‹ L'art de dire: dans la causerie et le discoursChapitre 160 sur 176 · L'IDÉE · texte numérisé non relu

L'IDÉE

interrompez-vous et songez au second. Ainsi de suite.

Mais, surtout à vos débuts, n'examinez pas trop vos idées. C'est avant de vous présenter en public que vous deviez les bien peser. Hélas! à moins de se condamner à la stérilité, l'écrivain lui-même ne doit pas trop exiger des siennes. Plus difficile, plus hésitant qu'il n'était, Amiel ne nous eût même pas laissé son Journal intime^ admirable d'ailleurs. Quant à l'orateur, il faut bien qu'il se décide promptement à saisir l'idée qui s'offre à lui.

Trop souvent elle est absente. Donnez-lui le temps de venir. Marchez un peu, si vous parlez debout et si tant est que la marche vous aide; recourez au verre d'eau, ou, tout simplement, prenez un temps. Beaucoup d'orateurs, — M. Jaurès, par exemple, — répètent certains mots, cherchant ainsi quelque chose de l'idée même ou les mots pour l'exprimer.

Surtout, ne vous écoutez pas : il arrive souvent que, lorsque l'esprit se préoccupe des paroles, le fil des idées se coupe net. Le même effet peut se produire quand on fait attention à quelque chose qui se passe dans la salle.

La plupart du temps, l'interruption de la pensée est de très courte durée; mais il n'est pas très rare qu'elle se prolonge. C'est alors ce que Sarcey nommait le trou. On se trouve tout à coup devant le néant. On cherche, on cherche. Rien, toujours rien. Que faire? Tâcher de ne pas se déconcerter, attendre, et, dès que se présente une idée raisonnable, ayant plus ou moins de rapport avec le sujet, en profiter.

Page 1