religion officielle, s'abrita bientôt dans les temples. Byzance, où fut transporté le siège de l'empire, devint alors la capitale du monde chrétien. De

236 l'évolution du temple

tous côtés s'élevèrent des églises chrétiennes. Les premières églises, bâties sur le modèle de la basilique païenne, exigeaient des salles toutes différentes de celles du paganisme, où pussent se réunir en commun les fidèles et le clergé. La basilique rectangulaire et le temple circulaire étaient les deux édifices hérités du paganisme. Le christianisme y ajouta un autre genre d'édifices, répétés en de nombreuses copies, et dont le modèle fut créé par Justinien, à Sainte Sophie. C'est dorénavant sur ces trois types : Basilique, temple circulaire, église à coupole sur pendentifs, que va se fonder toute l'architecture religieuse. La basilique antique, bien que son nom fût grec, était avant tout un monument essentiellement romain. C'était un tribunal, à l'origine. (Caton le Censeur fut le constructeur de la première basilique.) La basilique se composait d'une grande nef portée sur des colonnes, de deux nefs collatérales appuyées sur des murs collatéraux et aboutissant au tribunal placé dans un hémicycle ou abside. Pour cette raison la partie correspondante des basiliques chrétiennes où était le siège de l'évêque, s'est appelé tribune. Quelquefois cependant cet hémicycle manquait et le prétoire était reporté dans la salle même, comme h la basilique de Pompéi.Ces portiques des bas-côtés étaient quelquefois surmontés d'un premier étage de portiques supérieurs dont les colonnes avaient moins de hauteur. Cette dis-

position ne peut s'étudier dans aucune des trois basiliques païennes : Julia, ïrajane et Maxence (celle-ci improprement appelée temple de la Paix), mais dans quelques basiliques païennes oii elle a été reproduite. Du reste, déjà dans la religion païenne, le temple était fort analogue à la basilique, sauf le portique supérieur qui, en général, n'existait point. Pourtant dans le temple de Minerve à Tégée, Scopas avait élevé au-dessus de colonnes doriques, un étage de colonnes corinthiennes. Aux basiliques et aux curies, était joint parfois un portique destiné à devenir, dans la suite, le narthex des basiliques chrétiennes.

Nous conclurons donc, que si les basiliques ont fourni un modèle aux Eglises (Ecclesia), elles ont dû avoir un temple pour modèle. D'ailleurs, malgré la répugnance instinctive des premiers chrétiens pour ces sortes d'édifices, les temples païens n'en servirent pas moins souvent et surtout dans les premiers temps du christianisme triomphant, aux mêmes usages que les basiliques.

Page 1