‹ L'art de dire: dans la causerie et le discoursChapitre 161 sur 176 · CHAPITRE IV LE SENTIMENT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV LE SENTIMENT

On dit parfois des orateurs qu'ils ne sont pas des penseurs. Nous aimons à croire qu'on admet des exceptions. Si Démosthène et Cicéron (pour ne mentionner que deux noms qui soient synonymes de grand orateur) ne sont pas des penseurs, nous ne nous rendons pas bien compte de ce qu'est la pensée.

La susdite opinion a, d'ailleurs, sa part de vérité. Que de vastes discours plus ou moins insignifiants. Ils ressemblent à ces décors où sont peintes de profondes perspectives. Approchez-vous : tout y est superficiel. Tel alinéa de Pascal contient beaucoup plus de moelle que tels énormes organismes qui se dressent dans la littérature oratoire.

Pour bien penser, il faut se recueillir, et, relativement à l'écrivain, l'orateur en a bien peu le temps. Souvent, il a préparé son discours; maisill'a préparé en songeant, plus ou moins malgré lui, à la forme verbale, en subissant l'influence du verbe, en se laissant trop aller à dérouler des phrases. Le « multa paucis » ne peut pas être sa loi. Il n'est pas un froid raisonneur, un mathématicien. Il doit persuader, et rien d'abondant comme son argumentation; mais il

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