DOCTRINES GERMAINES ET CELTIQUES
Au II' siècle avant Jésus-Christ, la Gaule avait pris une situation plus régulière et sa population était définitivement formée d'Ibères, de Gallos et de Kimris ou, comme le dit Strabon, d'Aquitains,
238 l'évolution du temple
de Celtes el de Belges. César nous apprend que de nombreuses tribus de Germains, après avoir franchi le Rhin, s'étaient mêlées avec les Celtes. Ces Germains avaient eu leur patrie primitive en Asie et appartenaient à la race Aryenne. Leur religion divinisait les différentes forces de la nature. Ils adoraient par-dessus tout un Dieu unique, père de toutes choses, mais n'en distinguaient pas moins les dieux bienfaisants et les dieux malfaisants; ils sacrifiaient des victimes humaines à ces dieux. Les prêtres possédaient la suprême influence; ils présidaient aux assemblées publiques et en exécutaient les sentences rendues; ils appuyaient leur autorité sur de prétendues révélations apportées par la magie. Primitivement, ils n'admettaient pas qu'on pût élever des temples et des statues à une divinité : à cette représentation de l'invisible, ils opposaient la recherche de l'absolu. Dans le but d'exprimer ce sentiment de l'infini, ils consacraient les forêts où on adorait, non pas tel ou tel arbre, mais ce que l'horreur de ces silencieuses solitudes éveillaient dans les âmes, effets mystérieux et naturellement inaccessibles aux regards. Leur religion était semblable par différents côtés à celle des Gaulois avec qui il se mêlèrent, comme ceux-ci s'étaient mêlés aux Romains. Les Gaulois possédaient plus que les Romains, ce mélange de mythologie et de philosophie, prêtant de nombreux aspects aux nécessités de
la crédulité et de la raison. Les sages ne voyaient dans les diiïérentes divinités populaires, que des symboles multiples de l'unité divine personnifiée dans OEsus. Dieu était pour eux un être inconnu. Se suffisant à lui-même, ils ne voulaient le représenter sous aucune forme humaine, et circonscrivaient sa divinité dans d'immenses cercles de pierre.
On appelait druides, les prêtres gaulois qui, avec les nobles, tenaient le peuple en esclavage tout en étant les sacrificateurs d'une religion aussi sauvage et sanguinaire que celle d'Odin. Les Ovates venaient ensuite, sacrificateurs subalternes. Enfin, les Bardes, institués pour entretenir dans la nation l'enthousiasme religieux, glorifier les hauts faits, flétrir les méfaits et perpétuer les traditions des ancêtres. Bien qu'on ait voulu faire des druides les maîtres de Pythagore, tout porte à croire que cette assertion est fausse. Cependant, outre des doctrines communes, telles par exemple que la métempsychose, le druidisme et le pythagorisme apportaient dans renseignement des procédés d'initiation analogues. Ils admettaient une intelligence infinie, cause première de l'harmonie de l'univers, Teutatès, leur Mercure, créateur du monde. OEsus, leur Mars, Kernunos, leur Bacchus, Ogmios, leur Hercule, Belen, Weden et autres n'étaient que des dieux secondaires. Les pierres isolées, menhirs, peulvans ou un chêne
240 l'évolution du temple
antique, étaient les symboles qu'ils choisissaient. Ils rendaient aussi un culte religieux aux quatre éléments, aux sources et aux lleuves, au soleil et à la lune. C'était à la clarté de cet astre que les prêtres rassemblaient les fidèles, dans les antiques forets où étaient établies leurs demeures.
A côté de la théorie indienne des transmigrations et de la théorie persane de la sanctification finale par la liberté, il faut remarquer combien les Gaulois estimaient le savoir. Ils en arrivaient en fin de compte à cette idée que Fâme arrivée au cercle de la félicité, peut par son libre choix, redescendre dans un état inférieur pour faire de nouvelles expériences et acquérir une nouvelle science. La sagesse celtique tendait vers une foi profonde en la liberté humaine. L'élimination, par Faffirmation de la liberté divine, de toutes les doctrines qui font de Dieu un être impersonnel et mettent en lui un aveugle destin, les amenait fatalement à reconnaître la liberté et l'égalité entières. De plus, au lieu de concevoir l'anéantissement ou plutôt l'absorption de tous les êtres en un seul être, comme cela était indiqué dans la religion de l'Inde, elle voyait dans l'individu, non une mort absolue, mais une progression continue cette recherche de l'invisible dans le visible, et exaltait par des légendes, l'imagination populaire. Mais la qualité qui rendait la Gaule éminemment perfectible, c'était sa faculté d'absorber, de s'assi-
LE TËMPLË ANTIQUË â4l
miler, de transformer les choses et les idées des autres races, principalement celles de la Grèce, de Rome et de la Judée.