DIFFÉRENCES DES PAUSES
Nous verrons combien les pauses diffèrent entre elles dans réloculion expressive. D'ores et déjà, en ne nous occupant que du débit en lui-même et non des sentiments à lui faire exprimer, nous devons noter qu'elles varient de longueur, même en étant marquées du même signe de ponctuation. Indiquons par le signe ;• celles qui doivent être courtes (au point d'être souvent presque imperceptibles) relativement à celles que nous indiquons par le signe | .
L'incise * est plus rapprochée du mot initial ou du premier groupe de mots que du second :
« J'ai vu, I dit-il, | un chou plus grand qu'une maison. — Et moi, : dit l'autre, | un pot aussi grand qu'une église ». Le premier se moquant, l'autre reprit : « Tout doux; On le fit pour cuire vos choux. »
La Fontaine, le Dépositaire infidèle.
1. Mots forinant un sens à part et interrompant un groupe de mots.
Bien entendu, la pause avant Tincise augmente, favorise l'aspiration, si le premier groupe de mots est long :
— « Ah! voilà quatre-vingts volumes de recueils d'une académie des sciences, | s'écria Martin ; || il se peut qu'il y ait là du bon. »
VoLTAiRi, Candide.
Le vocatif est aussi plus rapproché du premier groupe que du second :
Cela est faux, • mes pères, | que, la défense étant permise, le meurtre soit aussi permis.
Pascal, les Protrinciales,
La pause qui précède le vocatif augmente si le premier groupe est long :
Tu fuis comme les eaux et comme les nuages.
Les nuages copfus que déforment les vents, | O Lune, || et nous aimons tes prestiges mouvants, || Lune, Ijlanche nef de la mer sans rivages !
Paul Guigou, Sous la lune d^automne.
En somme, ce qui produit le plus ou moins de séparation entre les groupes, c'est leur plus ou moins de longueur. Quant à savoir duquel doit plutôt se rapprocher la partie détachée, c'est à Tanalyse logique de nous rapprendre, en nous désignant celui auquel elle appartient.
Le chêne | un jour • dit au roseau....
Mais, ; quand approchait la saison des vendanges, || tout prenait \ dans la cour | un aspect de travail, \ de vie et de gatté, | qui métamorphosait le pays. || Les paysans apportaient de Teau dans leurs chars | pour étancher ;• dans les pressoirs | les prorondes cuves qu'ils devaient bientôt
remplir de raisins; || les couples de bœufs, ; attelés dès l'aurore, | élevant et abaissant, • sous un joug commun, J leurs têtes intelligentes, || ruminaient, • à côté du timon, | les brassées de foin que les enfants leur donnaient....
Lamartinb, Mémoires,
Aux pays où le soleil brille, • Près d'un temple grec ou latin, || Les beaux pieds d'une jeune fille, • Sentant la bruyère et le thym, || En te frappant de leurs sandales, '; Auraient mieux réjoui tes dalles Qu'une pantoufle de satin.
Musset, Sur trois marches de marbre rose.
Habituez-vous à varier logiquement la durée de vos pauses, ne serait-ce que pour éviter des contresens. Voyez celui que vous commettriez en ponctuant insuffisamment après thym.