‹ L'art de demainChapitre 8 sur 35 · CHAPITRE 111 L^ÉVOLUTION GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

CHAPITRE 111 L^ÉVOLUTION GÉNÉRALE

Ily a dans l'évolution générale de l'humanité, deux courants bien distincts, l'un qui analyse, l'autre qui synthétise. L'un examine l'individu, le particulier; c'est sur l'homme que portent ses investigations. L'autre scrute dans la collectivité, le général ; c'est sur l'espèce que s'exercent ses recherches. De l'union de ses deux courants, doit sortir la compréhension majeure des multiples aspirations qui enveloppent de mystère, les destinées humaines.

Dans l'évolution de l'individu, la vie est, suivant Spencer, l'adaptation continuelle de relations internes à des relations externes. Or, l'individu, lui, sort de l'accouplement et l'accouplement est la forme première du besoin social; de l'accouplement sort la famille, de la famille sort la société.

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Mais c'est là une évolution de fonctions et le problème qui occupe l'iiomme depuis sa naissance jusqu'à sa mort, reste toujours insoluble. La science pourra-t-elle un jour nous expliquer le mot de l'énigme. Pourquoi la vie? Sommes-nous doués de qualités immortelles? Y a-t-il en nous un principe d'immortalité qui soit susceptible d'être touché par la raison? Autant de questions insolubles auxquelles la science ne peut apporter la consolation d'un espoir! En tout cas, nous allons rechercher autour de nous les différentes conceptions envisagées par la philosophie et la science. A la théorie développée par Diderot nous opposerons les assurances toutes nouvelles et assurément fort intéressantes du savant biologiste, le D"" Metchnikoff, nous confronterons ainsi les deux faces du même problème, tendant à élucider au sein de révolution, le problème mystérieux du devenir possible de l'homme, de cette immortalité, troublant problème qui donne à penser avec Renan : « Que nous revivons par le sillon que chacun de nous laisse au sein de l'infini. »

Voici comment, à ce sujet, s'exprime Diderot : (( De même que, dans les règnes animal et végétal, un individu commence pour ainsi dire, s'accroît, dépérit et passe, n'en serait-il pas ainsi des espèces entières? Si la foi ne nous apprenait que les animaux sont sortis de la main du Créateur

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tels que nous les voyons, et s'il était permis d'avoir la moindre incertitude sur leur commencement et sur leur fm, le philosophe abandonné à ses conjectures ne pourrait-il pas soupçonner que l'animalité avait, de toute éternité, ses éléments particuliers épars et confondus dans la masse de la matière ; qu'il est arrivé à ces éléments de se réunir parce qu'il était possible que cela se fit; que Tembryon formé de ces éléments a passé par une infinité d'organisations et de développements ; qu'il a eu pour succession, du mouvement, de la sensation, des idées, de la pensée, de la réflexion, de la conscience, des sentiments, des passions, des signes, des gestes, des sons, des sons articulés, une langue, des lois, des sciences et des arts; qu'il s'est écoulé des millions d'années entre chacun de ces développements; qu'il a peut-être encore d'autres développements à subir et d'autres accroissements h prendre qui nous sont inconnus; qu'il a eu ou qu'il aura un état stationnaire ; qu'il s'éloigne ou qu'il s'éloignera de cet état par un dépérissement éternel, pendant lequel ses facultés sortiront de lui comme elles y étaient entrées; qu'il disparaîtra pour jamais de la nature, ou plutôt qu'il continuera d'y exister, mais sous une forme et avec des facultés tout autres que celles qu'on lui remarque dans cet instant de la durée ? La religion nous épargne bien des écarts et bien des travaux. Si

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elle ne noas eût point éclairés sur l'origine du monde et sur le système universel des êtres, combien d'hypothèses différentes, que nous aurions été tentés de prendre pour le secret de la Nature? Ces hypothèses, étant toutes également fausses, nous auraient paru toutes à peu près également vraisemblables. La question pourquoi il existe quelque chose est la plus embarrassante que la philosophie pût se proposer et il n'y a que la révélation qui y réponde. »

Voyons maintenant comment la science moderne résoud le problème. Dans son ouvrage Étude sur la nature humaine^ le professeur Metchnikotf nous montre tout d'abord les harmonies chez les êtres inférieurs à l'homme, ensuite l'origine humaine, enfin Fimmortalité de l'âme cellulaire.

Au sujet des harmonies de nature, il s'étend longuement sur le concours des insectes dans la fécondation des orchidées, concours que Sprengell avait déjà reconnu dès le xviii' siècle, et confirmé ensuite par Darwin. C'est ainsi que des insectes appartenant à des catégories différentes, abeilles, guêpes, diptères, certains coléoptères, et un grand nombre de papillons, tout en puisant le nectar accumulé au fond des orchidées, chargent les corps de pollinies, éléments mâles, les transportent sur les stigmates, éléments femelles d'orchidées de même espèce, et les fécondent. De ce fait, ils deviennent les traits d'union entre les deux élé-

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ments mâles et femelles séparés, et un élément de fécondation pour les ovules.

Ensuite il nous montre l'admirable instinct des guêpes fouisseuses, dans le choix et la façon dont elles paralysent la proie nécessaire à Fentretien de la progéniture.

Toutes ces harmonies Faident à formuler la loi qui veut qu'il se produise constamment une sélection des caractères. Les particularités utiles se transmettent et se conservent, tandis que les caractères nuisibles finissent par disparaître ; les caractères désharmoniques peuvent amener la disparition totale de l'espèce, mais ils peuvent aussi disparaître seuls sans être nécessairement suivis de la disparition des êtres qui les possédaient. Dans ce dernier cas, le caractère nuisible pouvant se transformer en un autre, utile pour la vie de l'espèce, et qui tend constamment h conserver les descendants les plus divergents d'une espèce quelconque, explique fort bien la transmutation et l'origine des espèces par la conservation des caractères utiles, et par la disparition des caractères nuisibles; cette théorie a été émise pour la première fois par Darwin et Walace. Et l'explication que donne Darwin de Forigine des espèces par sélection naturelle, tend h grouper en un grand faisceau, tous les êtres organisés, d'après le (c Système Naturel ». Ce système rend inexplicable l'hypothèse des créations.

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La sélection naturelle n'agit qu'à pas lents, en accumulant des variations légères successives et favorables et, par suite, rejette toute modification considérable où subite. Natura non facit saltiim reste Taxiome sur lequel s'appuie cette théorie.

Examinant les origines de l'homme, le biologiste affirme que la critique scientifique a facilement démontré l'impossibilité pour l'homme, d'être considéré comme une création particulière, et par conséquent comme le résultat de l'œuvre divine. Il montre comment l'étude détaillée de l'organisme humain, accorde d'une façon définitive sa parenté étroite avec les singes supérieurs ou anthropoïdes.

En ce qui concerne les embryons mêmes, la ressemblance entre les singes et l'homme est tout à fait frappante. Selenka insiste sur le « fait que les disques embryonnaires de l'homme, les plus jeunes qui aient été observés, peuvent être à peine distingués de ceux des singes à queue, autant au point de vue de la situation que de la forme ».

Après avoir étudié nombre d'exemples d'harmonies dans la nature, le D"^ Metchnikoff passe en revue les nombreuses désharmonies qui assaillent l'homme dès sa naissance et s'exercent également sur tous les sens.

C'est ainsi qu'Helmoltz a remarqué que l'étude précise de l'organisation optique de l'œil a causé une grande désillusion. « La nature, dit-il, a

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comme exprès, accumulé les contradictions dans l'intention de rejeter tous les fondements d'une théorie d'harmonie préexistante, entre le monde extérieur et le monde intérieur.

Ces désharmonies, la science s'essaie constamment à les atténuer. Son rôle est, dans ce sens, d'une réelle grandeur, puisqu'elle prévoit le moment où elle pourra, d'une façon efficace, soulager la souffrance et muer de ce fait, enharmonies, les désharmonies que la nature capricieuse semble disséminer autour de nous.

Voyons maintenaat comment le D'^ Metchnikoff résoud le problème de l'immortalité de l'âme.

u On peut, dit-il, affirm^er, preuves scientifiques en mains, que dans notre corps, il y a bien des éléments immortels, « ovules et spermies ». Comme ces cellules sont douées de vie propre et accusent certaines facultés que l'on peut ranger dans la catégorie des phénomènes psychiques, il devient certain de poser d'une façon absolue, la thèse de « l'immortalité de Tâme ».

Les ovules et les spermies qui réussissent à se conjuguer, donnent naissance à la nouvelle génération, à laquelle ils transmettent leur « âme cellulaire ».

D'après la terminologie de Haeckel, cette âme est donc réellement immortelle, au même titre que le corps de ces cellules reproductrices.

Il est donc vrai que nous renfermons dans notre

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organisme, des éléments doués d'une âme immortelle; mais il est tout aussi vrai que ce fait n'implique nullement, l'immortalité de notre âme consciente.

Les religions et les systèmes de philosophie, qui appuyaient les règles de la conduite sur d'autres bases, considéraient, au contraire, la nature humaine comme viciée dès le début. La science est venue nous apprendre que l'homme, descendant de l'animal, a dans sa nature des qualités bonnes et mauvaises, et que ce sont ces dernières qui rendent l'existence si malheureuse. Mais la nature humaine n'étant pas immuable, peut être modifiée au profit de l'humanité.

Avant tout, il faut tenter pour ainsi dire de redresser l'évolution de la vie humaine; c'est-àdire de transformer les désharmonies, en harmonies.

Quelques savants, et notamment Buetschh et Weismann, ont conclu à l'immortalité des êtres uni-cellulaires de la nature des protozoaires, tels que les infusoires.

On peut conclure que les progrès dans l'organisation des animaux, ont évolué aux dépens de la faculté reproductrice des éléments et des tissus.

j S'il existe des éléments voués inévitablement à a mort naturelle, il faut les chercher parmi les cellules des centres nerveux.

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Il était naturellement intéressant de noter cette théorie originale, basée sur les investigations les plus récentes entreprises dans le domaine scientifique.

Ainsi donc, le philosophe et le biologiste s'accordent pour conclure, sous des points de vue différents, il est vrai, l'un à l'immortalité de Tâme consciente, l'autre à l'immortalité de l'âme cellulaire. Nous n'entreprendrons pas une thèse philosophique qui ne comporte pas son développement daus cette étude. Nous n'en dégagerons pas moins cette conclusion déterminative de la nature humaine : l'immortalité, cette courbe immense sur laquelle riiomme évolue, inscrivant au sein des temps et de l'espace, les arrêts ou plutôt les bornes de sa marche en avant; rimmortalité, ce besoin de Tâme, que Tinstinct avait révélé et que la science semble avoir démontré, paraît devoir rentrer dans la catégorie des vérités admises.

Considérons maintenant le point actuel de l'évolution humaine, et replaçons Thomme dans la situation qu'il occupe parmi la civilisation actuelle, tout en dégageant la conception nouvelle à laquelle il doit adapter sa vision, afin de conquérir une nouvelle harmonie.

Tout nous porte à croire qu'une longue paix économique va consacrer de nouveaux désirs et, par suite des longs loisirs concédés, Thomme cherchera à manifester en une forme intelligente, son besoin d'expansion. L'art sera très probablement Tune de ces formes d'expression. Il est donc réservé à l'artiste la tâche très haute et très fécondante, de muer ses loisirs en de magnifiques synthèses dont il sera le chef éminent. Il faut avouer que pour l'instant, la société telle qu'elle est, ne formule aucun dogme dont il puisse s'emparer pour exprimer hautement la vie et l'idéal qu'elle contient en puissance; il ne peut donc se dégager de cette obscurité un enthousiasme créateur. Est-ce à dire que nous n'ayons rien à formuler, nous autres artistes, et devions attendre que ce dogme nous soit livré par la forme sociale actuelle, mûri, décortiqué, prêt à être assimilé. Non, l'œuvre de l'avenir doit s'élever radieuse pour ainsi dire, sans secousses, armée de pied en cape ; elle existe à l'état potentiel, il est réservé au génie de l'artiste de la dégager et de l'exprimer.

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Il est tout à fait raisonnable de penser qu'il saura se hausser au niveau de cette conception informulée et créer sciemment l'atmosphère de demain où doit se mouvoir cette nouvelle vérité. Il suffît d'une pensée, jetée au milieu du terrain, pour bouleverser aussi sûrement qu'une révolution, le champ clos de la tradition.

Cette pensée une fois traduite, prendra rang dans les hautes conceptions de la vie sociale, afin d'augmenter le concept de l'homme, d'élever son àme vers la beauté, vers la vie toute harmonieuse et toute équitable.

La morale évolutionniste substituera bientôt au mensonge constant de nos mœurs actuelles, la justice idéale, aurore majestueuse, d'une époque sans précédents. Bientôt nous assisterons à la proclamation d'autres vérités, qui amplifieront le dogme et lui donneront sa véritable grandeur.

Pour l'instant, il serait assez utile que le penseur ramenât à un groupe compact, tous les fragments que la science élève en des points isolés, afin d'indiquer de façon précise le degré auquel elle est arrivée. Où en sommes-nous au juste de la connaissance? Telle est la question que se posent nombre de bonnes volontés lasses d'attendre ! C'est qu'au demeurant, il ne faudrait pas trop s'illusionner sur la portée des faits enregistrés officiellement par la science, car bien des conceptions soi-disant neuves étaient connues de la plus

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haute antiquité. D'autres vérités au contraire, paraissant immuables comme un dogme, sont attaquées par les esprits scientifiques les plus éminents. De plus en plus la vérité, une et absolue, s'éloigne et laisse au fond de l'âme humaine, un grand doute et un misérable scepticisme.

Empédocle, le poète théologien, n'a-t-il pas entrevu nos idées modernes sur la constitution atoQiique des corps, sur les attractions et affinités chimiques? Lucrèce dans son Poème de la Nature, n'a-t-il pas aussi formulé par intuition, des lois physiques que des expériences de laboratoire ont depuis confirmées ? On s'imagine souvent que les bases de la science sont inébranlables, or rien n'est moins exact !

Nous savons tous que le Postiuatum d'Eiiclice impossible à démontrer, n'en constitue pas moins une des vérités classées dans la géométrie, science exacte par excellence. M. Poincarré, le savant professeur, dans son ouvrage la Scieitce et F Hypothèse^ nous en donne un long exposé, en s'appuyant pour cette démonstration sur les géométries non Euclidiennes, telles que celles de Lov^atchesvski et de Riemann : nous pouvons en dire autant de la mécanique qui repose tout entière sur des propositions fondamentales, admises comme étant prouvées par l'expérience de tous les jours, mais qu'il est impossible de démontrer « parce qu'il n'y a dans le monde aucun corps complètenient immobile »,

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On peut donc prétendre que les sciences pèchent pas la base, mais on les admet comme indiscutables et bien fou serait celui qui oserait s'élever contre elles! Elles n'en demeurent pas moins l'expression de la vérité la plus typique, et les mathématiques sont encore ce que l'homme a su trouver de plus parfait, pour s'approcher au plus près de la vérité absolue. Il y a lieu cependant de faire remarquer que le monde s'achemine de plus en plus vers les certitudes et non plus, comme hier, vers les probabilités, et qu'il serait impardonnable, le créateur actuel d'une œuvre qui ne contiendrait pas en puissance les deux grands principes, d'universalité et d'éternité! C'est vers ces vérités constamment révélées que l'artiste devra sans cesse tourner ses regards. L'expression anthropomorphique conservera-t-elle encore longtemps le rôle de définir l'unique? Non, sans doute, de moins en moins elle décrira le sens intime et individuel, pour s'élancer vers le multiple, expression de la vie, multiple comme elle. De ce que la nature paraît concentrer en certains types toute la somme de beauté dont est susceptible l'individuel dans son évolution, il ne faudrait pas conclure à la pérennité des principes. Bien au contraire, ce serait la preuve incontestable de desseins invariables, la volonté de transmettre à travers la chaîne des êtres, des types de beauté, concentrant en eux, toute l'énergie plas-

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tique de la nature. Ceux-là seuls ont le pouvoir d'exciter la faculté génésiqae de l'artiste.

Ce qui fait, en définitive, le désaccord entre la science et l'art, n'est pas autre chose que le manque de compréhension de ces deux états de la conscience qui se composent du sentiment et de la pensée. Chez les hommes de science, la raison tue le sentiment. Chez les artistes, le sentiment tue la raison.

Il y aurait donc lieu d'accorder ces deux termes et de fondre ces deux principes ahn d'opérer l'équilibre. Tous les deux : le scientiste et l'artiste sont, dans ce cas, également distants de la vérité; car la fonction de la science et de l'art n'est pas d'éloigner ces termes, mais bien au contraire de les rapprocher, afm de faire surgir « le bien ». Or le bien n'étant que l'union du beau et de la logique, ne peut être produit que par la science, qui développe l'intelligence et par l'art qui développe le sentiment.

Et l'artiste, à l'égal du scientiste, résoud une harmonie, chaque fois qu'il crée, car créer n'est-ce

pas : DÉGAGER DU MONDE, UNE LOI CO-EXISTANTE ET LUI DONNER l'essor.

S'il est dévolu à la science d'augmenter le bienêtre physique, par une appropriation plus nette des forces environnantes et an équilibre constant des forces entre le dehors et le dedans; il appartient à Fart, de façonner les cerveaux à un concept moral plus large, répondant à la nécessité d'un plus grand champ d'activité, en disposant les âmes à la bonté et à l'altruisme. S'adressant avant tout au sentiment, il l'affecte dans le sens social; s'adressant à la pensée, il élève les âmes qui forment l'élite pensante, vers une conscience universelle. Afin d'obtenir une compréhension nouvelle qui satisfasse mieux à notre sentiment esthétique, il faut que l'artiste suscite l'idéal qu'il veut atteindre. Mais cet idéal doit correspondre a la sommation des volontés ambiantes : ce serait en définitive, un résumé des hautes pensées de l'élite. Cet idéal, une fois obtenu, mettre en son œuvre toutes les ressources dont il dispose, pour arriver à son expression. La fonction la plus haute de Fart et de la science sera de délivrer de sa gangue, toute vérité cachée et d'en exprimer

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rharmonie totale. Aujourd'hui la science assume presque entièrement la tâche de surprendre les désharmonies dont la nature capricieuse entoure les trésors qu'elle recèle. C'est la tâche de l'homme de découvrir et de muer en harmonies, les désharmonies préexistantes.

Le problème pour l'art est identique. Tout n'est pas harmonique dans la nature, parce que l'objet que Fartiste voit dans le plan où se précise sa puissance d'action visuelle, n'est pas en réalité perçu seul, et semble détaché de la grande trame de l'univers. Mais il ne peut y avoir à proprement parler, de coupure, c'est seul, le pouvoir restreint du spectateur qui opère cette scission du grand aspect de Nature.

C'est donc sa pensée seule qui peut le rattacher au grand mouvement évolutif de la matière et des saisons. De là, cette désharmonie toute apparente que l'artiste devra redresser.

Ces désharmonies, une fois admises, il reste à l'homme la haute prérogative de développer son intelligence et sa raison, et d'élever sa conscience, de l'instinct au libre arbitre, vers un devenir meilleur.

Les luttes fratricides qui ensanglantèrent à toutes les époques les races ennemies, semblent vouloir s'effacer devant la montée splendide de la raison. La patrie n'étant plus, comme dans l'antiquité, liée d'une façon indissoluble à la religion.

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paraît devoir vivre d'une vie propre. Le culte nouveau, non pareil aux cultes antiques qui étaient avanttout une véritable sommation des consciences, sans toutefois d'appareils de dogmes, paraît devoir rallier les consciences vers un idéal tout autre.

Au cours de Thistoire, ne voyons-nous pas s'élever successivement les royaumes des Mèdes, des Assyriens, des Scythes, des Perses, envahis par les conquérants Macédoniens; ceux-ci, à leur tour, tomber devant les Romains : la puissance colossale de ces derniers, s'écrouler bientôt sous les coups des enfants du Nord qui accoururent comme des loups dévorants, à la chute de ce grand cadavre. Enfin les Cimbres, les Huns, les Goths, les Vandales et les Wisigoths et toutes ces races belliqueuses, qui débordèrent par torrents, envahir et morceler les vastes provinces de Tempire romain, conduits par des chefs tels que les Alaric, les Attila, les Genseric et autres fléaux du genre humain.

Nous ne verrons plus, comme dans l'époque qui s'écoule du v" au x^ siècle, des invasions de barbares. L'Europe tend de plus en plus à s'unifier comme race, reportant sur les territoires inhabités, la densité de ses populations. Plus d'invasions possibles, du moins pour l'Europe. Seuls s'opèrent des courants puissants. La pensée septentrionale flue vers nous et accapare nos activités intellectuelles. A ce courant grandiose, l'effort méridional

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n'a pas grancrchose h opposer. Le sentiment latin, toujours vivaceau cœur atavique des foules, ennemies de l'effort et des technicités, se lève et s'exaspère. Il n'est pas bien prophétique d'affirmer que c'est dans cette pensée, représentant à elle seule la plus formidable évolution, à la fois scientifique et philosophique qu'ait connu le monde, que se puiseront, dans un effort grandiose, les grands facteurs de la rénovation.

L'art tout conventionnel et factice qui s'essore du sentiment latin, ne peut lutter plus longtemps contre la superbe montée, sans cesse accrue, de la pensée moderne.

Ainsi donc, toute l'énergie des peuples qui se partageaient aux siècles précédents, entre la guerre, expansion de la nation ou réalisation d'une unité territoriale, et l'art destiné à en consacrer les hauts faits, tendra déplus en plus vers des activités tout autres.

Aujourd'hui, les classes cherchant de plus en plus à s'unifier, expriment une volonté plus absolue dans la recherche de formes adéquates à leurs nouveaux besoins. Déjà autour de nous, palpite, plein de promesses, un art d'analyse, précurseur des hautes tâches que l'avenir réserve aux arts majeurs. Autour de cet art, évoluent les arts subsidiaires destinés à rehausser de leur éclat, la beauté des formes.

Au surplus, notre âme poussant l'individualisme

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jusqu'à l'outrance, ne connaît plus ces belles ascensions de foi, qui s'extériorisaient en temples, à l'époque du paganisme, et en cathédrales magnifiques, durant tout le moyen âge. Les âmes ne s'immolent plus volontiers à un idéal collectif et c'est pourtant ce vers quoi nous tendons de tout Teffort de notre volonté. L'art de l'avenir sera, comme aux différentes stases de l'humanité, le résumé splendide de l'idée morale collective, la conscience religieuse des peuples.

C'est cette loi morale qui fait l'inquiétude actuelle de l'humanité. Le pouvoir prépondérant exercé par la papauté sur les deux cents millions de catholiques, qui, d'après Hûbner, sont répartis sur la surface du globe, semble fléchir devant les nouvelles harmonies surgissant radieuses, en dehors de sa formidable puissance. Les pères de la Révolution se chargèrent d'élever les revendications que les Pères de l'Eglise n'avaient pas élevées au iv' siècle. Ces derniers étaient beaucoup plus choqués de l'inégalité des biens, que de l'inégalité des personnes, puisque, en pénétrant dans la cité céleste, l'homme injustement traité ici-bas devait trouver le supplément de joie dont ce monde l'avait sevré.

Actuellement, les peuples se dégagent de plus en plus de l'autorité papale pour s'adonner au culte d'une haute idée internationale, « la Justice ». Car, si le supplice du Golgotha a révélé au

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monde une splendide morale, éternelle et humaine, pouvant se résumer en cette admirable maxime toute débordante d'altruisme : <( Aimez-vous les uns les autres », du moins la Révolution a augmenté ce patrimoine moral. En proclamant dans la Déclaration des Droits de THomme, la liberté de chaque individu et l'égalité de tous devant la Loi, elle créait cette nouvelle harmonie : la Justice.

C'est de ces harmonies partielles que doit s'élever rayonnante, l'harmonie intégrale, faisceau géant qui doit réunir et grouper toutes ces harmonies fragmentaires et leur assurer une vie spirituelle toute-puissante. C'est alors seulement que les hommes manifesteront, en des monuments grandioses, leurs nouveaux concepts : Monuments, tels que les sociétés passées n'en auront jamais conçus de plus beaux, dans le développement libre et harmonieux le plus parfait. Et les arts devront transcrire sous forme de signe, l'abstraction à tendance universelle, capable d'être comprise par l'ensemble des peuples.

Dans ce siècle individualiste, la pensée éparpillée, attend le rameau puissant où elle puisse greffer ses admirables conceptions en une frondaison superbe qui deviendra le pivot de l'évolution.

Si l'on considère, d'une part, l'effort d'analyse qui s'est fait dans les sciences, depuis la Réforme, amenant l'esprit humain à comprendre l'admi-

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rable constitution moléculaire de son corps, dans sa forme définie, dont la pensée est l'expression rayonnante; si, d'autre part, on considère les hypothèses créées et résolues par la philosophie transcendante, on est frappé du pas géant accompli depuis peu de temps (qu'est-ce, en effet, que quelques siècles dans l'infini du temps?) vers la Vérité — abstraction vers laquelle tend Tesprit humain sans jamais y atteindre.

Et c'est pour le créateur une jouissance infinie, au milieu de ce concours d'efforts, d'apporter l'humble pierre de l'édifice, en produisant — V œuvre indestructible — qui vit avec la planète, palpite avec elle, initie à une vie nouvelle les détenteurs des expressions anciennes de la pensée, universelle comme le monde, générale comme la nature. Voilà ce à quoi se résume toute sa religion.

Sera-ce par une évoliition lente, apportée par l'action sociale, en équilibrant constamment les forces d'expansion des nations trop fortes ? Sera-ce par un bouleversement révolutif, amené par une succession de crises économiques, que se fera la lente ascension des peuples vers l'harmonie? Il est difficile de répondre d'une façon certaine à cette question. Cependant, il est permis de supposer quaprès ce malentendu universel, cette bousculade d'idées, utopiques en apparence, mais cependant irréalisables à l'époque où nous sommes, va surgir, l'idée pure et harmonieuse, liée invariablement à une sorte de religion philosophique où la raison triomphante va arborer l'orgueil de son symbole. A ce fleuve fécondant, les peuples conscients viendront désaltérer leur soif d'idéal, leur besoin de connaître, de comprendre, d'AiMER. Ce sera donc par l'éducation intégrale, que l'on arrivera à créer ce mouvement intellectuel, auquel nous tendons. D'abord l'école, en enseignant aux jeunes cerveaux, la libre responsabilité de chacun d'eux, la liberté des actes soumis au contrôle de la conscience individuelle et à la sommation de

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la conscience sociale qui est la justice, en subordonnant au multiple l'acte particulier, développera dans chacun d'eux, une sorte de vérification de sa nature essentielle, de son être en un mot. Arrivé à l'âge mûr, ce cerveau, constamment tourné vers la raison et limitant aux frontières de la critique, l'immensité de l'inconnaissable, formera la masse évoluée, celle de demain qui changera la face du monde.

Et l'État, lui aussi, voudra-t-il se rendre compte qu'il assume une lourde responsabilité en acceptant la tutelle de ses artistes? Car ce n'est pas seulement en leur répartissant généreusement quelque maigre récompense, qu'il peut arriver à se libérer. C'est en créant des centres d'activité d'art, confiés à des artistes choisis avec discernement. Ce n'est pas tout pour lui de former de bons élèves, il s'agit de reconnaître les maîtres et de les encourager. Les bons dessinateurs sont utiles, de beaux cerveaux sont nécessaires. Les hommes qui pensent sont seuls capables de produire un art utile et puissant. Sur la route sans cesse balayée de l'évolution, il appartient à eux seuls de comprendre la révélation suprême que les sciences apportent avec elles, et d'en former la nouvelle moisson qui doit germer au grand terrain de l'avenir. A ceux-ci seulement, l'Etat accordera une large subvention qui leur permettra d'œuvrer tout à leur aise.

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Une renaissance artistique est nécessaire. Déjà nombre de peintres et de sculpteurs témoignent dans la recherche de notes harmoniques élémentaires, d'une grande compréhension de la vie contingente. Ils ne dédaignent pas de dériver leur talent à la recherche de formes nouvelles destinées à imprimer à tous les objets de première nécessité, le galbe des courbes harmonieuses.

Ce travail analytique est nécessaire, cependant il n'est pas complet. Ce n'est pas en général la façon la plus logique de procéder, que celle qui consiste à dégager de l'objet, la forme totale qui le circonscrit. D'abord la rénovation de l'édifice synthèse, ensuite la recherche analytique qui en découle, cherchant à amplifier dans un but bien déterminé les formes primitives, et à dégager de la conformité à un but, l'effort des harmonies fragmentaires.

C'est de ce rameau synthèse, réunion, faisceau de ces harmonies fragmentaires, que surgira l'œuvre complète, le monument typique de l'époque.

La vulgarisation de l'art a du moins ce double avantage : développer pour l'artiste la production artistique, ouvrir l'esprit d'un peuple à la compréhension des chefs-d'œuvre, par cette éducation instinctive qu'amène la contemplation journalière d'objets d'art usuels.

En était-il autrement à Athènes, sous Périclès, à Florence sous les Médicis? Pourquoi alors

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ces mêmes peuples, insensibles aujourd'hui à toute production de grand art, étaient-ils à ces époques, débordants de joie devant les productions du génie des artistes, et trouvaient-ils dans leur admirable éducation le moyen de muer en œuvre d'art, les objets les plus usuels et les plus familiers? C'est qu'à ces époques, les influences directrices étaient bien plus puissantes, bien plus fécondes que celles d'à présent. Les Périclès, les Antonin, les Médicis, les François savaient appeler à eux les grands artistes, et distîerner le grand art de l'art moyen destiné à consacrer les modes passagères. Aussi les peintures, les marbres, dus à leur encouragement, restent-ils les plus hauts sommets auxquels l'art puisse atteindre ?

L'exemple parti de haut était partout suivi. A Rome, comme en Grèce, elle était bien féconde l'influence de la frise du Parthénon, de Phidias et des œuvres dePolignote, de Parrhasius, de Zeuxis, de Protogène, duLaocoon d'Agésander, du gladiateur d'Agasias et des nombreuses Vénus dues au génie de ces deux peuples. Les places publiques devenaient de véritables musées que les pouvoirs publics mettaient leur amour-propre à décorer. A Venise, la place Saint-Marc et la Piazetta s'ornaient d'objets d'art rapportés par les riches armateurs. A Florence, la place du Palazzo Vecchio, centre de la vie politique, s'encombrait sans souci de la circulation, de portiques, de fontaines

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où les Jean de Bologne, les Benvenuto Gellini et les Michel- Ange, dépensaient le plus clair de leur talent.

Or, la société bourgeoise actuelle, d'une médiocrité moyenne, devient insensible à tout acte de beauté. Cette médiocrité est due en partie à la maussaderie de nos mœurs, à ce manque d'enthousiasme pour tout ce qui est grand, tout ce qui est généreux. Indépendamment de cette raison, l'artiste qui voudrait réaliser son œuvre, ne pourrait même pas trouver des artisans capables de comprendre son rêve et susceptibles d'un effort instinctif dégagé du mauvais goût ambiant.

C'est donc à Fadministration d'un pays qu'incombe par dessus tout, la mission de diriger et d'élever les instincts artistiques d'un peuple. 11 appartient à l'Etat d'ouvrir la compréhension du plus grand nombre. Encore qu'en soi-même, le musée ne soit une aberration inventée par nos besoins modernes, frénésie ambulatoire, qui préfère aux œuvres d'ensemble le tableau portatif, il n'en est pas moins vrai — ce principe du musée une fois admis — qu'il faudrait travailler à sa rénovation complète, et surtout veiller à ce que les œuvres qui l'ornent, fussent méthodiquement classées et savamment disposées. Il appartient enfin aux municipalités, de susciter les œuvres qui doivent animer de leur harmonie, la vie des places et des jardins publics.

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Les masses ont quatre écoles où elles peuvent s'instruire des hautes vérités de l'art. Ces quatre écoles sont : le Musée, la Rue, le Monument et le Livre (la critique, le journal).

D'une part, si Ton considère le grand concours moral donné aux masses par le musée, on est tout surpris du peu d'efforts accomplis par l'Etat, vers l'amélioration, vers la transformation du musée moderne.

Quoi de plus lamentable, de plus douloureux même, que cette agglomération de chefs-d'œuvre d'écoles différentes, heurtant leurs harmonies le long des vastes galeries qui les contiennent. Aussi toutes ces merveilles entassées dans le pêle-mêle des dates et des noms, proclament-elles une classification aride et sèche, bien qu'historique ! Le musée ainsi compris n'est plus qu'un squelette vide, le cimetière des arts, comme le dit fort bien Lamartine.

Serait-il donc bien difficile de leur rendre une vie spirituelle? Non. 11 suffirait, de créer des salles de dimensions proportionnées aux œuvres qui y doivent figurer, de donner à ces salles une coloration générale, destinée à faire ressortir et à faire chanter les tableaux principaux avec des éclairages naturels ou artificiels, de sertir ces éléments fragmentaires dans des cadres étudiés pour un effet déterminé.

Au besoin, retracer pourtous les objets, meubles,

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tentures, étoffes, à l'aide d'une reconstitution très fidèle, Tépoque où ces tableaux, ces objets, ces meubles ont été conçus. En un mot, créer une ambiance absolue où la vie intime de ces diflérentes époques fût conservée intacte : en replaçant ainsi ces fragmentations d'art dans leur vérité historique, on convie le peuple à fortifier son sentiment, au contact de ces œuvres splendides qui sont l'héritage de l'humanité. En groupant ces objets dans le siècle et dans le milieu qui leur a donné naissance, on permet à nombre de gens courbés sous le lourd fardeau des nécessités quotidiennes, de jouir pleinement des œuvres d'art.

D'autre part, quand on pense au mode d'enseignement puissant que Je journal peut introduire dans le public, en divulguant et essaimant les hautes vérités; quand on songe, quelle arme splendidela société possède aujourd'hui dans cette feuille quotidienne, sorte de tribune publique où toutes les opinions peuvent se faire jour, où les controverses prendront de plus en plus le pas sur l'article niais de certains rédacteurs; quelle admirable centralisation d'opinions, arriverait-on à créer par suite de l'effort du lecteur à raisonner et à comprendre! A quel degré d'élévation du niveau moral d'un peuple, prétendrait-on monter de ce fait! On peut donc affirmer sans crainte que cette feuille gaurait, en traçant à l'idéal une plus large voie,

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en ouvrant aux sciences un procès de discussion, en imprimant à la morale une convergence d'opinions dues au plébiscite de la minorité intellectuelle d'une nation, offrir un champ d'action autrement vaste, pour Tacheminement de tout un peuple vers une compréhension plus haute du Beau et de l'Harmonie.

Et la rue nous donnera-t-elle encore longtemps le spectacle lamentable de ces édicules utilitaires où se circonscrit douloureusement l'effort du cadre approprié aux besoins? Le même geste indéfiniment répété va-t-il encore longtemps s'incruster dans la matière? L'allégorie dessuète, outrageusement reproduite à des milliers d'exemplaires, orne nos parcs et avenues. La même petite femme aux mêmes gestes pétrifiés, balance une palme au nez grotesque de l'homme !

La foule, instruite et difficilement émue, contemple sans comprendre ces images pétrifiées de lutteurs glorieux. L'œuvre de ces géants de la pensée ne se définit pas aussi facilement. La petite fleur bleue, toute sentimentale, que l'artiste inconscient accole au monument, et qui résume l'atavisme instinctif et médiocre de la foule, ennemie de tout effort cérébral, ne subjective en aucune façon, la sommation cérébrale de Thomme effigié. L'œuvre seule nous intéresse. Elle seule doit inciter l'artiste à donner une âme à la forme adaptée à l'idée. Il devra en fin de compte conclure à la pen-

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