L'OPPOSITION
Et toi qui, jadis, d'une amie Portas la forme et le doux nom, L'instant suprême où je t'oublie Doit être celui du pardon.
Pardonnons-nous; — je romps le charme Qui nous unissait devant Dieu.
Avec une dernière larme Reçois un éternel adieu.
— Et maintenant, blonde rêveuse, Maintenant, Muse, à nos amours!
Dis-moi quelque chanson joyeuse, Comme au premier temps des beaux jours.
Viens voir la nature immortelle Sortir des voiles du sommeil; Nous allons renaître avec elle Au premier rayon du soleil I ^
Toute une douleur étreint le Poète au moment où il prononce le suprême adieu. Il va s'en délivrer, mais peu à peu. Aux premiers vers de son exhortation à la Muse, quelque chose doit donc subsister de Témotion qu'il vient d'éprouver, quelque chose qui se dissipera enfin, comme disparaissent dans Taube les dernières ombres de la nuit.