‹ L'art de demainChapitre 31 sur 35 · EMPIRE · texte numérisé non relu

EMPIRE

Au 18 brumaire se révéla un homme dans toute la fougue de son ambition. Cet homme allait absorber en lui toutes les forces vives de la France et les projeter en de sanglants combats au-devant des coalitions de Tétranger. Cette volonté, ce génie admirable, promena sur toutes les routes d'Europe, ses aig-les conquérantes.

De toutes ces victoires, de tout cet amoncellement de cadavres, qu'est-il sorti? Une pensée grandiose est-elle venue ajouter son effort au patrimoine de l'humanité ?

Cette conscience splendidement organisée et armée d'une volonté de fer, qu'a-t-elle fondée? Une épopée majestueuse et grandiose, à la tête de laquelle se haussait, le cimier lauré d'or, le dieu splendide auquel s'accrochait la gloire. Logique avec sa pensée, le descendant des Césars ne pouvait s^nspirer, pour imposer son culte, d'autres exemples que ceux fournis par la Rome Impériale. Aussi cette préoccupation de faire revivre Fart romain, plane-t-elle sur tous les édifices que l'Empire nous a légués! L'arc de triomphe du Carrousel, imitation fidèle de Tare de Constantin, la colonne Vendôme, copie de la colonne Trajane, l'arc de triomphe de FEtoile, le temple à la Gloire, qui n'est rien autre que le temple élevé à la gloire napoléonienne, s'érigent et consacrent sa grandeur. L'art romain s'adapte partout à cette gloire. Le culte napoléonien était incapable de créer d'emblée le temple unique, n'ayant pu tirer des cœurs le sentiment propre à un développement de pensée, et dans les limites où s'accomplissait son gigantesque et glorieux effort, le temps eût manqué à l'extériorisation de ce culte.

Bientôt s'effondra dans la plaine de Waterloo, cette puissance qui avait fait trembler le monde. Ce besoin instinctif et irraisonné d'unité mondiale, qui avait poussé le colosse à Faction, pareil en cela à tous les conquérants antérieurs, ne trouva pas sa réalisation. Dès lors, ce que la guerre

286 l'évolution du temple

volontaire et générale n'avait pu obtenir, la paix non moins volontaire et raisonnée se donna pour tâche d'accomplir la destinée, c'est-à-dire la tendance à l'unité, logique et nécessaire. Le monument unique capable d'apothéoser la gloire d'un seul, ne pouvait être qu'un arc de triomphe ; le temple, destiné à enclore une pensée universelle et éternelle n'avait pas de raison de s'ériger, n'ayant pas à consacrer un dogme religieux ou humanitaire. Seule, l'affirmation d'une vérité était nécessaire pour réaliser plastiquement et dans l'espace, sa forme définitive. Cette vérité ne fut pas révélée, et le temple resta une œuvre sans signification et sans vie spirituelle.

in

Page 1