REDUCTION DE LA PAUSE
En lisant, en récitant, certaines personnes hachent de repos leur élocution. Elles parlent clairement; mais leur diction est tout aussi fausse que celle qui déroule les phrases sans le moindre arrêt.
La durée de la pause, le plus souvent relative au mouvement du débit, est souvent presque nulle.
Comptez très vite : un, deux, trois^ quatre^ cing^ six, sept. Peut-on dire que vous avez fait une pause entre cei^ nombres? Cependant, vous avez ponctué. Au lieu de n'appuyer que sur trois et sur cinq^ comme vous l'auriez fait s'il s'était agi de mots ainsi composés : undeûtroij katrecink, vous avez appuyé sur chaque petit mot.
C'est que la ponctuation ne consiste pas toujours
LA PONCTUATION lii
en de véritables pauses : souvent elle consiste en de simples nuances de diction.
Dans l'exemple suivant, la syntaxe vous force à ponctuer aux endroits indiqués par un de nos signes conventionnels :
Tous deux .' à me tromper sontrils d'intelligence? Pourquoi ce changement, ce discours, ce départ? N'ai -je pas même • entre eux surpris quelque regard? Bajazet interdit 1 Atalide étonnée!
Dans le premier vers, devez-vous omettre la liaison entre Vx et Ta? Non, car vous commettriez ainsi un hiatus. Pourtant, vous devez ponctuer. Comment? Eln prolongeant le mot detix, en l'éteignant à la fin, plutôt qu'en faisant une pause après le son : tous deu.,. za me tromper.
Dans le troisième vers, nous nous trouvons en présence d'une élision : même entre eux. Ve final de même disparaît devant la voyelle suivante. Pour ponctuer, vous devez prolonger en l'éteignant la syllabe mê plutôt que de laisser un silence après le son : n'ai-je pas mê,,. mentre eux.
Remarquons d'ailleurs qu'il y aurait contresens à ponctuer ainsi :
N'ai-je pas ] môme entre eux surpris quelque regard?
ce qui signifierait que Roxane a surpris aussi quelque regard entre d'autres personnes que Bajazet et Atalide.
Beaucoup de traités recommandent en plus d'un cas une ponctuation que nous ne saurions approuver.
Ils déclarent, par exemple, qu'une pause est généralement nécessaire après le sujet, si court qu^il soit. Ils exceptent, il est vrai, le sujet-pronom, et M. Léon Ricquier reconnaît que « la règle n*est pas appliquée quand la proposition est courte ».
Tous les preux étaient morts, | mais aucun n'avait fui.
VioHT, le Car.
Mais voici une pause qu'il indique :
La nuit | multipliait ce long gémissement.
Lkgontb de Lislb, Us Hurleurs,
Nous admettons qu'on aspire après un court sujet pour mieux dire un long groupe de mots venant à la suite, encore que l'aspiration avant le sujet suffise la plupart du temps; mais la règle en question, on la fonde sur ceci, que le « sujet est l'objet principal du jugement », et le traité du P. Champeau, où j'étudiais en classe et qui contient d'ailleurs d'excellentes notions, donne cet exemple :
L'homme j est une noble créature.
Or, la ponctuation dans la lecture et dans la récitation ne doit pas être autre chose que ce qu'elle est dans le langage ordinaire, et qui donc, dans le langage ordinaire, s'arrête après le sujet grammatical, excepté dans quelques cas?
Généralement donc, il ne faut nullement ponctuer après les sujets grammaticaux :
La harpe tremble encore et la flûte soupire, Car la valse bondit dans son sphérique empire, Des couples passagers éblouissent les yeux, Volent entrelacés en cercles gracieux....
Vigny, le Bal,
Nous regrettons de ne pas nous ranger non plus à l'avis de M. Ricquier quand il recommande de ponctuer ainsi :
Une injustice | faite à un seul | est une menace | faite à tous.
MoimsQuiio.
N'est-ce pas trop réclamer de la ponctuation orale que de lui demander de détacher ces compléments logiques opposés Tun à l'autre?
Notez que nous tenons généralement pour parfait l'enseignement de M. Ricquier. Ce que nous critiquons, c'est la tendance de maints professeurs à multiplier les pauses. Il ne faut pas donner raison à cette opinion de Noël et Chapsal : « Le besoin de respirer demande qu'on ne lise pas plus de huit syllabes sans faire une pause ». Pourquoi huit?