CHAPITRE II LA TIMIDITÉ
La timidité est une maladie. Elle martyrise ceux qui en sont profondément atteints. Ce qui s'accomplit le plus facilement, ce qui constitue un plaisir ' devient pour eux une torture. Des hommes que leur intelligence et leur activité destinaient aux plus brillantes carrières ne demeurent dans Tombre que parce qu'ils ne peuvent s'habituer aux rapports les plus simples de la vie sociale. Des malheureux existent pour qui la sensation d'être regardés par des yeux humains est un supplice. Certains ont des crises de rougeur dont ils souffrent cruellement, que sans trêve ils redoutent.
Voilà la timidité à son paroxysme. Ce ne peut être la vôtre, à vous qui vous consacrez au public ou qui envisagez la nécessité, la possibilité de l'affronter. Si tant est que vous soyez timide, le mal n'apparaît en vous que sous forme d'indispositions. Elles sont bien assez gênantes, n'est-ce -pas? pour que vous vouliez vous en guérir.
Nous ne savons si dans les pages suivantes vous trouverez de quoi vous aider.
Et d'abord, en quoi consiste la timidité? Dans son
livre très documenté', le D' Paul Hartenberg 1 explique fort bien. En deux émotions souvent combinées : une sorte de peur et une sorte de honte.
Une peur bien différente de la peur proprement dite. Ce qui caractérise celle du timide, c'est qu'elle n'est causée par aucun danger véritable. Un homme très courageux peut êlre excessivement timide.
Une honte bien différente de la honte proprement dile. Ce qui caractérise celle du timide, c'est qu'elle n'est causée par aucune faute, par quoi que ce soit qui vraiment la justifie. Un homme possédant toute espèce de qualités morales et physiques peut être excessivement timide.
Pourtant, quelque chose rapproche la peur et la honte du timide de la peur et de la honte proprement dites : au moins à l'instant même où il les éprouve, une raison, quelque vague qu'elle soit, les légitime pour lui, quoique souvent il les veuille juger inexcu-
« Que risque, écrit M. Hartenberg, celui qui n'ose pas entrer dans un café, dont le cœur bat en traversant un salon, qui tremble en sonnant à la porte d'un protecteur? Rien, absolument rien. » Mais si! Un sourire ironique (ou qu'il peut croire ironique), une réception tant soit peu froide (ou qu'il peut juger telle).
«... L'enfant timide qui rougit dès qu'on le regarde, a-t-il une faute à se reprocher? Aucune. Il est honteux sans raison. » Qui sait? Tout au moins peut-il se demander, puisqu'on le regarde, s'il n'a rien à se reprocher.